Critiques

King Tuff

The Other

  • Sub Pop Records
  • 2018
  • 43 minutes
6

Dans le merveilleux monde du rock, il n’est pas rare de voir un artiste (ou un groupe) amorcer un virage plus consensuel après quelques albums plus « rugueux ». Les exemples pullulent. Tellement que je n’aurais pas assez des 500 mots autorisés par cette plateforme pour en faire une exhaustive nomenclature. Rien de bien grave pour un créateur de vouloir fédérer plus d’admirateurs à sa cause. Faut bien « mettre du beurre sur ses toasts », comme on dit. Toutefois, peu de rockeurs peuvent se targuer d’avoir réussi à rassembler le plus grand nombre sans perdre un peu de pertinence. Un pari risqué, à mon humble avis.

La semaine dernière, Kyle Thomas, alias King Tuff, présentait un nouvel album intitulé The Other. En 2012, Thomas avait mis sur le marché une excellente galette éponyme qui alliait glam-rock et psychédélisme. Deux ans plus tard, le rayonnement de l’artiste s’accentuait avec la parution de Black Moon Spell; disque moins intéressant que le précédent effort. Au cours des quatre dernières années, le musicien a également accompagné bon nombre de groupes issus de la scène indie-rock états-unienne, entre autres, le fougueux Ty Segall. Thomas a fait partie des Muggers; « backing band » de Segall dans le cadre de la tournée de l’album Emotional Mugger (2016).

Réalisé par Bobby Harlow (membre de la formation The Go), Thomas raffine son rock en le positionnant entre le glam et le folk, incorporant des éléments sonores issus du soul et du funk. La réalisation d’Harlow accentue le penchant radiophonique de cette production. Voilà un disque élaboré avec le plus grand soin. Bravo pour l’effort. Cependant, tout ce qui faisait le charme bon enfant de King Tuff est relégué aux oubliettes. Exit le petit côté « poteux », les quelques guitares qui arrachaient et la juvénilité insouciante de Thomas.

Vous vous retrouverez donc devant du pop-rock aussi nostalgique que commerciale qui plaira assurément à tous ces jeunes festivaliers avides de plaisirs estivaux, la plupart vêtus de camisoles molles. Je blague, mais Thomas change de cap et je le préférais en mode garage, en format plus échevelé.

Pour pleinement apprécier The Other, il faut se rendre en fin de parcours, là où les pièces les plus significatives font leur apparition. Le folk-rock très « années 70 » Infinite Mile, le rock synthétique titrée Neverending Sunshine, les percussions inventives dans Ultraviolet et la conclusive No Man’s Land atteignent tous la cible. Malheureusement, je ne peux en dire autant de Raindrop Blue et Psycho Star; des chansons parfaitement formatées pour les radios FM.

Au final, Thomas change de peau comme beaucoup de musiciens rock : après quelques disques, il se tourne vers un univers plus pop. Résultat ? Une perte d’identité, et surtout, un asservissement probablement inconscient au sacro-saint marketing. Objectivement, ça demeure un disque correct… sur lequel je ne reviendrai probablement jamais.

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