Critiques

Jean-Louis Murat

Toboggan

  • PIAS
  • 2013
  • 36 minutes
7

murat-500x500L’auteur-compositeur-interprète français Jean-Louis Murat lançait la semaine dernière Toboggan. Le sitedemo.cauctif musicien avait fait paraître Grand Lièvre en 2011; disque aux mélodies légères et aux textes larmoyants. Voilà un créateur qui a conçu 19 albums studio répartis sur quatre décennies et qui a toujours su admirablement s’affranchir d’un certain carcan issu de la chanson française traditionnelle en s’acoquinant maintes fois avec d’excellents instrumentistes américains et anglais. Tout bien considéré, un important confectionneur de chansons!

Alors, Murat nous présente un nouvel opus fictivement calme, car sous ces glisses engourdies et langoureuses se camouflent les éternels sujets de la mort, de la perte de l’être cher et de la crainte angoissante de l’abandon. Ce nouveau périple dans la contrée mélancolique et morne de Murat enrobe l’auditeur avec sa délicatesse, son dépouillement et sa vicieuse clairvoyance.

Réalisé seul, à la maison, à contre-courant de l’hyperactivité du monde, en mode guitares-claviers, la langue française superbement bien pendue, ce Toboggan subtil et duveteux, est stimulé par de somptueux instruments à vent, des cordes académiques, de l’orgue Hammond, de discrètes percussions, des disharmonies avisées, des voix d’enfants et des hurlements d’animaux.

Cet homme/artisan sculpte sa musique depuis de nombreuses années et cette œuvre transpire l’expérience, l’assurance du vétéran et la créativité ingénieuse… raffinée, mais absolument ingénieuse. Ici, on a affaire à un éloquent songwriter de la trempe d’Alain Bashung. Évidemment, ce n’est pas un disque de rock électrisant, mais les amants de chanson française mature et orfévrée seront à tous les égards rassasiés.

Ce chant des plaines renferme plusieurs pièces de haut niveau : les très feutrées Il neige et L’amour n’est pas querelle, l’austère Le chat noir, la pianistique/dramatique enfiévrée de bruits d’animaux Robinson, la quasi a capella Voodoo simple, et la superbement orchestrée, au titre qui en dit long: J’ai tué parce que je m’ennuyais. Quelques réserves pour les mièvres Over And Over et Belle, mais rien qui vient réellement ralentir notre plaisir auditif.

Jean-Louis Murat résiste au règne du néant et du futile avec un Toboggan aux antipodes du trépidant rythme de vie moderne… et vous savez quoi? C’est une excellente chose. Murat sitedemo.caigue une musique mature, quelque peu asociale, mais qui se bonifie grandement au fil des écoutes. Une conception sonore qui prend son temps et qui demande au mélomane de s’installer confortablement afin de déguster à toutes les saveurs musicales de ce Toboggan. Un artiste trop méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique.

Ma note : 7/10

Jean-Louis Murat
Toboggan
PIAS France
36 minutes

www.jlmurat.com

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