Critiques

Les Guenilles

Zéro pis une barre

  • L’œil du tigre
  • 2013
  • 25 minutes
7

a0239345200_10Les Guenilles font paraître ce mois-ci Zéro pis une barre, leur quatrième album depuis 2009. Dire qu’il était attendu serait peut-être un peu fort vu le public cible assez restreint du quatuor, mais une chose est sûre, c’est que ça change des discussions d’albums doubles, de prestations à SNL et de bongos. Fuck toute, Les Guenilles sont dans place et ils ont faim.

En ces temps moroses où vos contacts partagent abondamment November Rain sur les réseaux sociaux, on ne dira pas de Zéro pis une barre qu’il est un proverbial vent de fraîcheur – le côté brunâtre de la musique des Guenilles entraîne davantage un vent nauséabond – mais il représente assurément un doigt d’honneur bien senti à une scène locale mielleuse et à une presse complaisante.

Depuis ses débuts la bande prend son rôle de vidangeur du rock québécois au sérieux, abordant dans ses compositions un florilège de thèmes des plus sales. Du scatto (Gorgée d’pisse), aux excès de drogues (Chier sur l’ecstasy, Lendemain de speed, Sel de bain) en passant par la pédophilie (Trenchcoat scolaire) ou encore le registre des armes à feu (Les balles plus longues que le gun, Richard Blass et son douze), Les Guenilles sont toujours là, à des milles du bon goût et de la rectitude politique.

Si les textes sont gras, il en va de même avec leur son. C’est sauvage, c’est technique, c’est rapide, c’est trash, les progressions punk et les voix hardcore breakent ici et là en décharge stoner lente et pesante, comme autant d’agressions à la fausse politesse et à la bonne conscience. Bref, «Les Guenilles ça bûche comme des menstruations dans ta face» nous dit un internaute inspiré.

D’ailleurs Zéro pis une barre va plus loin dans cette démarche destructive, Les Guenilles y gueulant leurs compositions les plus «politiques» jusqu’ici. Taux de suicide, Scène locale, Salle d’attente sont ici des bons exemples de ce virage, mais c’est véritablement la pièce de conclusion, Michel Chartrand qui assène le coup fatal. Avec cette fronde stoner qui appuie un discours historique de Michel Chartrand, extrait sonore tiré du film de Gilles Groulx 24 heures ou plus (1973), on comprend que Les Guenilles sont ailleurs, ce qui n’est pas une mauvaise chose.

Malgré quelques très bons moments rock, Zéro pis une barre s’essouffle à force de faire dans l’excès. Seuls quelques titres respirent avec des riffs plus lents et des breakdowns inspirés. C’est justement dans ces interludes sludge que prend toute la force du son de la bande, avant d’exploser.

La réalisation de «Jocelyn Gagné dans l’même studio que pas mal tout l’monde à l’été 2013 à Montréal» déçoit également. Après trois albums de défonce garrochée on se serait attendu à une amélioration sur le plan de la postsitedemo.cauction. D’ailleurs, des délais dans le processus ayant retardé la parution, laissait croire que le sitedemo.cauit fini sera tout aussi brut, mais moins DIY. Au final, l’album sonne encore un peu casse de bain, mais ça on s’imagine que ça fait partie de l’«esthétique» des Guenilles.

Tout de même, il s’agit ici d’un disque des plus réjouissants. Suivez-les sur Facebook, sont drôles, pis allez les voir en show, y’a pas de dress code à l’Esco pis en prime, y’a toujours des dudes qui vomissent.

Ils/elles ont dit des Guenilles.

«Ce qui est important, c’est que leur batteur a déjà joué dans Bald Vultures».

«Après 4 minutes de swingage de batte dans la face de (presque) tout le monde égal, les tounes se font plus succinctes, les souffles rares, et les punchs visent le bassin, se déploient dans un boogie à pleine vitesse aux détours techniques insérés comme si c’était pif pouf dans’ pantoufle.»

«Leur bassiste a déjà joué pour Mara Tremblay et Galaxie, aussi, mais leur batteur a surtout déjà joué pour Bald Vultures. Et peu importe, dans le fond, parce qu’avec leur mélange de stoner et de punk quelque part entre les Melvins et Nirvana, ils font passer tout le monde pour des fillettes. Même Galaxie

Ma note: 7/10

Les Guenilles
Zéro pis une barre
L’œil du tigre
25 minutes

lesguenilles.bandcamp.com

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