Critique : Avey Tare – Eucalyptus - Le Canal Auditif

Critique : Avey Tare – Eucalyptus

L’image qui nous vient en tête à l’écoute d’Eucalyptus, deuxième album solo d’Avey Tare (alias Dave Portner, un des membres fondateurs d’Animal Collective) est celle d’un homme perché dans un arbre, grattant sa guitare au milieu d’une forêt peuplée de créatures étranges. Musicalement, le résultat est intrigant, parfois exigeant, même si on s’y sent un peu perdu, comme si on s’était égaré du sentier…

Ceux et celles qui s’attendent à retrouver la pop psychédélique un peu clinquante du dernier album d’Animal Collective (Painting With, paru en 2016) risquent de tomber des nues. En effet, on est davantage ici dans une esthétique qui rappelle les débuts du groupe, en commençant par Spirit They’re Gone, Spirit They’ve Vanished, sorti il y a 17 ans déjà. On y retrouve aussi un petit quelque chose du génial Merriweather Post Pavilion (2009) dans les sonorités sous-marines et cette impression d’une musique artisanale patentée avec papier et ciseaux à la façon d’un collage.

Avey Tare a déjà confié que l’essentiel de l’album a été composé dans sa chambre à coucher en 2014, entre des tournées avec Animal Collective et son projet parallèle Slasher Flicks. Il s’en dégage d’ailleurs un ton très intimiste, avec Tare qui fait aller ses doigts de façon approximative sur sa guitare acoustique en murmurant des textes qui parlent de nature, de relations amoureuses et du passage du temps, et parfois tout ça en même temps. Le bruitage y occupe aussi une place importante, avec un florilège de bizarreries électroacoustiques qui agrémentent chaque pièce…

Là où Eucalyptus touche la cible, c’est en installant une atmosphère enveloppante qui traverse tout l’album. Dès la première chanson, Season High, on se sent transporté dans un lieu à la fois invitant et inquiétant, comme peut l’être la nature. Les pièces sont longues (certaines auraient mérité d’être resserrées), mais elles contribuent à ce climat hypnotique qui tient presque du rêve éveillé. Parmi les moments forts, on note Jackson 5, la chanson la plus entraînante du lot, avec sa mélodie accrocheuse et ses percussions tribales. Sur la courte Roamer, on reconnaît un petit quelque chose des Beach Boys, dont les harmonies vocales ont exercé une si grande influence sur le travail d’Animal Collective. Quant à l’inquiétante Coral Lords, elle aurait très bien pu figurer sur Merriweather Post Pavilion, du moins pour le refrain.

Dommage que l’album se perde parfois en de longues séquences dont on cherche en vain le point d’ancrage. Avec ses 15 titres répartis sur plus d’une heure de musique, Eucalyptus se révèle touffu et même un brin ennuyeux par moments, un peu comme si Tare se faisait un long monologue à lui-même. Certes, les gars d’Animal Collective n’ont plus rien à prouver, mais leur imagination débordante les empêche peut-être de faire le tri de leurs idées. Il n’est d’ailleurs pas innocent de noter que le disque a été réalisé par Josh Dibb, alias Deakin, lui aussi de la constellation à géométrie variable du groupe américain, alors qu’un regard extérieur aurait pu aider.

En entrevue avec Stereogum, Tare a expliqué qu’il avait voulu créer un album qui se voudrait le reflet des paysages californiens, des déserts, des montagnes et de l’océan, dans le but de « créer un cycle de musique qui évoquerait le cycle de la Californie en une journée ». Le voyage comporte son lot de très bons moments, même si le chemin pour y arriver est un peu tortueux. Attention de ne pas se perdre!

MA NOTE: 6,5/10

Avey Tare
Eucalyptus
Domino
62 minutes

http://www.aveytare.com/

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