alternatif Archives - Page 3 sur 8 - Le Canal Auditif

The Brian Jonestown Massacre – Third World Pyramid

The Brian Jonestown MassacreAu printemps 2015, ce merveilleux fou qu’est Anton Newcombe faisait paraître l’excellent Musique de film imaginé; une trame sonore quasi instrumentale qui rendait hommage aux cinéastes de la Nouvelle Vague (Truffaut, Godard, etc.). L’année précédente, The Brian Jonestown Massacre nous proposait également le très bon Revelation aux accents folk rock/krautrock. Avec le véhicule créatif de Newcombe, on se trompe rarement.

À la fin du mois d’octobre dernier, l’hyperactif compositeur était de retour avec Third World Pyramid, un 15e album à l’abondant compteur du Brian Jonestown Massacre. Enregistré dans le tout nouveau studio de Newcombe, on retrouve l’artiste dans ses bonnes vieilles pantoufles, s’éloignant un peu de la tendance new wave/krautrock des derniers efforts, mettant ainsi en valeur l’immense talent de créateur chansonnier qui l’habite.

Certaines fines bouches diront que c’est du «pareil au même» et ils n’auront pas tout à fait tort. Mais on parle ici de «pareil au même» d’exception, car ce Third World Pyramid, c’est du Brian Jonestown Massacre à son summum. Le vétéran est en pleine maîtrise de son art, misant sur la qualité des chansons plutôt que sur de nouveaux arrangements ou encore sur un virage stylistique faussement original.

Donc, les fans de Newcombe se retrouveront en terrains connus, mais à la différence que les chansons sont totalement au rendez-vous. Des exemples? L’entrée en matière, chantée par l’épouse du créateur, Katy Lane, et titrée Good Mourning, est parfaitement embrumée. Don’t Get Lost est l’une des grandes chansons de toute l’histoire du Brian Jonestown Massacre. La pop psychédélique Government Beard est accrocheuse et la beatlesque The Sun Ship est sublime.

Et ce n’est pas tout. J’ai adoré le petit côté shoegaze évoqué dans Third World Pyramid, l’instrumentale Oh Bother fait lever les poils sur les bras et Lunar Safe Graveyard fait penser à du Portishead… mais sur l’acide! Finalement, la conclusion hypnotique d’Assignement Song est mémorable. De quoi s’en rouler un p’tit et se perdre dans les méandres de nos réflexions (je pense que je suis crissement dû!).

Honnêtement, quand on jase de rock psychédélique en 2016 (et Dieu sait qu’on en entend de toutes sortes dans cette foisonnante catégorie…), la référence ultime, en ce qui me concerne, demeure The Brian Jonestown Massacre. Disque après disque, malgré l’hyperactivité créative de Newcombe, on se retrouve toujours devant des créations de qualité. Disons qu’aux côtés de ces salopards de Thee Oh Sees, The Brian Jonestown Massacre fait partie de l’élite du rock de poteux à l’américaine.

Ma note: 8/10

The Brian Jonestown Massacre
Third World Pyramid
‘a’ records
39 minutes

https://thebrianjonestownmassacre.com/

La playlist à Boubi: le meilleur de 2016

bon2016-11-01Voilà 2016 – l’année la plus étrange et complètement irréelle que j’ai eu la chance de vivre (sûrement pour vous aussi) – qui tire à sa fin (Dieu merci). On ne peut qu’avoir hâte de tourner la page sur les évènements des douze derniers mois, tant épouvantables sur les plans de l’avancement humain que pour la santé de notre planète.

Sur le plan musical, je lisais sur un site web (fouillez-moi lequel) que 2016 aurait été l’année avec le plus de gros albums d’artistes majeurs à avoir paru. Ça aura commencé par David Bowie et son malheureux décès alors que les palmarès se remettaient encore de l’ouragan Adele et sa dizaine de millions d’albums vendus en moins de 2 mois. Essoufflé après une si grosse année?

Je ne pense pas. Je crois que le consommateur est prêt et consomme plus rapidement sa musique, la digère (malheureusement, peut-être) et est capable de passer à un autre blockbuster. Je pense qu’on s’enligne vers des années encore plus intéressantes que cette année.

D’ailleurs, une trâlée d’albums hyper attendus devrait voir le jour en 2017: Arcade Fire, Chromatics (qui devrait finalement sortir Dear Tommy), Gorillaz, Beck, Grizzly Bear, Japandroids, LCD Soundsystem, The National devrait tous sortir un album d’ici la prochaine année. À savoir quand et surtout comment, ça reste à savoir. Excitant!

Pour le «best of 2016», ben voilà, ça le dit, c’est «un best of». Malheureusement, Soundcloud a ses avantages et ses défauts. Plusieurs labels n’offrent pas toutes les chansons des artistes. Malgré tout, vous y trouverez pas moins de 136 chansons et certaines de mes chansons préférées de 2016: Your Best American Girl de Mitski, Satan de D.D Dumbo, Semaphore de Flock Of Dimes.

Sur ce, je vous souhaite une bonne année 2017 les mélomanes. Que votre année soit remplie de sagesse, de justice et de bonheur musical.

Korn – The Serenity Of Suffering

KornAh Korn! Quand j’avais 14 ans, ce band-là était le centre de mon univers. Mon pote Alex et moi, on en a brisé des cassettes enregistrées de l’album éponyme et de Life Is Peachy dans nos walkmans jaunes. Quand on allait dans des partys et que le monde nous disait de changer de musique, on arrêtait de faire jouer le premier album…uniquement pour mettre le 2e. Y avait rien qui sonnait comme ça. C’était le mix parfait de tous les éléments nécessaires au défoulement. Pis c’était encore meilleur après avoir fumé du weed. Je t’en passe un papier!

Je comprends totalement les gens qui crachent là-dessus. Fallait vivre dans une parfaite conjoncture pour triper autant là-dessus en 1996. 14 ans, pas tant d’amis, une mère malade du cancer et hop! Jonathan Davis, Head, Munky et Fieldy sont tes nouveaux meilleurs amis et en moins de deux, tu portes un «tracksuit» adidas et t’as des tresses/dreads su’a tête.

Le temps a passé, Korn a lancé l’insupportable Follow The Leader qui a été copié 100 000 fois par des bands qui se maquillaient en clowns et le mouvement appelé Nü-Metal est mort de sa belle mort. De mon côté, j’ai découvert les Deftones. Alex, lui, est viré plus peace avec Jane’s Addiction et on a finalement changé de trip totalement. Reste que j’ai toujours continué à prêter une oreille curieuse à chaque album de Korn. Ç’a toujours été le running gag avec mes potes. Je suis un peu comme c’te gars qui a tripé en malade sur les Rolling Stones dans les années 1970 et qui a hâte d’entendre le nouvel album en 2017. Un brin pathétique, nul doute.

Mais bon. Pour la première fois depuis Issues en 1999, j’ose avancer que le nouvel album de Korn est pas si pire que ça. Après avoir tout essayé en matière de mauvais goût (du dubstep à la grosse pop), le groupe revient avec des gros riffs qui tiennent la route et délaisse les beats à la Skrillex pour donner plus de liberté à Ray Luzier (le batteur qui a remplacé David Silveria). Excellente décision, puisque son jeu est l’élément le plus divertissant de leur son moderne. On se rappellera que Silveria était devenu un empoté paresseux avec le temps et que les subtilités des deux premiers albums ont été éradiquées de son jeu dès l’infâme 3e album. Aussi, la rage patentée de Davis est un brin plus crédible que d’habitude. Mais bon assez de «geek talk». Je me contenterai de dire que je me suis surpris à passer un bon moment (quelque fois) et que j’ai même trouvé correct le duo avec Corey Taylor de Slipknot.

Cela dit, je suis conscient que l’existence de Korn en 2016 relève de l’anachronisme et qu’il fallait être là en 1996 pour trouver ça bon. Je vous rassure en vous disant que je ne les écoute plus assidûment depuis belle lurette. Sauf que des fois, j’ai des rechutes nostalgiques. Comme la fois où, un peu éméché, j’ai quitté un show de Neurosis pour aller voir les gars de Bakersfield, Californie, jouer leur premier album sur l’autre scène à Heavy Montreal. J’étais pas trop fier de moi le lendemain.

Mais quand même. Merci de m’avoir aidé à passer à travers l’adolescence gang. Cheers!

Ma note: 6/10

Korn
The Serenity Of Suffering
40 minutes
Roadrunner

www.korn.com

The Men – Devil Music

The MenThe Men. Voilà un groupe difficile à apprécier. Après les débuts parfaitement noisy de l’album Leave Home, le punk rock très Replacements/Hüsker Dü d’Open Your Heart et le virage rock classique springsteenien de New Moon et Tomorrow’s Hits, le quatuor était de retour récemment avec Devil Music.

En ce qui me concerne, j’ai une relation amour-haine avec les New Yorkais. Autant ce que propose le groupe sur disque me satisfait, autant en concert, c’est l’une des formations parmi les plus minables qu’il m’ait été donné de voir. C’est toujours tout croche, aucun désir de transmettre une hargne quelconque au public, bref, une vraie bande de slackers paresseux qui ont l’air de s’emmerder royalement plutôt que de s’amuser à brasser la baraque. Désolant.

Cela dit, ce Devil Music enregistré en un seul week-end (et ça s’entend) ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. On pense parfois à Sabbath, mais surtout aux MC5 et aux Stooges, particulièrement lorsque le saxophone dissonant fait son apparition dans Ridin’ On et Hit The Ground, entre autres. Bien sûr, il y a bien pire comme ascendant. Même si tout ce boucan est totalement prévisible, on ne peut reprocher à The Men d’y aller à fond de train, sans aucun compromis.

Devil Music est donc campé entre le noise de Leave Home et le punk rock d’Open Your Heart. Ce n’est absolument pas un album marquant, mais ça fait plaisir d’entendre un groupe qui a encore de l’essence dans le réservoir, même si je vous supplie de les éviter en live. Primitif et chambranlant, vous aurez l’impression, tout au long de l’écoute, d’entendre un groupe qui maîtrise à peine ses instruments. En plus d’être en cohérence avec les chansons «urgentes» de ce disque, la réalisation bancale (y’en a juste pas!) accentue cette impression d’amateurisme qui, au fil des écoutes, ne s’estompe pas et qui, malgré tout, charme.

Si vous lisez ce texte depuis le début, vous aurez le sentiment que ce disque m’a laissé sur ma faim. Détrompez-vous, j’ai embarqué de plain-pied dans cette proposition. Parmi les chansons qui m’ont fait pas mal «headbagner», j’ai tripé solide sur l’entrée en matière Dreamer, sur la désarticulée Lion’s Den, sur le riff principal, totalement «stoogien», de Patterns, sur l’introduction qui arrache les oreilles dans Violate ainsi que sur le «Jesus Christ» hurlé à pleins poumons dans Fire. Même l’intermède acoustique, Devil Music, fait le travail et sert de baume à mes pauvres oreilles abîmées par tant d’années de rock. Cet album est un merveilleux tapage totalement adolescent.

Au risque de me répéter, ne mettez pas un seul dollar sur ce groupe qui ne vaut pas un clou en concert. Par contre, ce Devil Music viendra combler l’amateur de rock sans fioriture qui est un peu fatigué d’entendre ce genre musical spolié par le marketing, par des artistes racoleurs, des labels sans vision ou par des journalistes musicaux intéressés beaucoup plus par les fringues, le mémérage, les réseaux sociaux et le dieu dollar que par la musique. The Men persiste et signe à sa manière. Juste pour ça, Devil Music vaut la peine.

Ma note: 7,5/10

The Men
Devil Music
We Are The Men Records
34 minutes

http://wearethemen.blogspot.ca/

Une entrevue avec Le Couleur

Le CouleurLa semaine dernière, je me suis rendu sur la rue Masson, tôt le matin, pour rencontrer Laurence Giroux-Do et Patrick Gosselin, membres de la formation Le Couleur pour parler de la sortie récente de P.o.p., du spectacle à venir, de grossesse/maternité et de Kijiji. Seul membre qui manquait à l’appel, Steeven Chouinard, était au garage avec la voiture. Parce que tsé, c’est aussi ça des fois la vie. Même pour les artistes.

Le dernier album de Le Couleur datait de 2010 avec Origami. Entre temps, la formation a fait paraître deux maxis Voyage Love en 2013 et Dolce Désir en 2015. «Travailler un album, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas fait ça. Tu ne veux pas que l’auditeur s’ennuie. Aujourd’hui, c’est rendu qu’on écoute des simples, mais on écoute de moins en moins d’albums.» Laurence m’explique que la formation avait une quinzaine de chansons qu’ils ont travaillées pour ensuite faire des choix. Le processus de création lui, s’est déroulé comme à l’habitude. Le groupe préfère composer des pièces qu’ils testent devant public. Cette fois-ci, c’est surtout Steeven et Patrick qui ont pris les rênes du volet musical alors que Laurence s’est concentrée sur les textes. Les deux garçons ont cherché à amener un peu plus de groove au moulin, visant des rythmes plus près de LCD Soundsystem. La structure est plus éclatée s’éloignant du traditionnel couplet-refrain-couplet-refrain. «Steeven voulait réaliser. On est donc resté entre nous pendant le processus de création. Après au mix, on s’est ouvert.»
 


 

C’est un peu malgré elle. «La question souvent c’est: enceinte étais-tu inspirée? Non pas pantoute. J’avais mal au cœur et je me sentais dégueulasse.» Peut-être moins romantique comme approche, mais certainement plus terre à terre. D’ailleurs, la progéniture a vécu la création de P.o.p. avec les parents. Laurence a même chanté sur un ballon d’exercice sur certaines plages. D’ailleurs, elle parle aussi de la réalité des mères dans le monde de la musique indépendante. «Je ne suis pas Cœur de Pirate, je n’ai pas l’argent pour me payer une nounou. J’aimerais ça voir des articles qui parlent de la réalité des mères du milieu underground. Je ne vais pas arrêter de faire mon travail, j’aime ça. Mais ça amène son lot de défis.» Les horaires atypiques, les voyages, les tournées et l’organisation en générale demandent de bien planifier. Steeven et Laurence tiennent aussi à ne pas faire vivre à Patrick les difficultés de la maternité, même si celui-ci assure que tout se passe très bien. Parce que finalement, les congés de maternité n’existent pratiquement pas pour les artistes qui sont des travailleurs autonomes.

Au point de vue de l’écriture des textes, elle savait où elle s’en allait: «P.o.p., c’est le Pacific Ocean Park qui est une ville imaginée où les vedettes vont vivre leur après-gloire. Je me suis beaucoup questionné sur la célébrité. La culture pop met Britney Spears de l’avant cette année, mais dans dix ans on va l’oublier parce qu’elle est remplacée par quelqu’un d’autre. Et cette ville-là est remplie d’artistes oubliés. Parce que, comment fais-tu pour vivre un beau futur quand ton passé a été si exceptionnel? Tu ne peux pas accoter ça. Est-ce que tu vis dans une nostalgie? Est-ce que tu es déprimé? On parle de toi au passé. »

Le groupe est signé chez Lisbon Lux qui donne beaucoup d’espace à ses artistes en plus de regrouper des groupes amis sous la même étiquette. Le Couleur se sent très libre là-dedans. La formation aura des semaines occupées avec leur spectacle dans le cadre du Coup de cœur francophone, leur lancement à Québec, leur spectacle à M pour Montréal et leur performance au GAMIQ. «On n’a pas vraiment de show de Noël, ça fait qu’on va prendre une pause.» À la fin de tout ça, on divague sur les questions qui finissent toujours par faire surface en entrevue, dont la fameuse: mais pourquoi Le Couleur? À travers les années, le groupe s’est fait un point d’honneur de répondre toujours des histoires abracadabrantes, dont l’une, par Steeven Chouinard. Le jeune homme a répondu que les trois avaient répondu à une annonce Kijiji pour un clavier et qu’ils avaient décidé de former un band. Kijiji a acheté l’histoire. Cela a mené à cette succulente capsule:
 


 

Le Couleur est en spectacle au Théâtre Fairmount dans le cadre du Coup de cœur francophone, demain soir, le 9 novembre.

http://lecouleur.com/