Critiques

Sun Kil Moon + Jesu

Jesu/Sun Kil Moon – Jesu/Sun Kil Moon

  • Caldo Verde Records / Rough Trade
  • 2016
  • 80 minutes
7,5

Jesu/Sun Kil MoonEn juin dernier, Mark Kozelek, alias Sun Kil Moon, faisait paraître l’excellent Universal Themes, disque plus complexe et rugueux que l’acclamé Benji, paru en 2014. L’an dernier, l’hyperactif songwriter s’est aussi associé à la formation rock Jesu, groupe formé en 2003 par l’ex Godflesh Justin Broadrick, afin d’arpenter des sentiers sonores plus lourds et abrasifs. Ça donne ce nouvel album titré simplement Jesu/Sun Kil Moon. Une panoplie d’invités de renom ont participé à l’élaboration de cet album: Bonnie «Prince» Billy, Mimi Parker et Alan Sparhawk (Low), Rachel Goswell (Slowdive), Isaac Brock (Modest Mouse), pour ne nommer que ceux-là.

L’univers folk verbeux et spleenétique de Sun Kil Moon cohabite-t-il bien avec la pesanteur et la saturation guitaristique de Jesu? En ce qui me concerne, c’est positif! Nettement plus ramassé au niveau des structures chansonnières, comparativement à Universal Themes, et ce, malgré la totalité des chansons qui dépassent la durée des cinq minutes, cette simplicité volontaire confère un petit côté hypnotique à certaines pièces de ce Jesu/Sun Kil Moon. Aucune inquiétude à avoir pour ceux et celles qui aiment Kozelek en format folk, la superbe Fragile saura combler les attentes.

La voix chevrotante, les déclamations hyperréalistes et les textes verbeux de Sun Kil Moon se marient admirablement bien avec le rock de Jesu. Ça pourra paraître quelque peu linéaire au fervent de virtuosité musicale, mais la mélancolie dite «abrasive» prescrite sur cette conception sonore est parfaitement assumée. Cette création commence avec trois morceaux indolents, mais qui dessuintent les oreilles intelligemment: Good Morning My Love, Carondelet et A Songs Of Shadows. Un départ matraque et sans failles.

Par la suite, l’album devient nettement plus varié; le folk, la ballade pianistique et l’électro élémentaire se coudoyant de manière étonnamment efficace et cohérente. Parmi les meilleurs moments, je fais référence à la minimaliste, aux accents électro (titre typiquement Kozelek), Last Night I Rocked The Room Like Elvis And Had Them Laughing Like Richard Pryor ainsi qu’à la sublime Exodus. Une superbe chanson inspirée du décès accidentel, en juillet dernier, du fils de l’icône Nick Cave, avec comme invités de marque Sparhawk, Parker et Goswell aux harmonies vocales; un chef-d’œuvre de compassion dédié aux parents qui ont subi la perte d’un enfant. Beau et tragique à la fois. L’album se conclut avec Beautuful You, une pièce vaporeuse de 14 minutes qui s’étire quelque peu et qui constitue le seul écart de conduite de ce Jesu/Sun Kil Moon.

La fusion des deux univers musicaux, de prime abord dissemblables, est réussie, l’interprétation de Kozelek est sentie et les éléments rock/électro, gracieuseté de Broadrick, viennent amenuiser le côté bavard de Sun Kil Moon. Le hipster qui ne jurait que par Benji, et qui n’a pas suivi Kozelek lors de la parution de Universal Themes, ne réintégrera pas les rangs, mais les vrais adeptes des deux artistes sauront reconnaître la belle besogne accomplie.

Ma note: 7,5/10

Jesu/Sun Kil Moon
Jesu/Sun Kil Moon
Caldo Verde/Rough Trade
80 minutes

http://www.caldoverderecords.com

http://www.sunkilmoon.com/jesuskm.html

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