Critique : The Shins – Heartworms - Le Canal Auditif

Critique : The Shins – Heartworms

Peu de groupes ont symbolisé pratiquement à eux seuls l’étiquette aussi floue que galvaudée d’indie rock que The Shins… En 2007, quand leur album Wincing the Night Away est devenu le plus grand succès commercial de la compagnie Sub Pop, James Mercer et sa bande ont confirmé leur statut de formation culte. Les voici de retour après cinq ans d’absence avec le très agréable Heartworms…

En fait, parler des Shins comme d’un groupe n’est pas tout à fait exact. Depuis plusieurs années, la formation tourne essentiellement autour de Mercer, qui s’adjoint des collaborateurs triés sur le volet selon ses besoins. Ainsi, aucun des musiciens qui étaient de l’aventure pour le précédent Port of Morrow, paru en 2012, n’est de retour sur Heartworms. Cela dit, la signature sonore du groupe demeure intacte, même si les sonorités électroniques se font peut-être plus présentes cette fois-ci.

Les premiers titres de l’album donnent pourtant l’impression que Mercer a tenté de modifier quelque peu la recette qui a fait la renommée des Shins. Avec sa rythmique syncopée de style ska, la chanson Name For You lance le bal de très belle façon. Les synthétiseurs surprennent un peu, mais la voix de Mercer ensorcelle toujours autant et le refrain est accrocheur. Même constat pour la suivante Painting a Hole, avec son côté new wave et son énergie qui rappelle un peu Franz Ferdinand.

Mais le groupe revisite également son passé sans verser non plus dans la nostalgie. Après tout, Mercer est sans contredit un des meilleurs auteurs-compositeurs de toute cette vague de groupes indie-rock ayant émergé au début des années 2000, et c’est avec un plaisir renouvelé que l’on retrouve sa touche de réalisme mélancolique sur des titres comme Mildenhall, Rubber Ballz ou Dead Alive. Il n’y a rien d’inédit ici, rien non plus qui atteint la grandeur d’un classique comme Chutes Too Narrow, le deuxième album des Shins paru en 2003. Mais les arrangements sont soignés et les pièces sont résolument bien écrites. C’est aussi simple que ça.

Les influences de Mercer demeurent évidentes : un peu de LennonMcCartney par ici, du Zombies par là… Mais il élargit sa palette pour s’abreuver à des sources un peu inattendues. Sur l’hyperactive Cherry Hearts, il donne l’impression de vouloir imiter Animal Collective, ce qui ne lui va pas si bien. Par contre, l’accroche synth-pop opère à merveille sur Fantasy Island, enjolivée de claviers des années 80.

Comme les plus grands scénaristes, Mercer a gardé le meilleur pour la fin. L’avant-dernière pièce, So Now What, se veut plus intimiste, plus introspective, avec son texte sur l’engagement et le mariage, comme si le leader des Shins avait fait la paix avec sa vie de quasi-cinquantenaire, père de trois filles. L’enrobage space-rock, avec son intro qui évoque Baba O’Riley des Who, n’est pas tout à fait en phase avec le ton, mais qu’importe… Enfin, sur The Fear, il confronte son anxiété sur une mélodie simple, mais touchante, très proche du célèbre Imagine de John Lennon

Même s’il ne comporte pas vraiment de point faible, Heartworms nous laisse avec l’impression d’un album qui ne va pas tout à fait au bout de ses possibilités. Peut-être simplement parce qu’il doit vivre avec le poids des classiques passés des Shins… Mais James Mercer n’a pas à rougir de ce retour, bien au contraire!

Ma note: 7,5/10

The Shins
Heartworms
Columbia
41 minutes

https://theshins.com/

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