Critiques

Grant Lee Phillips

Walking In The Green Corn

  • Magnetic Field Recordings
  • 2012
  • 37 minutes
7

L’auteur-compositeur-interprète Grant Lee Phillips, à la voix douce et apaisante, faisait paraître le 16 octobre dernier son septième album solo titré Walking In The Green Corn. Est-ce que la formation Grant Lee Buffalo vous dit quelque chose? En vous citant Grant Lee Buffalo, j’imagine que celui de Phillips devient soudainement plus familier… Simplement pour vous rappeler que les Buffalo avait fait paraître au début des nineties, deux galettes qui conjuguaient magnifiquement l’americana et le rock alternatif; je parle des albums Fuzzy et Mighty Joe Moon. Depuis 2000, le troubadour d’origine amérindienne poursuit sa route seul et voici qu’il accouche d’un disque absolument folk.

Intimiste, mettant l’accent sur la superbe voix et le talent de mélodiste hors pair de Phillips, ce Walking In The Green Corn s’inscrit dans la plus pure tradition du folk-country américain. Des guitares acoustiques coutumières, de discrètes percussions, des claviers éparpillés ça et là, du violon et de la slide-guitar exécutés tout en retenue, des harmonies efficaces, de même que ce chant mélodieux, chuchoté adroitement dans le creux de nos oreilles, comme seul Phillips peut le faire.

L’homme ne réinvente pas la roue, loin de là, mais il sait encore écrire de bonnes chansons et ce, malgré cette propension à destiner sa musique aux canaux auditifs matures. Amateurs de rudesse sonore et de structures chansonnières labyrinthiques, vous devrez vous abstenir d’écouter ce disque; vous pourriez avoir envie de laisser tomber l’alcool afin d’adopter la tisane à la camomille! Walking In The Green Corn se caractérise par un dépouillement sonore qui laisse toute la place au songwriting de Grant Lee Phillips. Une création qui fait scrupuleusement penser à l’album Nebraska de Springsteen tant l’austérité, l’économie de moyen et la quiétude sont les caractéristiques dominantes de l’album.

Fidèle à son habitude, le musicien est incapable d’écrire et de composer une chanson anémique. Parmi cet alliage de ritournelles valables, j’ai ciblé plus particulièrement la vaporeuse Vanishing Song, la minimaliste et remuante Buffalo Hearts, les folk-country Fools Gold et Walking In The Green Corn, la frémissante Bound To This World et finalement, la dépouillée nommée Thunderbirds. Bref, rien à redire de vraiment dévastateur concernant le travail de Grant Lee Phillips.

À part peut-être le fait que notre homme n’a jamais pu remplacer son collègue et bassiste dans Grant Lee Buffalo, l’excellent réalisateur Paul Kimble. Les conceptions musicales de Phillips n’ont jamais réussi à atteindre les imposants standards de créativité de l’époque Buffalo; et l’ami Kimble avait fortement son mot à dire quant à l’enrobage sonore des morceaux composés par le barde américain. Peu importe, les fans de l’artiste apprécieront sans doute, car Grant Lee Phillips est tout simplement inapte à élaborer un mauvais disque… un autre de plus au compteur!

Ma note : 7/10

Grant Lee Phillips
Walking The Green Corn
Magnetic Field Recordings
37 minutes

www.grantleephillips.com/site/index.html

2 commentaires

  1. Louis-Dominic Bertrand, le 2013-04-06 à 00:34

    Connaissant bien l’œuvre de Phillips et ayant trippé de nombreuses heures en écoutant les albums des Buffalo, je voulais tout simplement vous dire à quel point vous visez juste avec cette critique : son cheminement — pas à mon goût — vers le son « adulte contemporain », l’excellence des albums Fuzzy et Mighty Joe Moon, et surtout la perte malheureuse de l’apport de Paul Kimble (je me disais la même chose depuis longtemps, mais je n’avais encore jamais lu de critique qui soulignait ce fait). Même si j’ai aussi apprécié Jubilee, Ladies Love Oracle (You’re a Pony, St. Expedite) et Mobilize (See America!) , je trouve qu’il manque à ces disques la basse mélodique et l’énergie de son ancien comparse, ainsi que les superbes harmonies vocales qu’ils arrivaient à créer à deux. Le spectacle de la tournée Copperopolis à Montréal demeure à ce jour un des deux ou trois meilleurs que j’ai vus –pour 10 $!– en partie en raison de la combinaison judicieuse de ces deux voix. Par ailleurs, concernant ce Walking in the Green Corn, je n’ai plus acheté les albums de GLP après Mobilize, mais je pense que cette offrande a un petit quelque chose de plus que les trois précédentes.

    • Stéphane Deslauriers, le 2013-04-06 à 07:33

      Vraiment Louis-Dominic, tu fais ma journée! J’apprécie vraiment! J’y étais lors de la tournée Copperopolis à Montréal et je dois te dire que GLB en concert était un groupe immense. Bref, merci de ce pertinent et articulé commentaire. C’était un plaisir de te lire!

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