Critiques

Siskiyou

Nervous

  • Constellation Records
  • 2015
  • 43 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Siskiyou - NervousLe quatuor Siskiyou, mené par Colin Huebert (ex-Great Lake Swimmers), fait paraître son troisième album en carrière, après l’excellent Keep Away The Dead, paru en 2011. Entre temps, l’indie folk a connu un âge d’or puis une décroissance. Huebert a souffert d’une infection à l’oreille interne, la catastrophe pour un musicien. Comment reprendre le devant de la scène canadienne dans un tel contexte? Le titre de l’album dit tout: Nervous. La nervosité a tenu les tripes d’Huebert, d’Erik Arnesen (membre des Great Lake Swimmers), de Shaunn Watt (Red Cedar, Christopher Smith & The Beckon Call) et de Peter Carruthers (ex-Said The Whale). Résultat? Un album à fleur de peau, évoquant les grands espaces, les arbres géants et les ombres longues.

Cet album aurait pu être créé par l’enfant spirituel issu d’un croisement entre Timber Timbre et de Bon Iver… qui aurait écouté les deux premiers albums d’Arcade Fire. Quelque chose dans le timbre de la voix de Huebert reflète l’hiver, les frissons, la condensation dans les lunettes. Le jeu frénétique de la batterie, l’aspect cinématographique de Siskiyou, qu’on avait pu connaître dans les deux précédents albums, reste présent.

L’indie folk se camoufle avec Nervous derrière plus d’arrangements. L’enregistrement s’est fait d’abord à très bas volume, alors que Huebert souffrait d’une surdité subite. Pour avoir connu le même sort en 2013, je comprends la douleur du moment, la perte d’équilibre (littéralement, on ne peut plus marcher un certain temps), le silence asymétrique, la vie en mono… Sur la pièce Violent Motion Pictures, les paroles sont murmurées, avec l’apport de la voix douce de Tamara Lindeman et du saxophone de Colin Stetson. Huebert s’est isolé, a suivi une résidence d’artiste au Yukon pour finalement retrouver son groupe au studio Afterlife de Vancouver avec le sitedemo.caucteur Leon Taheny (Owen Pallett/Final Fantasy, Dusted, Austra).

La galette se tient d’un bout à l’autre, équilibrée, se renouvelant sans cesse. Elle s’ouvre avec Deserter et la St. James Music Academy Senior Choir quelque peu dissonante. Le piano, l’orgue, les guitares se fondent dans un écho. La pièce prend réellement son envol à la cinquantième seconde, où la structure de la chanson se développe.

Bank Accounts And Dollar Bills rappelle beaucoup le Hot Dreams de Timber Timbre, le côté sensuel, un brin country, un brin tremblotant: «In the end/Come and wake up/All alone».

Le gros morceau de l’album, selon moi, est Violent Motion Picture, pièce cinématique de six minutes, avec des explosions, du saxophone, des murmures et des cris. Une pièce-signature.

L’ironique Nervous avec son glockenspiel et ses flûtes à bec, son côté enfantin, avec ce «and I’m trying to relax» alors que rien ne va plus. Du délice. Et que dire de la belle Babylonian Productivities accueillant les violons d’Owen Pallett? Un doux rappel des disques de l’époque (pas si lointaine!) 2010-2011, plus folk, plus calme.

Au final, ce n’est pas tant un album nerveux, non, c’est plutôt un album angoissé, un tantinet torturé (Jesus In The 70), avec de l’espoir (Oval Window) et de l’espace pour rêver. Un disque efficace, à point avec le froid de janvier.

Ma note: 8,5/10

Siskiyou
Nervous
Constellation Records
43 minutes

http://siskiyouband.com

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