Critiques

M83

Junk

  • Mute Records
  • 2016
  • 56 minutes
4

M83Cher Anthony Gonzalez, je ne passerai pas par quatre chemins. Je suis un fan de M83 depuis le magnifique Dead Cities, Red Seas & Lost Souls que vous avez concocté avec Nicolas Fromageau, votre associé de l’époque. Vous avez ensuite poursuivi l’aventure de votre côté en conservant le nom du projet et les résultats ont toujours été inspirés et intéressants. Je pense à la beauté fantomatique de Before The Dawn Heals Us, à la judicieuse nostalgie de Saturdays = Youth et à ce grandiose double album qu’est Hurry Up, We’re Dreaming. Je vous suis avec un intérêt sans cesse renouvelé depuis longtemps et je vais tenter de comprendre les motivations qui vous habitaient lors de la création de votre tout nouveau disque, Junk.

D’abord, il est inutile de préciser que vous avez visé dans le mille pour le titre. Je crois que vous le savez très bien et mieux que quiconque. Cette suite de chansons étranges qui n’ont aucun lien entre elles est facilement oubliable et à ce point-ci, un album comme celui-là sera consommé par les fans de longue date de votre musique pour être recraché et oublié avec toutes les autres cochonneries qui sortent chaque semaine chez votre disquaire préféré. Pour le reste des oreilles qui pourraient se tourner vers l’album, il sera difficile d’intéresser de nouveaux fans avec des réécritures de succès bonbons des années 80 (Walkway Blues est une réécriture de Careless Whisper de Wham, avouez!) ou autres mélodies trop sucrées qui se distinguent seulement par les gadgets utilisés pour leur donner une identité (le solo de guitare exagéré de la fin de Go!, la voix de Chipmunks des refrains de Bibi The Dog et autre interlude néo-funk à l’esthétique inévitablement 1985).

Ma théorie, c’est qu’après l’album colossal précédent et les différentes trames sonores que vous avez sortis avant Junk, vous avez eu une surdose de concepts. Dès lors, l’envie de vous amuser et de ne pas vous soucier d’une quelconque forme de cohésion est elle-même devenue le concept. Mais il y a aussi beaucoup d’ironie dans le fait de coller une pochette affreusement clichée (des burgers et des toutous dans l’espace, du jamais vu!) sur un album intitulé Junk. Comme si, avant même d’être jugé par l’oreille critique, vous anticipiez vous même une réception plus que tiède. Le groupe The 1975 a utilisé une variation du même procédé pour le vidéoclip de sa chanson The Sound. Dans le clip, le groupe est observé par un groupe de discussion et tous les commentaires négatifs concernant leur musique ou leur look apparaissent sporadiquement à l’écrit sur l’écran. Bon concept permettant de couper l’herbe sous le pied des critiques, mais on va se dire les vraies affaires en paraphrasant Mononc’Serge (un artiste québécois qui est probablement passé sous votre radar): «De la marde, c’est de la marde». Peu importe le niveau d’autodérision.

Vous avez raison. C’est de la grosse «dompe» le nouveau M83. Personne ne voudra réécouter For The Kids, qui sonne comme le thème d’un vieux téléroman québécois (Les Dames de Coeur), Atlantique Sud (du pseudo-Indochine que même Nicolas Sirkis trouverait trop «cheesy») et les autres. Malgré les rares moments de qualité du gravé (le silence entre les chansons, notamment), je n’ai pas le choix d’espérer un retour à la forme pour la suite. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop.

Amitiés, Charles

Ma note: 4/10

M83
Junk
Mute
56 minutes

http://ilovem83.com

3 commentaires

  1. Marie-Ève, le 2016-04-25 à 08:05

    «Malgré les rares moments de qualité du gravé (le silence entre les chansons, notamment)»: ce passage est extraordinaire. J’ai ri très fort dans l’autobus.

  2. Stéphane Deslauriers, le 2016-04-26 à 07:54

    Du gros stock de la part de Charles!

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