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Son Lux au Théâtre Fairmount

Hier soir, Son Lux se produisait au Théâtre Fairmount dans le cadre de la tournée accompagnant leur plus récent opus, Brighter Wounds. Ils étaient précédés de deux actes assez différents à la fois entre eux et comprativement au principal. La soirée s’est amorcée avec Hanna Benn, une artiste états-unienne qui a entre autres collaboré avec Son Lux sur Bones et qui a offert une performance judicieuse en tant que première partie. Elle a débuté le concert avec une pièce aux airs presque cérémonials consistant en un solo de voix accompagné de pads électroniques ambiants. Le reste de son concert s’est avéré un judicieux crescendo (introduction de rythmes, énergie accrue des œuvres allant jusqu’à une pièce dansante vers la fin) pour introduire le groupe suivant. Malgré cette gradation cependant, on restait pas mal sur notre faim, une fois arrivés à bon port; le tout restait généralement assez monotone et plat…

Décevante déception

…mais c’était du génie si on la compare à ce qui la suivit. Sinkane, originaire de New York, nous a offert la performance la plus insipide et la plus prévisible possible. Je ne m’éterniserai pas à casser le sucre sur le dos d’un quintette qui revisite – avec très, très peu de tact – un son kitsch et antédiluvien mélangeant le jazz fusion cheap et des versions mercantiles et occidentalisées de musique africaines et de reggae. On se sentait dans un concert de corpo. Quiconque ayant pris la décision de mettre ce groupe avant Son Lux devrait approfondir à tout prix sa compréhension quant à l’organisation d’un concert.

Surprenant Son Lux

Heureusement, il y avait Son Lux. À même les premières portées, le ton était au grand jour : une écriture fine optimisée pour le live, un volume réglé au poil, une sonorité et une distinction entre les instruments impeccable. De partout dans la salle on entendait la quasi-perfection – j’ai le « quasi » pas mal filiforme ce soir, parce qu’à vrai dire, on n’aurait pu faire mieux – du travail de sonorisation et de production des sons électroniques. Franchement, je n’ai jamais entendu le Fairmount sonner comme ça. Si le monde était capable d’écouter un concert sans s’écouter déblatérer, je me serais cru mon salon sans trop d’efforts.

Et les trois membres sont à la hauteur de leur son. Le batteur est tout simplement incroyable, pas autant par sa virtuosité que par son inventivité stylistique et technique. Il en va de même pour le guitariste et le chanteur qui, en plus d’être d’excellents instrumentistes, trouvent des façons de contourner les restrictions que comporte leur petit nombre. Pas de basse? On scinde le signal de la guitare pour l’assigner à un synthétiseur basse. Pas assez de claviéristes? Les trois musiciens jouent avec un métronome; Ryan Lott, qui chante et qui pianote, peut donc boucler plusieurs parties de synthé sans souci de déphasage.

Conclusion concluante

L’écriture de Ryan Lott, sporadique à la lisière du pointillisme, facilite quelque peu le travail d’arrangement; elle permet d’avoir une orchestration moins dense qui laisse plus de place aux divers instruments. Tout est là pour donner un excellent concert. Ils ont même souvent réussi à passer par dessus les problèmes que je reproche à l’écriture de Brighter Wounds et d’une partie de leur ancien matériel grâce à leurs arrangements. Vraiment, je ne peux dire que du bien de cette soirée. Pour rattraper une bévue comme Sinkane, ça prend un bon show. Pour me la faire oublier, ç’a d’l’air que ça prend Son Lux.

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