Critique : Daniele Luppi + Parquet Courts – Milano - Le Canal Auditif

Critique : Daniele Luppi + Parquet Courts – Milano

Daniele Luppi est un compositeur et arrangeur d’origine italienne qui réside maintenant à Los Angeles. L’artiste s’est fait découvrir d’un public plus vaste grâce à sa collaboration avec Brian Burton, alias Danger Mouse. Révélé en 2011, l’album Rome avait séduit un bon nombre de critiques et de mélomanes branchés. Jack White et Norah Jones prêtaient même leurs voix disparates sur plusieurs chansons. Une création léchée, mais tout de même fort intéressante. Ce succès a permis à Luppi de travailler sur les trames sonores de deux séries : Marco Polo et Magic City et, de cette manière, d’élargir son auditoire.

Quand j’ai constaté que Luppi faisait équipe avec Parquet Courts, mon intérêt pour ce Milano, paru à la fin octobre dernier, s’est accentué. C’est que Parquet Courts fait partie de mes groupes chouchous. Mené par Andrew Savage, le quatuor faussement chambranlant – il faut les avoir vus en concert pour réaliser toute la dextérité musicale dont ils sont capables – est l’une des formations parmi les plus intéressantes de l’indie rock états-unien. Encore aujourd’hui, j’écoute avec un immense plaisir Light Up Gold et Sunbathing Animal; deux joyaux de leur discographie. Le dernier en date, Human Performance, m’a un peu laissé sur ma faim, mais ça demeure un album de qualité de la part du groupe.

En s’associant avec Parquet Courts, et en faisant appel aux services de Karen O comme chanteuse, il est évident que Luppi s’embarquait dans une tout autre galère qu’avec Danger Mouse. Milano est résolument rock et moins pop.

Cette collaboration ramène les projecteurs sur une panoplie de paumés, de toxicomanes et de fashionistas qui animaient la contre-culture milanaise des années 80. La présence de la meneuse des Yeah Yeah Yeahs vient bien sûr crédibiliser tous ces personnages féminins un peu superficiels, disons-le, mais tellement divertissants.

Musicalement, l’influence de Parquet Courts se fait sentir, ce qui n’est pas pour me déplaire. Combiné à l’approche raffinée de Luppi, l’auditeur se retrouvera devant une sorte d’« art-punk » élégant et hédoniste. Milano est une fantaisie musicale qui recrée le son de l’époque et qui donne le goût d’aller se coucher quand le soleil se lève. Ce n’est pas un grand disque, mais c’est une excellente mise en bouche avant une grosse soirée arrosée.

Bien tassé en un 29 minutes efficace, Milano donne envie d’appuyer immédiatement sur le bouton « play », après une première écoute. Le plaisir est immédiat. Le xylophone, dans Soul and Cigarettes, fait penser à Sunday Morning du Velvet Underground, le penchant funk de Flush fait sourire, Memphis Blues Again est du Parquet Courts pur jus et Café Flesh, pièce qui conclut cette production, est une improvisation jazz/funk qui donne l’impression de circuler en automobile, à fond la caisse, dans les foisonnantes rues de Milan.

Ceux qui avaient adoré Rome pourraient être désarçonnés à l’écoute de Milano, tant le penchant punk-garage de Parquet Courts est à l’avant-plan, mais ce serait oublié la finesse de la réalisation de Luppi. Et un coup de chapeau senti à l’interprétation de circonstance de Karen O. Une amusante distraction.

Ma note: 7/10

Daniele Luppi + Parquet Courts
Milano
Monitor Pop
29 minutes

https://parquetcourts.wordpress.com/

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