Mendelson - Mendelson - Le Canal Auditif

Mendelson – Mendelson

cover_mendelson-500x500«Dans un monde parfait, Mendelson serait un groupe phare en France». Ces mots sont ceux de l’emblématique critique français, Bernard Lenoir en 2007. Force est de constater qu’en 2013, Mendelson vit toujours dans l’anonymat le plus complet. Comment décrire ce groupe hors du commun qui a sorti son dernier album cet été (le cinquième en quinze ans)? Le leader et seul compositeur, Pascal Bouaziz est une référence, un écrivain, un poète plus qu’un chanteur. Un don des mots – à l’égal de Gainsbourg, Manset ou Miossec – que l’on retrouve à chaque recoin de ses titres.

L’album de Mendelson se compose de trois CD (!) avec, il faut le noter, un titre de 54 minutes (!!). Pourtant, Bouaziz n’a pas fait du remplissage. Comme il le confiait dans une interview-fleuve à un webzine français, il a écarté un nombre incalculable de titres et rappelle qu’il a commencé l’écriture du disque il y a sept ans.

L’album est tout simplement excellent. Une claque au visage. Une expérience musicale rarissime. Plus encore (si c’est possible) que leur avant-dernier album, Personne ne le fera pour nous. Ce n’est pas de la chanson française et ce n’est pas du rock classique… Bouaziz transcende tout ce qu’il peut et surtout ce qui est imposé par des noms. Les titres de Mendelson sont des gouffres de romantisme cynique, mais lucide. La beauté des mots et leur impact sont portés au plus haut par une instrumentation venue d’ailleurs ; provenant aussi bien de Sheller que de Mogwaï ou même de Swans. Par les paroles psalmodiées, mais aussi par les constructions rythmiques folles et les langueurs épiques, Bouaziz est le cousin au premier degré de Michael Gira.

Emportées par deux batteries, les orchestrations atteignent des sommets d’intensité, aussi bien sonore qu’émotionnelle. L’angoisse suinte dans la musique anxiogène de Mendelson. Bouaziz est fort, il arrive au stade ultime de l’art: partager, transmettre une émotion, et ce, durant toute la durée cette oeuvre.

La force quotidienne du mal mettra un coup de massue à l’auditeur lors de sa première écoute. Les phrases fortes s’enchaînent. Arrivent Ville nouvelle ou Une seconde vie. Sur ces titres, Mendelson est géant et nous montre que l’émerveillement est une énergie renouvelable. Sans jamais tomber dans les crescendos grotesques, les musiciens se reposent ou s’énervent. Parfois les guitares s’étirent et Godspeed You! Black Emperor n’est plus très loin, notamment sur l’incroyable conclusion du titre mastodonte Les heures.

Je voudrais préciser pour mes amis québécois que Mendelson a fait chavirer le petit monde des mélomanes français en 2007. À l’aide d’un titre, 1983 (Barbara), Bouaziz nous a mis à genoux et a fait verser une petite larme à chacun d’entre nous. Le morceau est si parfait (rien que ça) qu’il a été élu «meilleure chanson de l’année» par un grand nombre de magazines références (Télérama, les Inrockuptibles…). En espérant avoir fait passer le message…

Ma note : 8/10

Mendelson
Mendelson
Ici d’Ailleurs
140 minutes

mendelson.free.fr

http://www.youtube.com/watch?v=jNtbHt7yqqM

Commentaires

  1. Vincent GIRAUD a écrit : :

    Je suis « fan » depuis la première heure de Mendelson. « L’avenir est devant » est toujours une référence pour moi et surtout « Quelque Part »… Je les écoute souvent. C’est réel ça parle. J’ai eu plus de mal avec les albums suivants. Jamais pu rentrer dans les textes. Mais alors je crie haut et fort que ce dernier triple album est incroyable. Une véritable claque dans la gueule. « Les heures »… Que dire? Un peu masochiste à écouter celà dans la durée et surtout de s’attribuer autant de temps pour un texte si dur… Mais c’est tellement vrai, tellement bien dit… Savoir qu’un mec comme Bouaziz puisse exprimer tout ça. Tout cette maladie d’un cerveau qui se perd. C’est un chef d’oeuvre. Merci. ça m’aide à vivre.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Merci cher ami. Un autre beau témoignage qui s’ajoute et qui j’espère saura influencer quelques compatriotes à poser les oreilles sur disque. Je le ferai sous peu crois-moi. Merci!

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