Annie Clark Archives - Le Canal Auditif

Critique : St Vincent – MASSEDUCTION

C’est un secret de Polichinelle pour ceux qui me côtoient dans la « vraie vie » – pas celle scénarisée et patentée sur les réseaux sociaux – que j’adore le travail d’Annie Clark, alias St Vincent. En 2011, j’ai côtoyé pour la première fois l’œuvre de cette surdouée. Strange Mercy est un disque qui m’avait renversé autant par ses prouesses techniques que ce foisonnement stylistique si caractéristique de l’artiste. Trois ans plus tard, elle revenait avec un album homonyme aussi touffu, quoique mélodiquement bonifié, où elle incarnait un personnage de scène lisse, robotique et quasi autoritaire.

La semaine dernière, voilà que paraissait le 5e album en carrière de Clark : MASSEDUCTION, en majuscules, pour bien nous faire comprendre que le QI collectif, en cette époque de « fake news » et de superficialités de toutes sortes, est en net déclin (coup de chapeau senti à l’ami Laplante pour cette pertinente observation). Et dame Clark ne s’est pas entourée de pied de céleri pour concevoir ce nouvel album : l’habituel John Congleton, Jack Antonoff, Lars Stalfors, le génial Kamasi Washington (saxophone), Jenny Lewis (voix) ainsi que le producteur attitré de Kendrick Lamar, Sounwave.

Ayant colligé une abondance de messages vocaux, de textos et de fragments mélodiques disparates, lorsqu’elle était en tournée mondiale, Clark a synthétisé toutes ces informations pour créer ce MASSEDUCTION : l’album le plus senti et le plus intimiste de sa carrière. St Vincent aborde les thèmes du suicide, de la consommation de drogues dures, des relations toxiques et de la solitude de manière sincère. On n’a qu’à écouter l’extrait Pills – un hymne pop pratiquement publicitaire – pour bien comprendre de quoi il en retourne : « Pills to wake / pills to sleep / pills, pills, pills, every day of the week / Pills to walk, pills to think / pills, pills, pills, for the family ».

Fidèle à son habitude, Clark plonge avec confiance dans une armada de styles musicaux (pop futuriste, new wave, rock, electropop, techno, etc.) et réussit l’exploit de conserver une certaine cohérence dans tout ce bouillonnement. C’est toujours aussi bourratif, mais à la différence de ses productions précédentes, elle nous propose quelques ballades bouleversantes qui permettent à l’auditeur de prendre une pause bien méritée. Je vous mets au défi de ne pas frissonner au son des Happy Birthday, Johnny (superbe pedal steel de Greg Leisz) New York et l’orchestral Slow Disco; trois pièces sobres qui font contraste avec « l’excitation » coutumière des chansons de Clark.

En plus des des trois ballades mentionnées ci-dessus, j’ai eu un faible pour le techno enivrant proposé dans Sugarboy, pour la pop « Nintendo » Fear The Future, pour l’inclinaison new wave entendue dans Young Lover de même que pour l’incendiaire Masseducation. Le meilleur album de St Vincent ? Oui, c’est le meilleur album de St Vincent, assurément le plus maîtrisé.

Que dire de plus qui n’a pas déjà été dit sur ce prodige musical ? Quiconque aurait créé un disque aussi fou, sans posséder le talent d’Annie Clark, se péterait la margoulette pas à peu près. C’est vous dire à quel point que rien n’est impossible avec elle. De la haute voltige musicale.

Ma note: 8,5/10

St Vincent
MASSEDUCTION
Loma Vista Recordings
41 minutes

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Les 10 albums à surveiller en octobre 2017

Blue Hawaii – Tenderness (6 octobre)

Le duo de Raphaelle Standell-Preston (Braids) et Alex Cowan est de retour avec un deuxième album. Untogether avait déjà fait belle figure avec ses rythmes électroniques efficaces. Par contre, cette fois-ci le groupe a injecté un peu de chaleur dans ses compositions. Il sera bien de voir à quoi ressemblera l’ensemble de Tenderness. Si on se fit à Versus Game, ça risque d’être assez réussi!


 
 

Keith Kouna – Bonsoir Shérif (6 octobre)

Keith Kouna lancera son quatrième album après un hiatus en raison du retour des Goules qui a lancé Coma et qui a tourné par la suite. On voit Kouna revenir aux sonorités plus électroniques de ses deux premiers albums. Évidemment, on est loin du Voyage d’Hiver avec son rythme martelé et une énergie plus près de celle des Goules. Déjà, Shérif nous donne l’idée que ce ne sera pas de tout repos.


 

Pierre Lapointe – La science du coeur (6 octobre)

Ça promet pour le prochain album de Pierre Lapointe. Alors que Punkt n’avait pas totalement convaincu les critiques dont notre Philippe Beauchemin national. On retrouve le côté orchestral qui complète à merveille les airs pop mélodieux et efficaces. Pierre Lapointe risque de frapper un gros coup avec La science du cœur si on se fit aux deux extraits parus à ce jour. Et que dire de la magnifique esthétique visuelle de ses clips!


 
 

Beck – Colors (13 octobre)

Soyons honnêtes, on l’attend un peu avec une brique et un fanal, le nouveau Beck. On a de la misère à croire que Beck nous lancera une galette insipide pour la première fois de sa carrière, mais à ce jour les extraits parus donnent l’impression que Beck a viré du côté obscur de la pop. On remarque plusieurs détails qui nous rappellent de mauvaises réalisations de chansons à vocation populaire et radiophonique.


 
 

St. Vincent – Masseducation (13 octobre)

En voilà une qui nous effraie beaucoup moins. Annie Clark nous a habitués à des chansons de qualités et à ce jour, son nouvel album, Masseducation semble perpétuer la tradition. La mélancolique New York et l’électro-pop Los Ageless attisent notre intérêt. Il faut s’attendre tout de même à une galette plutôt émotive puisqu’elle a avoué elle-même avoir créé un album de séparation.

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Les 3 étoiles du 8 septembre 2017

St. Vincent – New York

Voilà une artiste qui lancera un album très attendu le 13 octobre prochain. St. Vincent revient avec Masseducation. Elle a lancé deux simples dans la dernière semaine : Los Ageless et la mélancolique New York. On remarque qu’Annie Clark est en train de faire un virage pop qui à ce jour fonctionne bien sur les deux chansons. New York est touchante avec de belles montées et un chœur qui rentre dedans. Sa mélodie est intoxicante, la trame au piano sobre et efficace alors que les paroles sont directes et hors des champs convenus.


 
 

Zen Bamboo – Si c’est correct

Le groupe Zen Bamboo lancera cet automne un deuxième EP et fait paraître un premier simple intitulé Si c’est correct. Comme ils l’ont dit lors de leur spectacle au FME : « le sexe c’est le fun, mais ce n’est pas obligé. » La chanson traite de ces situations où on regrette d’avoir vécu des moments intimes alors qu’on ne le sentait pas. Ces passages qu’on vit tous à un moment donné ou un autre. C’est très réussi.


 
 

NTS : Not Waving – Where We Are (ft. Marie Davidson)

Not Waving a fait paraître cette semaine une pièce d’électro dansant intitulé Where We Are sur laquelle on retrouve la montréalaise Marie Davidson derrière le micro. Le résultat est convaincant et fait le pont entre la musique électronique dansante et le cold wave. Le refrain, qui joue sur les répétitions, accroche l’oreille rapidement et charme par sa mélodie.