Critique : Bill MacKay + Ryley Walker – SpiderBeetleBee - Le Canal Auditif

Critique : Bill MacKay + Ryley Walker – SpiderBeetleBee

Ryley Walker est un auteur-compositeur fort respecté dans le milieu du folk états-unien… et je ne fais pas référence à cette musique aseptisée et publicitaire « à la Lumineers ou X Ambassadors » que l’on entend dans les radios commerciales. Walker s’inspire plutôt de musiciens britanniques qui ont connu leur heure de gloire au cours des années 70; Nick Drake et Bert Jansch en tête de liste. S’il y a deux disques de Walker à vous procurer, c’est bien le sublime Primrose Green – album qui allie le folk au jazz – et le plus conventionnel, mais tout aussi grisant, Golden Sings That Have Been Sung.

Bill MacKay, lui, est un guitariste expérimental et un maître improvisateur tenu en haute estime par ses pairs, entre autres par Walker lui-même. Les deux virtuoses ont déjà collaboré en proposant en 2015 l’album Land Of Plenty; un enregistrement en concert durant lequel les deux instrumentistes s’aventurent dans une sorte de folk psychédélique – et instrumental – un brin crasseux.

La semaine dernière, la conversation sonore reprenait de plus belle entre les deux prodiges grâce à la parution de SpiderBeetleBee. Sur cette création, toujours instrumentale, Walker endosse le rôle du « fingerpicking man » pendant que MacKay joue du Requinto, un instrument à cordes comparable à la guitare et employé régulièrement dans les cultures argentines, colombiennes et mexicaines, pour ne nommer que celles-ci.

Si sur le précédent effort, le psychédélisme prédominait, cette fois-ci, les styles arpentés sont plus nombreux et éclectiques. Le blues côtoie la musique baroque et latine, recelant quelques fragments sonores que je pourrais cataloguer de « bruitistes ». Évidemment, on est ici dans un univers assez contemplatif. Les friands d’hyperactivité musicale pourraient ainsi s’emmerder à l’écoute de ce disque. C’est sans compter sur cette petite dose de mysticisme, un peu médiéval, un peu « new age », qui caractérise souvent ce genre de production.

Au-delà de ces considérations ésotériques, SpiderBeetleBee est captivant, car il met de l’avant le jeu fluide et complexe de deux musiciens qui s’entendent à merveille. La camaraderie est tellement sincère que l’on vient à oublier le fait qu’ils sont seulement deux pour produire une si belle et consistante musique.

Parmi les pièces qui valent le détour, j’ai noté l’étonnante Naturita où les harmoniques en première partie préparent magnifiquement le terrain pour une conclusion dissonante des plus jubilatoires. Dans un registre convoitant le blues, j’ai bien aimé Lonesome Traveler ainsi que la plongée en territoire sud-américain, I Heard Them Singing. L’utilisation du violon dans Pretty Woods Revisited et du violoncelle dans la conclusive Dragonfly remémore de manière subtile l’approche orchestrale de Nick Drake.

Ne serait-ce pour déconstruire le préjugé persistant que subit depuis quelques années la musique folk – de la pop de « hipster » barbu destinée aux festivals grand public – ce SpiderBeetleBee en vaut la peine. Pour ceux qui aiment leur folk raffiné et « technique », je vous conseille fortement ce disque.

Ma note: 7,5/10

Bill MacKay + Ryley Walker
SpiderBeetleBee
Drag City
31minutes

Site Web

Exprimez-vous!

*