Critique : Autumns - Suffocating Brothers - Le Canal Auditif

Critique : Autumns – Suffocating Brothers

Autumns est le projet solo du compositeur irlandais Christian Donaghey, qui a commencé à faire du post-punk il y a quatre ans, nous amenant à Terrible Tuesday (2014) et Blonde (2015), deux EP relativement joyeux à côté de Das Nicht (2016). Cette troisième publication était tellement plus sombre, mélangeant de l’industriel et du noise avec ce qui reste de post-punk. C’est dans cet ordre d’idée qu’il a complété Suffocating Brothers, son premier album paru en septembre, qui retourne visiter les débuts de la musique industrielle avec le même sens de l’exploration sonore en tête.

I Never Noticed That You Left ouvre sur une atmosphère de film d’horreur rétro avec un son de clavier réverbéré suivi par un kick sec de machine à rythme. Ça fait penser à du vieux Front Line Assembly jusqu’à ce qu’une séquence de synthèse analogique complète la palette sonore avec sa touche EBM. Female Model confirme le retour au début des années 80s avec une basse électrique et une batterie répétitives accompagnées par une guitare électrique jouée façon shoegaze et des voix trafiquées répétées. La combinaison rappelle les débuts de Bauhaus et The Sisters of Mercy. Forgotten Hangings ouvre sur un échantillon en forme d’alarme qui se répète au-dessus d’un bourdonnement tournant en boucle. Les percussions et les voix trafiquées s’évadent latéralement à partir des effets d’écho. La répétitivité commence à prendre le dessus lorsque la bête se réveille enfin à mi-chemin avec sa guitare et ses percussions trempées dans de la distorsion industrielle.

No More Luxury fait sourire en passant de la forme lourde et lente au synthpop léger à la séquence rythmique un peu exagérée. Du moins, jusqu’à ce que la synthèse analogique arpégée ajoute de la masse autour de la structure. La longue exploration à la guitare électrique apporte un peu de variation au montage, mais ça devient rapidement prévisible. La ligne de synthétiseur dissonant enveloppe les bruits de coutellerie sur Focused Youth, créant une atmosphère de cuisine cauchemardesque lacérée par certains passages saturés. Limit Experience revient au post-punk façon balade mélancolique, dont la ligne mélodique va clairement plus loin que les pièces précédentes, même s’il n’y a pas de dénouement comme tel.

Le vrombissement d’avion Bomber mélangé aux trompettes déploie Faceless quelque part au-dessus du territoire ennemi, probablement la pièce la plus captivante de l’album. Left Alone commence par les bruits ambiants réverbérés et la voix traitée en écho, pour ensuite laisser des filaments coupants de notes s’étirer l’une à la suite de l’autre pour étendre la tension jusqu’à ce qu’elle s’évapore. Le kick frénétique de Heaven’s Reward Fallacy crée une saturation derrière laquelle la guitare électrique et la voix étirent également leurs cordes en une masse sonore qui fond douloureusement. I Watched Life conclut de façon un peu plus alcoolisée en restant prise dans l’introduction, le premier couplet n’arrivant malheureusement jamais.

Pour le meilleur et pour le pire, Suffocating Brothers révèle un élan créatif relativement rare, similaire à celui de Cabaret Voltaire ou Throbbing Gristle en ce qui a trait au rock expérimental de la fin 70 s, des effets utilisés sur la voix, du rythme machinal et des explorations à la guitare électrique. Pour le meilleur, parce que Donaghey réussit parfaitement à recréer l’esthétique des débuts de la musique industrielle, et pour le pire, parce que celle-ci est si fidèle qu’elle ne propose pas de nouvelles teintes pour se démarquer du courant original.

MA NOTE: 6,5/10

Autumns
Suffocating Brothers
Clan Destine Records
54 minutes

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