Critiques

King Dude

Songs Of Flesh & Blood – In The Key Of Light

  • Not Just Religious Music
  • 2015
  • 40 minutes
8,5
Le meilleur de lca

King DudeL’an dernier, l’auteur-compositeur-interprète «goth-rock» Thomas Jefferson Cowgill, alias King Dude, mettait sur le marché l’un des disques parmi les plus mésestimés de 2014: Fear. Un jouissif tournant rock avait alors été emprunté par notre Dude. Productif comme toujours, notre homme est de retour cette semaine avec Songs Of Flesh & Blood – In The Key Of Light… et King Dude poursuit sur sa magnifique lancée proposant aux apôtres un rock satanique/abrasif conjugué à un folk ténébreux haut de gamme.

Gowgill a semble-t-il eu une année 2014 difficile, du moins sur le plan personnel. Les thèmes de la perte, de l’échec, du suicide et de la mort d’amis profondément aimés viennent galvaniser cette nouvelle offrande. De prime abord, tout ça n’a rien de bien jojo, mais King Dude ne verse jamais dans l’apitoiement et le larmoiement insignifiant. Tout au long de l’écoute, une mélancolie authentique et sentie habite l’interprétation de Cowgill. On devient scotché et empathique à la cause du Dude.

Musicalement, le musicien varie quelque peu l’instrumentation ponctuant ses chansons d’orgue Hammond/B3, de claviers ambiants, de rythmes ensorcelants, parfois tex-mex, toujours escorté par quelques guitares décapantes, mais surtout par ce folk prenant forçant l’introspection. Que dire de cette voix caverneuse qui, aux premières écoutes peut surprendre, mais qui au fur à mesure prend tout son sens. L’esthétique gothique peut parfois faire sourire tant elle peut friser la caricature. Pas de ça chez notre Dude! En écoutant ce disque, on ressent réellement le désarroi et la peine de l’artiste.

D’album en album, Cowgill construit son corpus chansonnier comme un artisan patient, misant sur la durée et la véracité de son interprétation. Ainsi, il ramène les pendules à l’heure quant à tous ces guignols faussement plongés dans les ténèbres préférant le travestissement à la douleur de vivre exprimée avec une conviction sans équivoque. C’est bon du début à la fin.

On pense au rock frémissant Black Butterfly, au folk spleenétique Deal With The Devil, à la très Nick Cave titrée Death Won’t Take Me, au petit côté Iggy Pop évoqué par Rosemary, à la dépouillée A Little Bit Of Baby Gonna Make Me Wanna Live Again ainsi qu’au penchant quasi trip-hop entendu sur The Heavy Curtain. On se retrouve même dans une église totalement morose sur I Don’t Wanna Dream Anymore et dans le désert du Nevada sur Holy Water. Cette épopée glauque se conclut avec la ballade pianistique You Know My Lord et avec la bouleversante Silver Crucifix sur laquelle King Dude expulse sa tristesse avec une sincérité désarmante: «I don’t wanna live in this world/There are too many vampires in this world/No silver crucifix could fix this odd world without you». On est presque porté à lui donner raison…

Certains d’entre vous pourraient trouver le périple un peu lourd, mais pour le mélomane qui n’est pas rebuté par le chagrin et le vague à l’âme, celui-ci sera profondément ému à l’écoute de ces chansons cathartiques. Oui, le Dude est là pour durer… s’il veut bien continuer sa route parmi nous. Poignant.

Ma note: 8,5/10

King Dude
Songs Of Fresh & Blood – In The Key Of Light
Not Just Religious Music
40 minutes

https://kingdude.bandcamp.com

https://www.youtube.com/watch?v=gutevYWsThk

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