Critique : Wolf Parade – Cry Cry Cry - Le Canal Auditif

Critique : Wolf Parade – Cry Cry Cry

Lorsque Dan Boeckner et Spencer Krug jetteront un regard à l’ensemble de leur carrière, ils pourront se vanter d’avoir fait paraître l’un des plus importants albums indie rock de la décennie 2000 : Apologies To the Queen Mary. Cette production venait confirmer qu’il se passait quelque chose de consistant dans l’univers musical montréalais, surtout à la suite de l’ouragan Arcade Fire (Funeral, vous vous souvenez ?) qui a balayé l’industrie du disque en 2003. Après l’excellent At Mount Zoomer (2008) et le moins réussi Expo 86 (2010), le quatuor a ensuite jugé bon de prendre une pause afin que les membres puissent activer certains projets musicaux en latence.

Spencer Krug a entre autres conçu un superbe « seul au piano » intitulé Julia With Blue Jeans On : un grand cru de 2013. Pour sa part, Boeckner s’est associé à Brit Daniels de Spoon, proposant un A Thing Called Divine Fits en dent-de-scie, en plus de l’album électro-rock Blue Wave, produit celui-là avec sa formation nommée Operators.

Voilà qu’après sept années d’absence, Wolf Parade reprenait du service avec un nouvel album intitulé Cry Cry Cry. Enregistré à Seattle sous la supervision de John Goodmanson (Bikini Kill, Sleater-Kinney, etc.), est-ce que ce retour tant attendu par les fans de la formation obtient les résultats escomptés ?

Tout à fait. Après une aussi longue pause, je me serais attendu à une production plus survoltée et moins « lisse ». Somme toute, on redécouvre avec plaisir les compositions sinueuses et mélodiquement fédératrices de Krug et le rock, un peu glam, un peu « post-punk », de Boeckner. C’est aussi l’album le plus cohérent du groupe. Lorsque l’on écoute attentivement un album de Wolf Parade, la cassure stylistique entre les deux compositeurs est assez claire; ce l’est un peu moins cette fois-ci.

Pour être honnête, j’ai toujours eu une préférence pour le travail de Krug, même si curieusement Boeckner est plus rock. L’apport « pianistique », les superpositions de claviers et la voix chevrotante/émouvante de Krug me remuent. L’une des grandes forces de Wolf Parade réside aussi dans ce mélange vocal parfaitement dosé. Encore une fois, ça fonctionne très bien.

En plus des thèmes explorés par les deux paroliers (mortalité, peine amoureuse, résilience, politique « made in USA », etc.), le groupe incorpore à sa palette sonore des ascendants issus de la musique « heartland » états-unienne; un genre que Tom Petty et Bruce Springsteen ont tous deux popularisé au beau milieu des années 80. Ce nouvel apport vient enrichir le rock synthétique aux accents « prog » de Wolf Parade.

Parmi les bons coups à mettre en lumière, je pense à la très Bowie titrée Valley Boy, à You’re Dreaming, surtout à ses allusions aux dernières élections présidentielles américaines, au crescendo synthétique qui mène à une conclusion explosive dans Artificial Life ainsi qu’aux guitares nerveuses et au rythme martial entendues dans Baby Blue.

N’eût été cette réalisation un peu trop proprette, j’aurais probablement été encore plus enthousiasmé par la nouvelle proposition du groupe. J’aime quand la formation encrasse ses chansons de synthés souillés et de guitares convulsives. Puisque la production de ce Cry Cry Cry est nettement plus soignée que tous les autres albums élaborés par Boeckner et Krug, cet effet (ou impression) de « salissure » est moins présent. Qu’à cela ne tienne, les adeptes apprécieront ce retour au jeu.

Ma note: 7/10

Wolf Parade
Cry Cry Cry
Sub Pop
47 minutes

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