Lofofora - L'épreuve du contraire - Le Canal Auditif

Lofofora – L’épreuve du contraire

lofofora-epreuve-du-contraireDéjà vingt-cinq ans de carrière pour le quatuor métal/punk Lofofora qui lançait en France récemment L’épreuve du contraire. La semaine dernière, ce huitième album de la respectée formation française faisait son apparition dans les bacs québécois. Colligé en quatorze jours à Rennes, Reuno (voix, textes), Daniel (guitare), Phillus (basse) et Vincent (batterie) présentent un album résolument sombre, revendicateur et d’une adéquation musicale/littéraire sans équivoque. Un disque déterminé qui en impose, mais qui saura rassasier au plus haut point le fanatique du genre.

Clairement, L’épreuve du contraire est une totale réussite! Allons-y avec la musique! Ça déménage éloquemment, les riffs sont tous matraques, la basse éructe, les rythmes martiaux pullulent et Reuno, le vociférateur en chef, est d’une précision chirurgicale, récitant ses textes vitrioliques avec une maîtrise indéniable. Lofofora catapulte quatorze déflagrations sonores dénonciatrices et ça fait le plus grand bien à nos oreilles. Même si le genre comporte quelques limitations créatives, c’est tellement exécuté avec une énergie insurrectionnelle qu’on embarque de plain-pied dans la musique de Lofofora.

Les textes? Reuno est l’un rares «métalleux» lettrés à avoir repris des morceaux de Dutronc, Gainsbourg et Bashung; ce qui en dit assez long sur la culture musicale du bonhomme. Sur L’épreuve du contraire, il se surpasse et tape là où ça fait mal. Sur Pornolitique, Reuno y va de cette perle: «On se donne du mal à rendre esthétique la misère/Confiez-nous votre peine, faites monter la haine.» En ces temps de guignolée qui frappe à nos portes, voilà une observation des plus percutantes… L’homme ne s’arrête pas là et s’affirme sans détour sur Trompe la mort: «Qu’on nous voit comme des malades, des fous sans valeur parce que nous sommes incapables de nous fondre dans un monde formaté sans saveur/Rien à foutre, jamais on ne pourra renier notre cœur.» On ne peut rester insensible devant cette prise de parole franche et authentique. Déférence!

De plus, l’incendiaire meute propose quelques brûlots punkisants qui ont fortement plu à votre vénérable scribe. On fait référence à Trompe la mort, La tsarine et Romance: trois morceaux sans peur et sans reproches. Par ailleurs, on a balancé notre grisonnante tête sur les versions embrasées titrées Le malheur des autres, Karmasutra, la sarcastique Chanson d’amour et sur le petit penchant «musique du monde» évoqué sur Notre terre. Un disque qui n’offre aucun répit à l’auditeur et c’est tout ce qu’on attendait de la part de Lofofora.

Après un quart de siècle en carrière, Lofofora vieillit admirablement bien et demeure entièrement pertinent. Bonus? Le meneur/aboyeur nommé Reuno déclame et chante ses mots tranchants avec une abnégation et une véracité qui ne fait aucun doute. Lorsqu’on écoute L’épreuve du contraire, on y croit vraiment! Le feu aux poudres!

Ma note: 8/10

Lofofora
L’épreuve du temps
AT(h)OME
54 minutes

www.lofofora.com

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