Critiques

Catastrophe

La nuit est encore jeune

  • Tricatel Records
  • 2018
  • 48 minutes
7

Catastrophe est une formation qui fait jaser d’elle depuis quelque temps en France. En fait, particulièrement depuis la sortie de son maxi Dernier soleil, dont le simple Party In My Pussy qui donnait lieu à une quantité de rires autant par l’esthétique déjantée du clip que par l’absurdité et la gratuité des paroles qui pourraient offusquer les trop-bien pensants. Catastrophe est avant tout un collectif à géométrie variable rassemblé autour de Pierre Jouan et Blandine Rinkel, qui revendique le droit de s’égarer, de ne pas être enfermé dans une boîte, d’aborder l’art de manière multidisciplinaire et vivante. Un aspect appuyé par la sortie d’un livre qui porte le même titre que l’album. Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle d’Hubert Lenoir.

Cette soif d’expérience et de décloisonnement s’entend sur La nuit est encore jeune. L’album est difficile à classifier, se faisant parfois dansant, parfois lyrique et à certains moments carrément onvi-esque. La surprise est au rendez-vous à chaque tournant, au point où ça en devient étourdissant parfois. Musicalement, le groupe ratisse large, passant de la ballade pianistique à un électro funky. Dans les deux atmosphères, le groupe s’en tire bien et offre des sonorités intéressantes.

Du côté plus funky de la médaille, Bebop Record est franchement réussie. Ces rythmes puissants et contagieux, ses chœurs impressionnants, sa coupure pour laisser place à un moment lyrique inattendu et la partition de batterie complètement folle en font une pièce incontournable sur cette Nuit est encore jeune.

Droit de ne plus savoir

Droit de ne pas comprendre

Droit de ne pas répondre

Droit à une tout autre personnalité

Droit de se tromper

Droit à l’erreur

— Bebop Record

Il y a dans cette réclame un élément essentiel qui s’amenuise tous les jours dans cette culture de l’instantané. L’information voyage si vite que chaque événement peut engendrer des répercussions immédiates. Ironiquement, par le choix des enchaînements de chansons et les grandes différences stylistiques d’un titre à l’autre, Catastrophe semble jouer le jeu contemporain. Celui où l’album n’est plus le véhicule des simples, mais bien le contraire. Par exemple, suite à ce Bebop Record survolté, nous sommes plongés dans une fine mélodie lyrique M.M.W.E.

Catastrophe s’amuse avec les voix à plusieurs reprises. Occhiolisme (n.m.) est un bon exemple avec ses canons vocaux entraînants. Dommage que cette idée mélodieuse et magnifique n’ait pas été au bout de ce qu’elle avait entamé. Lorsque ce canon arrive, il monte et lorsqu’on aimerait qu’il se décuple en quelque chose de grandiose et mystique, il s’efface sur un fade-out. L’amour tout nu attaque plutôt avec un pop psychédélique qui n’est pas sans rappeler Sébastien Tellier et le motown tout à la fois.

Catastrophe est habile avec sa plume. Comme le démontre la tirade authentique et dénudée d’À cet instant. Le groupe est porteur d’un renouveau pour la langue de Molière dépoussiérée sur la scène française. On peut aisément et sans gêne les classer avec Les Feu! Chatterton, Juliette Armanet, Voyou, Fishbach et autres artistes qui sont en train de remettre de la vie dans un milieu qui a stagné quelque peu dans les années 2000. À l’instar des autres, la théâtralité tient une place de choix dans La nuit est encore jeune.

Un premier album très intéressant de la formation française qui jette les bases un peu anarchiques (et j’écris ça avec que du positif dans les doigts) et audacieuses d’un projet collectif qui s’inscrit à la fois dans et en dehors d’un courant important. C’est intéressant comment Catastrophe adhère et en même temps se distancie de ses contemporains. Un groupe qu’on suivra avec beaucoup d’intérêt, car ils nous surprendront assurément.

 

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