Maria False - When - Le Canal Auditif

Maria False – When

Maria False«La musique, système d’adieux, évoque une physique dont le point de départ ne serait pas les atomes, mais les larmes» disait jadis le célèbre cynique roumain et francophile Emil Cioran dans son Syllogismes de l’amertume. Produire un album, une œuvre d’art, ce n’est pas seulement s’inscrire dans une démarche visant à générer des émotions à partir de l’inexistant, c’est aussi accepter l’éventualité – hautement probable – de «visiter l’enfer» lors du processus de création, pour reprendre la confidence d’un confrère musicien qui, à l’heure actuelle, s’investit corps et âme à produire le second album de son groupe, les fantastiques Dead Horse One.

N’importe quel musicien investi dans son art vous le dira, produire un «bon» album nécessite à la fois du talent, de la patience, de l’organisation et surtout une immense dose de dévouement. Parlez-en à Yann Canévet qui uniquement au cours de la dernière année, a participé à la production de pas moins de trois albums originaux se déclinant sous les identités Venera 4, Future et dans le cas qui nous concerne ici, Maria False. Comme si ce n’était pas assez, Canévet est aussi impliqué dans le collectif Nøthing qui unit fièrement la crème de la scène psychédélique, shoegaze et new-wave française.

Sur cette proposition de Maria False, le très sobrement intitulé When, le groupe s’éloigne des ambiances sensuelles retrouvées sur Eidôlon, produit par l’alter ego Venera 4, pour nous offrir ici un disque beaucoup plus direct où les guitares bruyantes et hautement éthérées s’imposent dans toute leur grandeur. À la première écoute de When, ce sont d’abord quelques échos lointains du désormais disque culte Isn’t Anything de My Bloody Valentine, véritable «mesure étalon» dans le style et dans la forme, qui se révèlent à nous.

On pourrait alors souligner avec une certaine justesse que, dans son essence, l’approche artistique de Maria False s’inspire directement de ses parrains spirituels de Londres, Reading ou Oxford qui prenaient un malin plaisir à broyer nos tympans au début des années 1990 à grand coup de feedback de guitare, quoiqu’il serait sans doute pertinent de mettre en lumière les points de convergence qui unissent la formation française aux sonorités retrouvées plus récemment chez certains de ses contemporains nord-américains (par exemple: The Stargazer Lilies, Astrobrite ou We Need Secrets).

Composé de huit chansons encapsulées dans une production lo-fi très réussie, When respecte à la lettre les préceptes du shoegaze: utilisation massive du vibrato, voix en retrait enfouie dans un cyclone d’effets, section rythmique parfois brouillonne, mais de bon goût, et on en passe. Chaque chanson atteint bien sa cible; mais c’est sur la tout particulièrement mélancolique Shoot It que les membres de la formation française frappent le plus fort en se permettant même de nous balancer en plein visage une superbe ligne mélodique nous rappelant vaguement la célèbre Enjoy The Silence. Les chansons plus énergiques Head et Blossom confirmeront ensuite, de façon définitive, le très précieux savoir-faire musical du groupe.

Au final, alors que Maria False n’entend pas à révolutionner le style avec When, c’est plutôt grâce à l’honnêteté de sa démarche qui combine maîtrise et justesse des références stylistiques que le groupe réussit à attirer sincèrement l’attention. Certes, on navigue ici dans une approche stylistique extrêmement circonscrite, adulée par une faune assez restreinte de fidèles mélomanes, mais qui sont tous investis de cette fougue commune, à la fois constante et intense, lorsque vient le temps de parler de ce style qu’ils chérissent tant. Il n’y a aucun doute, les adeptes du style seront définitivement séduits par ce disque.

Ma note: 7,5/10

Maria False
When
A Quick One Records
32 minutes

https://mariafalse.bandcamp.com/

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