Critiques

Perdrix

Rock Poutine

  • Indépendant
  • 2018
  • 45 minutes
7,5

Perdrix : Oiseau galliforme de taille moyenne, au plumage roux ou gris cendré, très apprécié comme gibier.

Non, ce n’est pas ça.

Perdrix : Groupe inclassable aux voix féminines, éclatant dans toutes les directions avec splendeur et irrévérence.

Voilà!

Le premier album officiel de Perdrix déborde d’une folle liberté qui correspond parfaitement avec l’arrivée du printemps. Tout d’abord, mes hommages à la pochette « napperon de cantine de région » qui met la table de belle manière pour Rock Poutine.

Les deux premiers EP de la formation avaient dévoilé leur talent à aborder les thèmes les plus anodins pour les rendre grandioses, avec une attitude théâtrale digne de Diane Dufresne dans son jeune temps. Sur ce voyage musical de 10 chansons, les filles de Perdrix chantent magnifiquement les épisodes les plus absurdes du quotidien, tel un chœur grec du 21e siècle, avec un coryphée particulièrement exubérant.

La poutine s’ouvre sur Sale Velours, un succès pop au refrain exagérément accrocheur, agrémenté de claviers un brin surf-psychédélique, pour ensuite nous faire plonger dans la langoureuse et désinvolte Rengaine de Fille Moyenne et refaire surface sur l’énergique Bye Bye Hymen.

C’est un moment très important
Qui ne durera qu’un instant
J’essuierai le sang après
Aucun regret, aucun regret

— Bye Bye Hymen

Si la poésie de Perdrix ne ressemble en rien à celle de Vigneault, ni même celle de Desjardins, elle est savoureusement « dans ta face ». Ne cherchez pas la subtilité ou le deuxième degré. Ici, on ne se prend pas au sérieux. On rit plutôt des standards avec une simplicité décapante et un humour savoureux. À cet effet, soulignons les éloquentes paroles de Grano’l digga, une ode à la « non-binarité » dans un grand festin végétalien de 7 minutes.

J’ai besoin d’un homme ou d’une femme.
Pour payer mes graines de sésame […]
J’ai besoin d’un queer une d’une femme trans.
Pour m’aider à me remplir la panse

— Grano’l digga

Finalement, coup de cœur absolu pour « Allergique (as-tu pris le pouls du poulpe?) », une chanson absurde à souhait, qui traite du désarroi des gens allergiques, en passant par un interlude jazz, se concluant sur une passe de rock hardcore au rythme de cette question sans queue ni tête : as-tu pris le pouls du poulpe?

Successions de couplets désinvoltes et de refrains funk-pop, toutes les chansons de Rock Poutine ont le potentiel d’être le succès de l’été. Pourrait-on même parler de rock féministe? Quoi qu’il en soit, Rock Poutine vaut amplement l’écoute, si vous n’avez pas peur du ridicule et que vous avez le goût d’un snack musical optimal.

Exprimez-vous!