Critiques

Miossec

Ici bas, Ici même

  • PIAS
  • 2014
  • 34 minutes
8
Le meilleur de lca

visuel_Miossec_12_12_RVB_120114Paru il y a deux semaines en France, Ici bas, Ici même de Christophe Miossec fait actuellement un tabac chez nos chers cousins. Cette semaine, la neuvième offrande studio du français fait son apparition dans les bacs des disquaires québécois. S’associant avec Albin de la Simone et Jean-Baptiste Brunhes, Miossec s’éloigne de l’esthétique plus rock préconisée sur Chansons ordinaires paru en 2011 en sitedemo.caiguant une création plus dépouillée, principalement axée sur les textes et l’organe vocal du musicien.

Sur Ici bas, Ici même, on y entend des structures chansonnières minimalistes, des guitares élémentaires, du piano, du marimba et de somptueux arrangements de cordes, mais ce qui constitue la principale attraction de cette sitedemo.cauction est sans contredit la voix délicate, profonde et posée de Miossec; le chanteur nous susurrant avec éloquence ses ritournelles douces-amères. Si on y ajoute, une réalisation totalement limpide qui donne l’impression d’assister à une performance en direct du trio, on se retrouve devant un superbe disque de chanson française, rien de moins!

Lumineux, calme, d’une lucidité implacable face à lui-même, Miossec présente un disque intemporel, mature et absolument brillant. Sur le ton de la confidence, l’auteur, à l’aube de la cinquantaine, tente de se réparer lui-même et porte un jugement juste sur le déclin des sociétés occidentales, et ce, sans tomber dans la démagogie ou encore dans un cynisme exaspérant. Du début à la fin de ce disque, vous aurez des frissons tant l’interprétation tout en retenue du chanteur est d’une véracité incontestable.

Miossec laisse la colère et la rage en plan et exprime avec finesse ses états d’âme. Du bonbon tout simplement! Musicalement, les arrangements sont d’une pureté désarmante et lorsque surviennent les quelques explosions musicales disposées astucieusement tout au long de l’album, on devient tétaniser face à ces moments sonores d’une somptueuse beauté.

Plusieurs chansons culminantes viennent enfiévrer ce Ici bas, Ici même. On n’a qu’à poser nos oreilles sur le rock orchestral titré Samedi soir au Vauban, sur la pianistique Ce qui nous atteint, sur la frémissante Nos morts, sur le piano bondissant fertilisant Répondez par un oui ou un non, sur la touchante Bête, comme j’étais avant (avec la collaboration de Stephan Eicher), sur la ténébreuse Le plaisir, les poisonsMiossec y va d’un «Où sont passés nos rêves?/Sont-ils trop lourds pour que je les soulève?» bien senti ainsi que sur le chant choral qui conclût Les Touristes… pour se rendre aisément compte qu’on est devant un important disque!

Aficionados de chanson française, ce Ici bas, Ici même est un incontournable et fera assurément partie des grands crus francophones de 2014. Miossec catapulte un disque qui plaira à un public adulte, mais qui pourra ravir le jeune mélomane intéressé par la chanson française moderne et édifiante. On aimerait humblement vous laisser avec le texte intégral de la pièce intitulée Ce qui nous atteint… Disons, que ça fait réfléchir.

Ce qui nous atteint

On ne se refait pas
On veut toujours ce qu’on n’a pas
On veut le velours
On veut la soie
Être moins lourd
Et perdre un peu de poids

On ne se refait pas
On veut des loisirs
On veut de la joie
Un bel avenir
Ne pas prendre froid
Ne pas trop souffrir
Ne pas en rester là
Ce qui nous arrive
Ne dépends plus vraiment de moi
Ce qui nous atteint
Était dans l’air depuis des mois
Ce qui se passe
C’est que l’histoire bégaye déjà
Ce qui se passe
C’est qu’on est toujours bel et bien là

On ne se plaît pas tant que ça
On connaît ses défauts
On sait bien ce qui ne va pas
Ce qui est trop haut
Ce qui ne sera jamais droit
Ce qui n’est pas beau
Ce qui le deviendra
Ce qui prendra l’eau
Ce qui surnagera
On verra bientôt si on sait marcher au pas

Ce qui nous arrive
Ne dépends plus vraiment de moi
Ce qui nous atteint
Était dans l’air depuis des mois
Ce qui se passe
C’est que l’histoire bégaye déjà
Ce qui se passe
C’est qu’on est toujours bel et bien là

On ne se refait pas
On est effrayé
De ce qui arrivera
On regarde la mer monter
Jusqu’à où on ne sait pas
On est quand même mouillé
Car on vit bel et bien là

Ma note: 8/10

Miossec
Ici bas, Ici même
PIAS France
34 minutes

www.christophemiossec.com

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