Critiques

Alcest

Shelter

  • Prophecy Productions
  • 2014
  • 46 minutes
8
Le meilleur de lca

Alcest-ShelterOn a tous été, à un moment ou à un autre, déçu d’un artiste qui a ramolli. À tout le moins, chaque fanatique de métal a pesté au moins une fois contre un groupe qu’il adore parce qu’il ne sait plus se réinventer ou qu’il prend un tournant plus pop. Les exemples ne manquent pas: Iron Maiden avec The X Factor, Metallica avec The Black Album et bien d’autres. Alcest est un de ces groupes qui a commencé dans le royaume du black metal mais qui a migré au fil du temps vers un post-rock shoegazé.

Est-ce qu’Alcest est devenu plus «calme»? Oui, sans contredit. Est-ce qu’il est devenu plus fédérateur et paresseux pour autant? Non. On trouve sur Shelter certains éléments de black metal, entre autres, dans la facture sonore. La fin très «noisy» d’Opale constitue le parfait exemple, alors que les voix se noient dans le son ample de la guitare de Neige (parce que les surnoms des musiciens sont demeurés très metal). De la même façon, l’introduction de la galette titrée Wings, est empreinte elle aussi d’une sensibilité issue du metal, alors que le chanteur français lance à répétition des «Ave Maria».

Neige, dont Alcest est le projet solo et bien qu’il soit appuyé par le batteur Winterhalter (vous saisissez la relation entre les deux pseudonymes?) possède un sens de la mélodie non négligeable autant à la guitare que lorsqu’il s’agit de ses cordes vocales. Il en fait brillamment la preuve sur La nuit marche avec moi qui est entraînante et accrocheuse. Il sait aussi ne pas trop garder les choses propres, car il s’assure d’y injecter une bonne dose de sonorités shoegaze et d’amplitude sonore, car la distorsion est présente tout au long de la galette, mais elle n’est jamais agressive. On est plutôt en présence d’un son chaud et enveloppant qui évoque plus des images de plages et de soleil que de froid nordique.

Shelter possède aussi un côté grandiose qui est difficile d’ignorer. Encore une fois, cela vient de cette sensibilité metal évoquée précédemment qui donne une touche particulièrement épique à l’ensemble. Oui, cet album possède un côté héroïque indéniable qui finit par se cristalliser dans la dernière pièce de la galette: Délivrance. C’est à coups de violons et de voix noyée que Neige porte l’assaut final. Ne vous laissez pas non plus tromper par le titre anglais de la galette, car seulement deux titres sur huit sont écrits dans la langue de Shakespeare.

Mais si Shelter est franchement appréciable comme album, il possède les défauts de ses qualités. Il y a dans le black metal un petit quelque chose de quétaine dans les mélodies, une fois qu’on enlève la lourdeur et la distorsion. Au final, cela donne généralement une impression de beauté.

Shelter vaut la peine qu’on s’y arrête, particulièrement si on affectionne le metal. Celui-ci saura aussi plaire aux fans d’indie qui retrouveront dans la sonorité du groupe français un son réconfortant tout en ne lésinant pas sur la qualité des compositions. Neige pond un album qui magnifie la vie, bien que cela donne parfois l’impression d’une préciosité quasi ringarde… mais rien entrave l’appréciation de cet album.

Ma note : 8/10

Alcest
Shelter
Prophecy Productions
46 minutes

www.alcest-music.com/

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