Critique : Portable Sunsets - Order - Le Canal Auditif

Critique : Portable Sunsets – Order

Portable Sunsets est le projet solo de l’artiste new-yorkais Peter Segerstrom, qui s’inspire d’éléments house et techno pour nous proposer une musique électronique de chambre, composée autant pour relaxer que pour danser. Ses deux premiers albums, Mercy (2012) et Bless (2015), faisaient exactement cela en enfilant les formes lentes et posées avec celles plus rapides et dynamiques. Les pièces sur lesquelles Segerstrom prête sa voix se démarquent avec leur teinte post-punk et le ton désinvolte, entre le parlé/chanté. Il est revenu en mai dernier avec un troisième album, Order, sur lequel on remarque d’abord le même niveau de clarté dans le mixage et de qualité dans la production; on constate ensuite qu’il y a plus d’espace consacré aux rythmes et aux boucles et moins aux thèmes musicaux et développements mélodiques.

Trust Fall commence sur un rythme techno qui se développe en support à une boucle synthétique, variant en sons et en notes. Elle est très entraînante jusqu’à ce que le sentiment de répétition s’accentue. Heureusement, Hyperstability suit sous une forme post-punk, avec voix, un texte amusant et une interprétation plus convaincante; très bien jusqu’au refrain/pont qui ne s’élève malheureusement pas. Vega change de registre pour du house atmosphérique, un peu trop figé dans une boucle pour remarquer un passage particulier. Mais c’est une excellente trame de fond anonyme. Cruise Control continue dans la même direction avec un montage plus efficace qui permet de générer un peu plus d’anticipation.

Le kick de Tract nous amène directement sur le plancher de danse, la basse étouffée et le mini arpège accompagnent le rythme pendant qu’une voix trafiquée donne l’impression de chantonner la mélodie. Spree revient au house plus doux avec un échantillon rythmé en boucle et une basse lourde bien réverbérée, mais ça ne va pas plus loin que l’interlude. Time Freaks accélère le tempo à son tour pour faire taper du pied, avec un passage à la voix de Segerstrom, quelques accords au piano, un arpège au synthétiseur et un montage en boucle. What Wave continue avec le même entrain, des contretemps plus excitants et une ligne de basse qui vibre à point.

Un clavier dissonant 80s ouvre Native de façon à faire remonter les manches de tous les vestons de couleur pastel, et danser sur une trame disco colorée de sons rétro/fluo. La techno progressive Semiformal améliore la situation en tournant en boucle autour d’une mélodie rebondissante au piano. Millionth part également sur un kick autour duquel s’ajoutent quelques sons de synthèse, la progression mélodique nous amène du côté house baléare; joli. Believe ouvre sur un clavier filtré et Segerstrom à la voix, le piano accentue l’harmonie et tout se passe bien jusqu’à ce que le refrain chanté « gotta believe » se répète en boucle beaucoup trop de fois.

Il y a deux approches à l’écoute de Order : la première à une certaine distance, de façon plus abstraite; et l’autre à proximité, avec une attention marquée pour les détails. Les deux ne s’équilibrent malheureusement pas, à savoir que la deuxième approche révèle un niveau de répétition des boucles tel qu’il fait perdre le sens des thèmes musicaux. En aplatissant les tensions et détentes, on ne s’attend plus à ce que ça s’envole ou que ça s’écrase. L’album est excellent dans sa globalité, mais ne cache pas vraiment de surprises pour celle ou celui qui souhaite s’y attarder davantage.

MA NOTE: 6,5/10

Portable Sunsets
Order
Atomnation
65 minutes

https://atomnation.bandcamp.com/album/order

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