Critiques

Mark Lanegan

Gargoyle

  • Heavenly Recordings
  • 2017
  • 40 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Si vous tapez Mark Lanegan dans la petite fenêtre située en haut à droite de la page d’accueil de LCA, vous verrez apparaître quelques passages où le nom du chanteur à la voix rauque et ténébreuse est cité, en plus des critiques de ses plus récents albums. Oui, j’ai le plus grand des respects pour cet artiste âgé aujourd’hui de 52 ans. Ce créateur se bonifie de disque en disque. Après un virage électro-rock amorcé avec Blues Funeral (2012) et accentué avec le langoureux Phantom Radio (2014), le Mark Lanegan Band était de retour la semaine dernière avec Gargoyle.

Enregistré avec l’aide de Rob Marshall (il a composé la majorité des musiques) et du fidèle multi-instrumentiste Alain Johannes à la réalisation, Lanegan s’est accointé les habituels services de Josh Homme (Queens Of the Stone Age) et de Greg Dulli (The Afghan Whigs). Le vétéran rockeur a toujours su tisser des liens de qualité avec des artistes issus du même moule que lui et qui comprennent parfaitement ce qu’il a en tête.

Cette nouvelle proposition de Lanegan et ses amis est campée dans la même logique que les deux précédents efforts mentionnés en début de texte, mais avec une énergie et un son d’ensemble nettement plus puissant et plus vaste. Les basses sont lourdes, les guitares sont plus présentes, plus acérées, plus aériennes, les claviers, aux allures gothiques, sont aussi sinistres que réconfortants et les rythmes en toc, parfaitement minimalistes, font de ce Gargoyle une autre réussite à ajouter à l’éloquente feuille de route du vétéran. Probablement le meilleur disque de son virage électro-post-punk-goth-rock-machin-chouette amorcée il y a quelques années.

Évidemment, la légendaire voix de Lanegan vient fertiliser toute cette superbe musique. On se retrouve une nouvelle fois en territoire sombre avec quelques éclats de lumière qui jaillissent à l’occasion. Les mélodies étonnamment enjouées qui caractérisent l’excellente Beehive sont un exemple parfait de ce petit côté réjouissant qui fait son apparition à quelques occasions sur ce Gargoyle. Emperor (avec Homme aux harmonies vocales) est également une pièce qui détonne du climat mélancolique qui prévaut d’ordinaire chez le doyen. Et pour apprécier pleinement un disque de Lanegan, il faut y revenir régulièrement. Encore une fois, il nous fait le coup du dangereux « grower » !

Parmi les réussites, j’ai adoré l’entrée en matière, parfaitement Lanegan, titrée Death’s Head Tattoo, la mélancolique Nocturne, la ballade synthétique Sister ainsi que la pièce de résistance de ce Gargoyle, l’émouvante Drunk On Destruction, un titre qui a le mérite d’être clair quant à la propension de Lanegan à l’échapper une fois de temps à autre… Je comprends ça à 100% ! Mention spéciale à la conclusive Old Swan, plus longue pièce de l’album; un alliage de shoegaze et de krautrock. Musicalement parlant, c’est la chanson la plus significative de ce Gargoyle.

Que dire de plus qui n’a pas été dit sur cette légende en devenir ? J’exagère ? Pas du tout. La trajectoire de Lanegan ressemble étrangement à celle d’un Nick Cave : un début de carrière dans la marge et, de création en création, le respect et le rayonnement qui s’intensifie jusqu’à l’approbation du plus grand nombre. Je vous en reparle dans une dizaine d’années.

Ma note: 8,5/10

Mark Lanegan
Gargoyle
Heavenly Recordings
40 minutes

http://marklanegan.com/

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