Critique : Camille - Ouï - Le Canal Auditif

Critique : Camille – Ouï

Je me rappelle du spectacle de Camille au Spectrum en 2005 comme si c’était hier. Écouter l’album Le fil (2005) était une expérience en soi, et le voir prendre forme sur scène relevait de la performance magistrale inoubliable. Trois ans après Le sac des filles (2002), Camille montait donc sur la scène internationale avec un deuxième album pop avant-gardiste, monté à partir d’une note continue qui liait toutes les pièces en guirlande. Les textes étaient chantés à proximité, comme pour créer une intimité à travers les chuchotements, cris, onomatopées et souffles. Music Hole (2008) conservait l’avant-gardisme en le dissimulant derrière les rideaux d’une scène de cabaret français, en accentuant les rythmes et en augmentant la proportion des textes en anglais pour faire un lien avec le music-hall. Ilo Veyou (2011) était plus délicat et intimiste, avec la voix accompagnée parfois par une guitare acoustique ou un quatuor à cordes, et une attention particulière pour l’espace. Son cinquième album publié en juin dernier, Ouï, offre le même niveau d’attention et mélange davantage les idées qui ont teinté chacun de ses prédécesseurs, avec une nouvelle palette électronique très appréciée.

Les percussions ouvrent Sous le sable tout doucement, Camille chuchote en faisant des allitérations sur un texte monté comme L’arbre est dans ses feuilles (1978). L’atmosphère est caverneuse avec des gouttes d’eau synthétiques, dont le scintillement réverbère, pendant que la strate ambiante électronique apporte une teinte trip-hop. Lasso renouvelle l’accentuation des sibilances de façon plus ponctuée. La strate électro conserve sa place à la base et crée un groove en gonflant quelques contretemps au passage. Fontaine de lait change légèrement le ton pour une forme plus folk, avec une petite chorale à l’arrière et une mélodie à la sonorité analogique décorée de percussions. La caisse claire un peu militaire de Seeds combinée au texte en anglais donne un petit air léger dont la sensibilité fait penser à Feist.

Les loups étonne avec son rythme d’inspiration jamaïcaine/médiévale mélangé à un chant de feu de camp et une délicieuse ligne de basse analogique qui donne une sorte de comptine autochtone électro. La combinaison est tellement concluante qu’on en redemande après deux courtes minutes. Je ne mâche pas mes mots change complètement de lieu, passant de la clairière à la chapelle où Camille fait sa confession accompagnée de la chorale. Twix remet le rythme à l’avant, autant aux percussions qu’aux voix, avec une forme musicale qui va du médiéval au cabaret électro… incroyable. Nuit debout adoucit le tempo en ouvrant sur une chorale bien réverbérée qui laisse ensuite la place à une balade nocturne à la voix chuchotée à moitié.

Piscine reprend du tempo et apporte une touche dramatique dans la ligne musicale et la lourdeur des temps forts. Fille à papa donne suite exactement dans le même ordre d’idée en conservant les voix et percussions à proximité des oreilles, mais sur un ton plus léger. Langue conclue en beauté dans une atmosphère de rêve d’enfant, en utilisant le titre de la pièce comme instrument dans la ligne mélodique.

La plus grande qualité de Ouï est son côté jeu d’enfant. Tout semble si simple et naturel qu’on finit par être d’accord avec la théorie selon laquelle Camille peut tout faire, et fait donc ce qu’elle veut. Cette fois-ci, il y a plus d’espace et de distance au niveau des voix, spécialement lorsqu’elles sont rassemblées en chorale dans une chapelle. Les oscillations du Minimoog dissimulées dans le fond et les lignes de basses bien grasses apportent une sonorité analogique qui tombe pile avec les percussions. Même contentement avec les textes et des phrases adorables comme « s’il m’arrive d’être foudroyé par l’éclair au chocolat ». À savourer.

MA NOTE : 8,5/10

Camille
Ouï
Balulalo
32 minutes

http://www.camilleofficiel.fr

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