Critiques

KEN Mode

Success

  • Season of Mist
  • 2015
  • 51 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Ken ModeKEN Mode a travaillé avec le grand Kurt Ballou pour Venerable (2011), puis avec le routier Matt Bayles pour Entrench (2013). Sur Mennonite (2008) et Reprisal (2006), c’était plus modeste, mais quand même: on n’a jamais eu droit à deux albums de KEN Mode similaires. Le trio mené par les frères Matthewson explore depuis ses débuts les méandres de la musique heavy actuelle avec, sans mauvais jeu de mots, un certain succès. Cette fois-ci, le groupe a travaillé avec l’immense Steve Albini, sitedemo.caucteur de première classe, pour ce qui est un effort de surpassement et de redéfinition.

On retrouve donc KEN Mode dans un environnement sonore résolument hardcore, urgent et déchaîné, tout à fait en continuité avec les acquis de Entrench. Au rayon des ajouts, le groupe a beaucoup travaillé les structures de ses chansons, les déconstruisant radicalement pour provoquer un qui-vive constant chez l’auditeur. Et avouons-le, par moments, c’est carrément déconcertant, comme sur la pièce d’ouverture, Blessed. Après plusieurs écoutes cela dit, ça s’estompe et ce chaos devient rapidement une des forces de ce Success.

Bref, avec une prise de son crue, une amplification «réverbérante» et des effets minimaux sur les instruments, KEN Mode a crée un album de musique extrême différent. Et ça marche.

Voici un album de musique brutale, qui s’accorde tout à fait avec la discographie du groupe, mais qui va tellement plus loin. Certes le vocal est plus digeste et les pièces respirent un peu plus, mais au final, Success est l’exercice le plus achevé conceptuellement et musicalement de KEN Mode.

C’en est d’ailleurs à se demander si Entrench n’est pas finalement qu’un album de transition. Sur Success, les guitares sont aiguës, tranchantes et incisives. Sur Venerable, elles étaient lourdes et grasses. Entrench amenait certainement un élément post-hardcore qui est maintenant exacerbé avec Success. D’ailleurs sur Dead Actors, KEN Mode sonne comme Fugazi. Troublant. Inquiétant. Génial.

KEN Mode est un groupe d’exception qui n’a pas peur de se fier à la vision des réalisateurs dont il s’entoure. Résultat: le trio est toujours là où on ne l’attend pas, toujours pertinent. Un groupe caméléon qui n’a plus besoin de crier pour exprimer sa rage: voici un groupe qui tempère désormais cette rage, et qui la concentre en des morceaux mélodiques, quoi que dissonants, intenses et tout, sauf convenus.

Pour l’irrésistible progression, pour l’innovation, Success mérite une note de premier de classe, car c’est ce qu’ils sont.

P.-S. Ah oui, pour les curieux, le «mode KEN», c’est le mode Kill Everyone Now. L’expression est de Henry Rollins. Sur scène, le trio est vraiment dans cette zone d’agressivité. C’est quelque chose à voir. Au Turbo Haus le 17 juin avec The Great Sabatini et Fight Amp.

Ma note: 8,5/10

KEN Mode
Success
Season Of Mist (2015)
51 minutes

http://www.ken-mode.com

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