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Critique : King Krule – The OOZ

C’est une sortie qui était très attendue. King Krule avait fait sa marque avec 6 Feet Beneath the Moon paru en août 2013. Celui-ci proposait un son nouveau et surprenant bien que pas totalement à point encore. Depuis Archy Marshall n’a pas été complètement inactif. S’il a rangé le nom King Krule pendant quelque temps, il a fait paraître A New Place 2 Drown sous son nom de naissance en décembre 2015. C’est à la fin du mois d’août qu’on a appris la bonne nouvelle du retour de King Krule avec la sortie de l’excellente Czech One. Est-ce que le reste de The OOZ tient aussi la route?

C’est un retour en finesse de la part de King Krule. Pour un si jeune homme, il n’a que 23 ans, il démontre une grande maturité dans ses compositions. Autant Marshall ose aller dans des endroits plus marginaux musicalement en mélangeant jazz, trip-hop et parfois même du punk, autant il se débrouille avec une plume a la main. Tout ça à 23 ans! The OOZ n’est pas non plus innocemment nommé. Il s’agit d’une inversion de son premier pseudonyme de création (Zoo Kid).

Il est difficile de ne pas avoir un sourire qui nous effleure les lèvres dès les premières notes simples, mais jouées avec nuance de Biscuit Town. Puis, la voix de Marshall se joint au mix suivi de près par la batterie au rythme répétitif, mais non anodin. C’est parti! Archy Marshall prouve encore une fois qu’il ne prend pas la création à la légère. Tout est travaillé et forgé avec une idée de la perfection en tête et ça s’entend. On croyait connaître le son de King Krule et pourtant il ose aller dans une nouvelle direction sur Emergency Blimp qui emprunte beaucoup à l’indie-rock du milieu des années 2000. Soudainement, sa guitare fait penser à celle de Bloc Party. Et pourtant, rien n’est laissé au hasard et un ensemble de nuances sonores et de bruits surprenants peuplent la trame. The Locomotive s’aventure aussi dans une avenue où la distorsion est présente, mais avec une lenteur, une lourdeur et une mélancolie plus près du son habituel de l’Anglais.

Sur Dum Surfer, King Krule se fait plus groovy et mélodieux. Il utilise un air accrocheur qui rappelle la brit pop à son apogée. On retrouve aussi une bonne dose de cuivres sur The OOZ. Half Man Half Shark est l’une des pièces qui les incorporent à une trame déjà bien chargée sans que ça jure. La pièce qui clôt l’album, titrée La Lune, termine les choses en beauté avec une petite touche de jazz. Au niveau des paroles, Archy Marshall nous invite dans un univers qui semble délabré, enfumé, rythmé aux échecs amoureux qui brûlent le cœur. D’un certain sens, sa musique se collerait facilement à film noir. Slush Puppy est un exemple particulièrement éloquent de ça.

C’est vraiment une suite à 6 Feet Beneath the Moon réussi pour King Krule. Il évolue toujours et ses compositions se font plus complexes. Ce n’est pas facile d’avoir son propre son dans l’offre musicale gargantuesque des années 2000. Pourtant Archy Marshall a réussi en réunissant des éléments qui de prime abord ne sont pas souvent associés. Mais avec sa plume, son identité et sa signature sonore, ça fonctionne. Même plus, c’est inspirant et rafraîchissant.

Ma note: 8 / 10

King Krule
The OOZ
XL Recordings / True Panther Sound
67 minutes

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Critique : Liam Gallagher – As You Were

Pour moi, les frères Gallagher sont les « Dodo et Denise » du rock britannique. Toujours en brouille ou en train de se déprécier l’un et l’autre, nos deux intimidateurs de pacotille aiment bien faire la promotion de leurs petites personnes respectives en utilisant ce stratagème depuis des lustres. Et ça fonctionne. Et je ne suis pas surpris.

Les albums du père Noel – avec les High Flying Birds – me laissent parfaitement indifférent. J’attendais donc avec une brique et un fanal l’album solo de Liam. Réalisé par Greg Kurstin (l’homme derrière le « magnifique » Concrete and Gold des Foo Fighters), avec l’aide d’Andrew Wyatt et Don Grech-Marguerat, As You Were n’est pas le fruit d’un auteur-compositeur en mode solo. En effet, le chanteur emblématique, âgé de 45 ans, a étroitement collaboré avec Kurstin pour l’écriture des textes et avec quelques compositeurs pour le peaufinage de ses chansons. Une très bonne idée.

Et ça donne quoi ce disque ? Eh bien, contre toute attente, l’album de Liam est supérieur au travail de son frère. Bien sûr, il n’y a rien d’inventif dans la musique du frérot qui loge dans un conservatisme coutumier. Les emprunts aux légendaires années 60 sont légion. On ne s’en sort pas. C’est « The Beatles and The Stones » à l’infini. Ceux qui détestaient les inflexions « lennoniennes » du bonhomme ne changeront pas d’avis.

Cela dit, Liam n’a jamais aussi bien chanté que sur ce disque et on peut chigner, chialer et pleurer dans les bras de sa maman, mais notre « adulescent » est un mélodiste hors pair. Point. Musicalement, il demeure dans sa zone de confort, mis à part la réalisation lustrée et l’inclinaison pop-rock de ses chansons. Et vous savez quoi ? Ça lui va à ravir ! Ne vous en faites pas, l’empreinte Oasis est toujours présente. Une évidence. Cependant, c’est l’envie d’en découdre et de compétitionner avec son frère qui lui a permis de se surpasser.

Après autant d’années à glander, à se faire niaiser par son frère et à faire des conneries dignes d’un bébé gâté, Liam Gallagher mérite cette fois-ci le respect. Il nous propose un bon disque de pop-rock radiophonique totalement assumé. Liam a bien compris qu’il n’a pas le talent, ni les capacités, de « faire de l’art » et c’est tout ce qu’on attend d’un Gallagher. Ce qu’un Dave Grohl n’a manifestement pas compris…

L’extrait Wall Of Glass, le penchant Black Rebel Motorcycle Club dans Greedy Soul, la beatlesque For What It’s Worth, la valse folk rock orchestral When I’m In Need, la locomotive You Better Run et la très Oasis titrée Come Back To Me sont les petits joyaux de cette production.

Si on enlève les inutiles ballades qui complètent le topo, As You Were tient la route ! Liam Gallagher ne s’est pas enfargé dans les fleurs du tapis. Il a conçu un disque qui respecte ses limites, tout en propulsant à l’avant-plan son indéniable talent de mélodiste qui l’habite. Mon plaisir coupable de l’année.

Ma note: 7/10

Liam Gallagher
As You Were
Warner Brothers
42 minutes

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Critique : The Horrors – V

The Horrors est un groupe qui carbure à la prise de risque. Faris Badwan et ses collègues prennent toujours un malin plaisir à confondre leurs fans en changeant de trajectoire musicale d’une création à l’autre. Au début de leur carrière, les Anglais préconisaient une approche brute; une sorte de punk garage qui pouvait s’apparenter au son d’une formation comme The Cramps. Au fil des disques, le groupe est devenu un puissant véhicule shoegaze incorporant quelques éléments électroniques à sa mixture sonore.

En 2014, Luminous a failli être le chant du cygne pour la formation. Le virage plus assagi n’a pas obtenu les résultats grand public escomptés. Mais il ne faut jamais compter The Horrors pour battu. Ils étaient de retour vendredi dernier avec V; un disque réalisé par le très accessible Paul Epworth (U2, Adele, Florence + The Machine). De prime abord, la compatibilité entre le réalisateur et le quintette est nulle. Le penchant « expérimental » des Britanniques, combiné aux visées fédératrices d’Epworth, n’augurait rien de bon. De quelle manière la cohabitation allait-elle se concrétiser entre ces deux philosophies musicales contrastantes ?

Eh bien, à ma grande surprise, le « miracle » a eu lieu. Sur ce nouvel album, The Horrors incorpore à sa palette sonore des influences de Depeche Mode, Gary Numan, New Order, et même U2 (ça en fera sourciller plusieurs), tout en flirtant avec le son « Madchester » de la fin des années 80. Et la pertinence et la crédibilité sont intactes. Même si les guitares sont confinées à un rôle de soutien, les rythmes électroniques superbement souillonnés viennent largement compenser cet effacement.

Comme la plupart des disques conçus par The Horrors, V se déguste lentement. Cette production est bien sûr aux antipodes de notre époque et ça demandera plusieurs écoutes successives afin de bien saisir ces arrangements subtils qui, conciliés à la réalisation lustrée d’Epworth, soulèvent la musique du groupe à un niveau de puissance inégalée. Un disque qui s’écoute le volume à fond. Vraiment.

Quelques pièces sortent du lot avec brio. Hologram et ses saletés électros, la « dance-rock » Machine, la Depeche Mode sous tranquillisant intitulé Point of No Reply, le côté pop « adulte » entendu dans Gathering, l’explosive World Below et la très New Order, titré Something To Remember Me By, constituent les moments forts de cet excellent album.

V est un album pop de très grande qualité et si ce genre musical était toujours aussi magnifiquement orchestré et composé, je serais preneur beaucoup plus souvent. Encore une fois, The Horrors brouille les pistes et demandera aux purs et durs de faire preuve d’une adaptabilité certaine. En ce qui me concerne, j’admire ce groupe totalement créatif qui ne craint jamais de surprendre et qui s’amuse continuellement à sortir de sa zone de confort.

Mon disque « pop » de l’année.

Ma note: 8/10

The Horrors
V
Wolf Tone Limited
54 minutes

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Idles – Brutalism

La philosophie punk, qui se caractérise principalement par l’anticapitalisme, le non-conformisme, la singularité, la liberté totale des individus, et le concept d’égalité, peu importe le sexe ou la couleur de la peau, m’a rarement paru aussi pertinente et essentielle qu’en 2017.

On va se le dire, avec ce qui semble être une compétition de celui « qui pisse le plus loin » entre l’imbécile de Donald Trump et l’idiot de Kim Jong-un, les banques qui font des profits démesurés, les riches qui sont trop riches, les pauvres qui sont trop pauvres, le racisme qui ne cesse de perdurer, l’incompréhensible homophobie encore présente, les inquiétants changements climatiques, les nombreux gouvernements corrompus, les attentats terroristes qui se répètent à un rythme affolant, les inégalités hommes femmes, ainsi qu’un paquet d’autres affaires crissement plates qui font ni queue ni tête, et bien je le dis haut et fort : la musique punk, avec ses textes qui sont souvent revendicateurs, son humour corrosif, ainsi que sa musique qui nous botte le cul, doit être plus que jamais diffusé et écouté.

Puis, lorsque l’on parle de ce genre musical, c’est actuellement en Grande-Bretagne que l’on retrouve la meilleure scène punk. Du moins, à mon humble avis. Avec des groupes tels que USA Nails, Future Of The Left, Blacklisters, The St Pierre Snake Invasion, Sleaford Mods, et les nouveaux venus Idles, disons qu’on peut qualifier ces artistes de très solides. Difficile de trouver mieux pour l’instant.

Idles, c’est une formation de Bristol qui est composée de cinq jeunes hommes qui ne passent pas par quatre chemins pour se faire entendre. Avec une batterie souvent hyperactive, une basse explosive, et bien présente, des guitares électriques qui grincent en masse, ainsi qu’un chanteur à la voix hargneuse et aux paroles acerbes, l’ensemble teinté d’humour noir et d’une bonne dose de sarcasme, il n’y a aucun doute à y avoir, le quintette prend un malin plaisir à nous dégraisser les conduits auditifs en cette ère javellisante où tout doit être blanc, propre, lisse, et où l’image prend presque toujours le dessus sur le contenu.

Bien que la formation ait vu le jour en 2010, ce n’est qu’en mars 2017 qu’elle a fait paraître son premier disque judicieusement intitulé Brutalism. À noter que deux maxis autoproduits avaient vu le jour auparavant. Il s’agit de Welcome, qui est paru en 2012 et qui contient quatre chansons, ainsi que Meat, qui est composé lui aussi de quatre pièces, et qui est apparu sur les tablettes en 2015.

Brutalism est une galette d’une durée de quarante-deux minutes qui contient son lot de chansons qui frappent en pleine gueule. Je pense ici à Heel qui ouvre le bal avec une batterie nerveuse et des guitares qui se lamentent du début à la fin. Il y a aussi Well Done qui est un brin plus accessible et qui rappelle quelque peu la défunte formation Mclusky. Date Night possède un refrain qui donne envie de gueuler avec le chanteur et de finir ça avec une extinction de voix. La très puissante Divide & Conquer vaut à elle seule l’achat du disque et me rappelle qu’il est grand temps que je me reparte un band au plus vite. Idéalement le genre de band qui joue trop fort pis qui boit beaucoup de bière. Avec son texte irrévérencieux et sa musique aussi douce qu’un coup de barre à clous dans le dos, Stendhal Syndrome me fait un effet monstre et devrait plaire à bien des brutes. Et pour conclure la galette, il y a la modérée Slow Savage dans laquelle le chanteur y va de ces paroles qui semblent confirmer que ses relations amoureuses sont loin d’être parfaites :

For two years in a row I forgot your birthday
For two years in a row I thought it was Thursday
Maybe it was God
Maybe it was coke
Maybe I’m a drunk
I don’t know
But at least now I remember your birthday
Cause I’m the worst lover you’ll ever have
Hands down, goddamn worst lover you’ll ever have
Slow Savage

Nul besoin d’être particulièrement perspicace pour avancer que la musique d’Idles ne touchera aucunement le grand public. Je n’ai pas plus besoin d’être un prophète pour avancer que Brutalism restera plutôt marginal et qu’il aura un rayonnement plutôt limité. Mais une chose est sûre, c’est que ce disque laissera fort probablement une trace indélébile dans l’ère moderne du punk.

Idles
Brutalism
Balley Records
42 minutes
Paru en 2017

Liste des chansons :

01 – Heel / Heal
02 – Well Done
03 – Mother
04 – Date Night
05 – Faith In The City
06 – 1049 Gotho
07 – Divide And Conquer
08 – Rachel Khoo
09 – Stendhal Syndrome
10 – Exeter
11 – Benzocaine
12 – White Privilege
13 – Slow Savage

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Critique : Leif Erikson – Leif Erikson

Leif Erikson : nom d’un explorateur viking, fils d’Erik le Rouge, né en Islande vers l’an 970 et qui aurait, selon une légende, découvert l’Amérique près de 500 ans avant Christophe-Colomb… C’est aussi le nom d’un nouveau groupe britannique qui vient de lancer un tout premier album d’indie-rock inspiré, mais sans être révolutionnaire. Ne cherchez pas le rapport entre les deux, il n’y en a pas vraiment…

On pourrait croire que le nom de la formation se veut une évocation de son désir de défricher de nouveaux territoires musicaux. Sauf que Leif Erikson n’invente rien, se positionnant plutôt dans une drôle de mouvance qu’on pourrait qualifier d’indie-rock « classique », de la même manière que l’on qualifie de rock « classique » tout ce qui s’inscrit dans le sillon des grands groupes des années 60 et 70, des Rolling Stones à Led Zeppelin en passant par Fleetwood Mac, Rush et bien d’autres.

Il suffit de lire des entrevues dans lesquelles le groupe parle de ses influences pour comprendre que sa musique se veut un peu un condensé de la bibliothèque musicale de ses membres. Neil Young, Jeff Buckley, Nirvana, Deerhunter, Kurt Vile, sans oublier Led Zep ou Jimi Hendrix, voilà quelques-uns des noms évoqués par le chanteur-guitariste Sam Johnston pour décrire le son de Leif Erikson. Dans son ouvrage Retromania : Pop Culture’s Addiction to Its Own Past, paru en 2011, Simon Reynolds a décrit cette tendance dans le rock d’aujourd’hui à continuellement se référer au passé, décrivant le phénomène par lequel un artiste « se construit une identité par ses goûts et une sélection consciente de ses influences ».

Ce n’est pas toujours négatif. The War On Drugs a poussé la chose à sa perfection, avec sa manière d’invoquer Bruce Springsteen, Tom Petty ou encore Dire Straits tout en enveloppant sa musique d’un je-ne-sais-quoi qui lui donne une identité propre et une qualité intemporelle. C’est moins évident dans le cas de Leif Erikson, même si le quintette londonien propose un mélange assez hétéroclite d’influences qui renvoie autant à la puissance mélodique d’un Fleetwood Mac qu’aux rythmiques vaporeuses, mais quand même entraînantes d’un groupe shoegaze comme Ride.

Ce qui surprend, c’est à quel point le groupe sonne « américain », avec ses guitares scintillantes qui occupent le haut du pavé et un côté road-trip pleinement assumée qui rappelle Wilco, en plus conventionnel. Ça donne des moments intéressants, comme sur Green Leaves, sorte de complainte blues sur laquelle on se surprend à suivre les contretemps en hochant du bonnet avec joie. Même chose sur Get Free, qui évoque un peu Kurt Vile jusqu’à cette finale aérienne qui donne les frissons.

Mais ça sonne quand même relativement générique, quoique parfaitement exécuté. On entend parfois The Antlers dans les passages plus doux, ou encore Other Lives dans la voix éthérée. Bref, une sorte de syndrome un peu à la Local Natives qui nous fait dire : « oui, c’est bon, mais ça ressemble à plein d’affaires… »

S’il faut en croire certaines publications spécialisées sur Internet, il y aurait comme un buzz en ce moment autour de ce groupe révélé pour la première fois en 2016 avec la sortie d’un premier extrait, Looking For Signs. Puis, le site The Line of Best Fit a décrit la chanson Real Stuff comme « un classique instantané ». Personnellement, je reste perplexe devant un tel engouement. Mais les gars de Leif Erikson demeurent tout jeunes et la suite risque de s’avérer plus intéressante…

MA NOTE: 6/10

Leif Erikson
Leif Erikson
Arts & Crafts
33 minutes

https://www.facebook.com/leiferiksonband