Critiques

Neil Young

The Visitor

  • Reprise Records
  • 2017
  • 51 minutes
7

Neil Young lançait récemment un 39e album en carrière et, parallèlement à cette sortie, le Canadien d’origine rendait disponible la totalité de son corpus chansonnier sur sa propre plateforme Web. Inédits, démos, improvisations, albums jamais parus, l’intégralité de ses archives est désormais en ligne pour le plus grand plaisir de ses fans. Gâtez-vous !

En 2015, avec la formation folk rock Promise Of The Real, qui met en vedette le fils du légendaire Willie Nelson, Young avait lancé The Monsanto Years; disque qui pourfendait sans ménagement cette arrogante multinationale spécialisée dans les biotechnologies agricoles. Au début du mois de décembre, le productif barde, accompagné par la bande menée par Lukas Nelson, nous proposait The Visitor.

Depuis quelques années, le grand Neil n’est pas dans la meilleure de ses formes, créativement parlant. J’ai souvent écrit sur cette plateforme – non sans avoir reçu quelques volées de bois vert – que papy Young devrait remettre plus souvent ses chansons entre les mains d’un réalisateur en bonne et due forme. Young carbure à la spontanéité, l’authenticité et l’intégrité. Difficile de lui reprocher un manque de cohérence dans sa démarche artistique.

Sur ce nouvel album, Neil Young & Promise Of The Real propose autant un rock abrasif à la Crazy Horse que ce folk émouvant qui a toujours singularisé le musicien par rapport à ses semblables. Évidemment que Promise Of The Real n’arrive pas à la cheville des envolées rock de Crazy Horse, mais ça m’a fait le plus grand bien d’entendre Young dans un enrobage sonore plus « travaillé ».

S’il avait fallu que Young et ses acolytes peaufinent encore plus les chansons suggérées sur ce disque, on aurait pu assister à l’avènement d’une excellente production, mais c’est Neil Young. On accepte le petit côté chambranlant et la magnifique capacité d’indignation du bonhomme, et ce, à 72 ans bien sonnés.

Les textes sombrent parfois dans un simplisme un peu agaçant, mais simultanément, j’admire le ton combatif que Young emprunte face à ce qui se déroule actuellement chez nos voisins du Sud : un détournement de la démocratie au profit d’une minuscule caste de privilégiés. Une usurpation orchestrée par un président ouvertement raciste, misogyne et narcissique qui n’en a que pour sa propre petite personne et ses amis richards.

Bref, c’est le meilleur disque de Neil Young depuis un petit bout de temps. J’ai adoré la réponse au slogan de cabochon de la dernière campagne de Trump, l’imbuvable « Make America Great Again », intitulée Already Great. J’ai aussi aimé la parfaitement Neil Young, en mode folk, titré Almost Always ainsi que la conclusive Forever, une lente et longue chevauchée réconfortante magnifiquement chantée par le doyen. En contrepartie, j’aurais pu aisément me passer de Carnival, un clin d’œil affectueux à ses amis mexicains certes, mais qui ressemble à ce que pouvait créer Carlos Santana. Et Diggin’ A Hole est un blues « bistro à Jojo » comme il s’en est composé des milliers.

C’est sans gêne que je vous recommande The Visitor. Sans être un grand cru dans la carrière de Neil Young, je constate avec étonnement qu’il reste encore de l’essence dans le réservoir créatif de ce géant de la chanson, tous genres confondus.

Ma note: 7/10

Neil Young & Promise Of The Real
The Visitor
Reprise Records
51 minutes

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