Critiques

Mathieu Lamontagne & Emmanuel Toledo

Au beau fixe

  • Indépendant
  • 2018
  • 46 minutes
7

Mathieu Lamontagne (de Québec) et Emmanuel Toledo (de Helsinki) sont deux compositeurs prolifiques de musique électronique ambiante. Leur collaboration a débuté en 2013, chacun revisitant le travail de l’autre sur deux albums remixés. C’est à partir de Belle Chemise (2016) qu’ils ont commencé à développer des nouvelles pièces à distance, et ensuite, Paysages éclectiques (2017) et Au calme (2017) composés la même année. Ils sont de retour avec un sixième album, Au beau fixe (2018), et une nouvelle trame dont l’atmosphère générale descend des nuages pour explorer des lieux souterrains et sous-marins.

Suspensions ouvre sur des cordes montées en fondu/enchaîné, développant une ligne mélodique dans les aigus qui se déplace en un mouvement aérien. Ond’eau raccourcit la durée des notes, jouées en legato et placées en une suite d’accords formant une boucle. La sonorité est légèrement plus caverneuse avec sa trame de fond bien réverbérée par-dessus laquelle les cordes et sons synthétiques s’étirent et ralentissent le temps. Pendant l’averse reprend la trame de fond de façon encore plus spatialisée, de sorte que l’on sent la musique émaner quelque part dans un réseau de tunnels et de couloirs de glace. La piste de guitare électrique fait penser à un solo de post-rock planant mélangé à du rock de stade.

Brunes continue dans la forme très réverbérée, répétant quelques notes pour laisser les harmoniques se croiser dans l’espace. La trame s’éclaircit et se rapproche avec un peu plus d’éléments rythmiques et un son de synthétiseur qui roule sur lui-même. Entre deux fluides se déploie en une trame épaisse qui enchaîne les notes jusqu’à un pont durant lequel la mélodie monte briller dans les hautes. Ça devient contemplatif et la masse redescend dans les basses pour conclure en bouclant la pièce avec l’introduction. Érosion hydrique renouvelle l’impression de réverbération de tunnel et d’impulsions qui rebondissent jusqu’à leur disparition. Le mouvement souterrain révèle de la synthèse qui oscille et grésille sous les notes aiguës. Le contraste entre les textures saturées et les filaments vaporeux ressort encore plus cette fois-ci, et tient le thème en équilibre entre le réconfort et l’inquiétude.

Un synthétiseur étouffé démarre L’attente sur une petite boucle mélodique, accompagné de quelques bruits placés comme des percussions en délai. Le développement du rythme nous éloigne de la forme planante pour se rapprocher de l’expérimental, avec plein d’effets utilisés de façon créative. L’orgue dans L’assec met en place un certain volume sonore et une impression de drame accentué par les cuivres et les cordes, jouant le rôle de scène finale par rapport aux pièces précédentes. Bulles conclut sur différentes impulsions de bruits traités comme des bulles qui remontent à la surface, entre la boisson gazeuse et le signal radio interstellaire.

Le sixième album du duo s’inscrit parfaitement dans la direction musicale établie à partir de Belle chemise; chaque pièce apporte un point de vue légèrement différent à un thème central homogène. Les lignes mélodiques sont bien montées et leur palette sonore est riche et détaillée. Encore une fois, le duo a composé un album planant, ou flottant dans ce cas-ci, parfaitement adapté à de la contemplation et de la relaxation.

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