At the Drive-In Archives - Le Canal Auditif

Critique : At The Drive-In – in•ter a•li•a

Décidément, mai est le mois des grands retours. En effet, au moment même où le groupe shoegaze Slowdive fait paraître son premier album en 22 ans, la formation texane At the Drive-In nous revient avec son emo-punk-hardcore enragé sur in•ter a•li•a, un premier disque en 17 ans. Mais alors que le retour de Rachel Goswell et sa bande nous a séduits, celui des seconds nous laisse un peu perplexes.

En fait, in•ter a•li•a sonne comme si le temps n’avait eu aucune prise sur le chanteur Cedric Bixler-Zavala et le guitariste Omar Rodríguez-López, les deux cerveaux derrière At the Drive-In, aussi connus pour avoir fondé The Mars Volta après la dissolution de leur premier groupe en 2001. Ainsi, les gars sont toujours aussi enragés, comme en témoignent l’énergie brute de ces onze nouvelles chansons et les thèmes qu’elles abordent. Mais contrairement à un album comme In/Casino/Out, un classique du genre paru en 1998, ce nouvel opus manque de nuances.

Techniquement, le groupe complété par le guitariste Keeley Davis, le bassiste Paul Hinojos et le batteur Tony Hajjar se révèle tout aussi solide, avec des riffs acérés et des pièces aux métriques souvent irrégulières, sans jamais verser dans le prog à se casser la tête. Mais l’album souffre d’un manque de mélodies puissantes à entonner à tue-tête, comme l’ado qu’on était quand At the Drive-In a surgi sur la scène punk-hardcore au milieu des années 90. Pourtant, la voix de Bixler-Zavala conserve son timbre unique malgré le passage du temps, capable des envolées les plus aigües, tel un Geddy Lee en colère. Sauf que l’ensemble manque de raffinement.

Le ton est donné dès le premier titre, No Wolf Like the Present. Le riff est implacable, certes, typique de la bande originaire d’El Paso, mais on ressent vite un essoufflement dans le refrain, tandis que Bixler-Zavala répète le titre de la chanson jusqu’à plus soif. La décharge se poursuit sur Continuum, un autre titre qui ne nous laisse aucun répit. Ici, la voix est enrobée d’un écho qui agace. L’album semble d’ailleurs souffrir d’un excès de production qui donne quelque chose d’un peu générique à l’ensemble. On s’étonne même de penser à Limp Bizkit, et ce n’est pas un compliment, alors que la formation a toujours été au mieux avec un son plus brut, abrasif.

Le tout est livré à vive allure, mais au final, peu de pièces nous laissent un souvenir mémorable. Governed by Contagions reste une des plus solides, tout comme la très réussie Hostage Stamps, qui permet au moins de clore l’album en beauté avec un riff à inscrire parmi les plus redoutables de la discographie du groupe. Même chose pour Call Broken Arrow, une des pièces les plus techniques et les plus proches de l’univers prog-rock à la Mars Volta. Mais on en aurait voulu beaucoup plus…

En entrevue, At the Drive-In a dit que les textes d’in•ter a•li•a avait été vaguement inspirés par l’univers du romancier de science-fiction Philip K. Dick. De nombreux titres évoquent d’ailleurs l’idée de paranoïa, de tyrannie et de surveillance, en écho sans doute à notre époque. On aurait pu croire justement que le retour de la formation sur disque constituerait le remède dont nous aurions besoin en ce moment, ne serait-ce que pour canaliser notre frustration collective. Il faudra attendre.

Ma note: 5,5/10

At the Drive-In
in•ter a•li•a
Rise Records
41 minutes

http://www.atthedriveinmusic.com/

Les 3 étoiles du 24 février 2017

Julien Sagot – Les sentiers de terre

Cette semaine, on a eu droit à quelques bonnes nouvelles. La Nasa a découvert trois planètes au potentiel d’eau liquide dans une galaxie pas si près, mais pas si loin. Le Canadiens a aussi battu les Rangers. Pis Julien Sagot nous a annoncé un nouvel album à paraître au début avril. Pour accompagner la bonne nouvelle, le simple Les sentiers de terre est venu nous chouchouter les oreilles. La pièce onirique compte sur l’apport de Frannie Holder (Random Recipe, Dear Criminals). C’est à la fois marginal, aérien et ancré. On a hâte!

At The Drive-In — Incurably Innocent

Autre bonne nouvelle apprise cette semaine, At The Drive-In fera un retour en album le 5 mai prochain. La troupe de Cedric Bixler-Zavala, Omar Rodriguez, Paul Hinojos, Tony Hajjar et Keeley Davis lancera un premier album en 17 ans. Ce n’est pas anodin. Pour nous ouvrir l’appétit, Incurably Innocent nous rappelle de leur capacité à faire grincer des guitares. Bixler-Zavala se fait aller les cordes vocales qui frôlent souvent les aiguës et ça donne de l’espoir pour In•Ter A•Li•A.


 

Wilsen — Garden

On termine avec le groupe de Brooklyn nommé Wilsen, signé chez Secret City Records (Patrick Watson, The Barr Brothers). Menée par la talentueuse Tamsin Wilson, la formation donne dans le folk fantomatique assez mélodieux, merci. On y trouve aussi des touches d’électronique efficaces et des atmosphères riches. Leur album, I Go Missing In My Sleep, verra le jour le 28 avril prochain. En attendant, on peut se gâter avec Garden.

Critique : Gone Is Gone – Echolocation

Echolocation est le premier disque complet de Gone Is Gone, une formation composée de membres d’At The Drive-In (Tony Hajjar), Mastodon (Troy Sanders), Queens Of The Stone Age (Troy Van Leeuwen) et du compositeur de musique de film Mike Zarin. Pour ceux qui seraient tentés de référer à Gone Is Gone comme un super-groupe, libre à vous. Si la définition que vous vous faites de l’exercice vous pousse à vous attendre à des chansons fédératrices et ultras accrocheuses à la Velvet Revolver, alors vous n’êtes peut-être pas à la bonne place.

Car Echolocation est un premier effort dense, pesant et brumeux à souhait. Et même si ses propositions stratifiées ne négligent pas la mélodie, il n’en demeure pas moins qu’Echolocation, comme l’EP qui l’a précédé en 2016, est un album complexe. Sans être inaccessible, c’est un album que l’on doit apprivoiser tout de même pour en déceler toutes les subtilités. Pour le dire de manière plus directe : contrairement à plusieurs œuvres de super-groupes, Echolocation semble guidé par une vraie démarche d’auteurs. Surtout, on sent que la livraison en studio n’a pas été bouclée rapidement en raison des horaires trop chargés des membres du groupe. Ce dernier point était d’ailleurs une critique que j’adressais à un autre projet du bassiste de Mastodon, Killer Be Killed.

Vous voulez une formule encore plus claire? OK. Gone Is Gone est pour les fans de Mastodon, l’équivalent d’A Perfect Circle dans l’histoire de Tool : un chapitre exploratoire. Et quelle drôle de coïncidence, Troy Van Leeuwen a été membre d’APC. Une fois ces considérations énoncées, est-il bon Echolocation? Oui, très bon.

Les Slow Awakening, Colourfade, Road et Resurge sont les moments d’ombre de ce disque. On diminue le tempo, on lève la tête vers le ciel et on plonge dans un firmament trouble. Resolve est aussi du nombre des chansons plus introspectives, mais accroche par sa mélodie qui n’aurait pas fait rougir le bon Ken Andrews de Failure (qui signe d’ailleurs le mixage, toute est dans toute). Pawns, Ornament, Gift et Fast Awakening exploitent davantage la force de frappe pure, de ces musiciens d’expérience et mettent en valeur les talents de compositeur de Troy Sanders. On est aussi ravi sur ces titres de se prendre en pleine gueule la guitare si caractéristique de Troy Van Leeuwen, jouée dans les aigus.

Ma pièce préférée est un élégant mélange de ces deux niveaux d’intensité. La pièce qui ouvre Echolocation, Sentient, est un long déploiement d’ambiances et d’atmosphères avant l’atteinte d’un sommet d’intensité : le refrain qui culminant enfin vers un chrono de deux minutes quarante. La batterie est lente et lourde, les guitares sont d’abord tranchantes puis écrasantes le tout est orné de l’incroyable étendue vocale de Sanders. La pièce connaîtra plusieurs moments de détente avant de déployer son climax final. Un morceau hypnotique, je vous le dis.

En conclusion, Echolocation est une bonne production, un effort honnête. J’aurais aimé que les parts d’ombres et les moments plus bruts s’harmonisent mieux à l’intérieur des chansons, mais l’album est tout de même d’une grande cohérence et d’une intrigante complexité. En un mot, c’est un « grower ». Bonne écoute.

Ma note: 7,5/10

Gone Is Gone
Echolocation
Rise Records
55 minutes

http://goneisgoneofficial.com/