Critique : Manchester Orchestra - A Black Mile to the Surface - Le Canal Auditif

Critique : Manchester Orchestra – A Black Mile to the Surface

Manchester Orchestra a longtemps eu le don de diviser les critiques. Le magazine Pitchfork en a d’ailleurs fait une de ses têtes de turc préférées, parlant de rock « radio-friendly » et de riffs à la Collective Soul. Mais sur son cinquième album, A Black Mile to the Surface, le groupe américain accroche ses guitares rutilantes en faveur d’un son plus aérien, presque cinématographique, et ça lui réussit plutôt bien!

Un tel virage ne devrait toutefois pas nous surprendre. Au cours des dernières années, la formation originaire d’Atlanta a sorti l’album Hope, une relecture acoustique de son disque Cope, paru en 2014. Puis, le chanteur Andy Hull et le guitariste Robert McDowell ont signé la trame sonore du film Swiss Army Man, mettant en vedette Daniel Radcliffe, alias Harry Potter. Composé essentiellement de pistes vocales, ce projet semble avoir exercé une puissante influence sur A Black Mile to the Surface, qui se démarque par ses textures raffinées et ses harmonies précises.

Il est vrai que Manchester Orchestra a parfois eu du mal à définir son identité. Son album Simple Math, sorti en 2011, souffrait d’un excès de grandiloquence, avec ses cordes mielleuses qui pullulaient sur chaque pièce, tandis que son successeur Cope se voulait effectivement plus brut, mais avec pour résultat que le groupe versait dans un rock alternatif générique. Or, ce cinquième opus se veut plus nuancé, en partie grâce au travail des réalisateurs John Congleton (Swans, The War on Drugs) et Catherine Marks (The Killers), qui ont su mieux canaliser l’énergie du groupe.

L’album s’ouvre de manière somptueuse avec la planante The Maze, dont le travail vocal rappelle celui de la trame sonore de Swiss Army Man. Le groupe n’a rien perdu de son penchant pour les hymnes fédérateurs à entonner le poing en l’air, comme l’illustrent des titres comme The Gold ou The Moth, mais la richesse des textures et des arrangements lui évite de tomber dans la facilité. Il reste assez peu de chansons rock à proprement parler, si ce n’est peut-être de The Wolf, et l’accent est davantage mis sur les ballades acoustiques, notamment la très belle The Alien.

Au départ, Andy Hull voulait créer une sorte d’album-concept autour d’une rivalité entre deux frères vivant dans la ville minière de Lead, au Dakota du Sud. Il a finalement écarté l’idée, craignant de s’enfermer dans un cadre trop rigide. Le disque en porte quand même des traces, notamment dans le titre Lead, SD et dans le fait que les textes se répondent parfois. Le fait que chaque chanson, à une exception près, commence par l’article « The » ajoute à cette impression d’une succession de lieux ou d’événements. Au final, il en reste une thématique assez vague abordant l’amour, le mariage ou la paternité. On remarque une plus grande maturité dans les textes, assez loin du côté très emo qui caractérisait les albums précédents.

Il est assez difficile pour un groupe de se réinventer de la sorte, et Manchester Orchestra y parvient avec brio. On peut tout de même lui reprocher ses références un peu trop appuyées. Certains ont parlé d’une ressemblance avec Radiohead ou Fleet Foxes, mais on pense aussi beaucoup à Other Lives, pour le travail des voix. Et la chanson The Mistake sonne comme un vieux succès de Billy Joel!

De toute évidence, A Black Mile to the Surface ne se retrouvera pas dans un jeu d’EA Sports (Manchester Orchestra a contribué deux chansons à la franchise NHL par le passé), mais il en résulte un album riche, surprenant et audacieux. Un bel exemple de persévérance qui aurait pu leur valoir le trophée Bill-Masterton…

MA NOTE: 8/10

Manchester Orchestra
A Black Mile to the Surface
Loma Vista
49 minutes

http://themanchesterorchestra.com/

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