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POP MONTRÉAL 2016: le compte-rendu de LP Labrèche (Jour 3, 4 et 5)

pop montréalAprès deux jours où j’avais déjà eu la chance de voir déjà de très bons spectacles. J’étais donc très optimiste pour la suite et je n’avais pas tort. Le tout a commencé vendredi soir à la fédération Ukrainienne où Colin Stetson en compagnie d’une panoplie de musiciens reprenait la troisième symphonie de Gorecki. L’album paru un peu plus tôt cette année, intitulé Sorrow, plaçait la barre haute. Eh bien, Stetson a relevé le défi haut la main. Évidemment, le puriste de musique classique verrait sans doute la prestation comme un sacrilège étant donné la présence d’un batteur et d’un guitariste. Mais le mélomane ouvert d’esprit ne pouvait que s’incliner bien bas face à ce mur de son qui se dressait devant nous. À travers cela, on retrouvait les mélodies parfaitement dessinées de Gorecki. Même si parfois on perdait un peu de définition de son au profit du chaos bruyant qu’étaient certains passages, on a eu droit à un événement impressionnant. La chanteuse Megan Stetson et sa voix puissante rajoutaient au magnifique de la chose.

Je me suis extirpé de la salle encore sous l’étonnement de ce que je venais d’écouter. Je me suis alors dirigé vers le Rialto pour la performance de la jeune auteure-compositrice-interprète Angel Olsen. Charles Laplante nous avait déjà parlé en bons mots de My Woman paru le 2 septembre. Eh bien, la jeune femme a donné un excellent concert (elle était habillée d’une robe de bal) alors que ses musiciens, homme et femme, étaient en habit de soirée et veston. Cela jurait avec le contenu mélancolique de ses chansons. Olsen s’est même permis quelques blagues qui ont déridé l’assistance. C’était un autre excellent concert. Je me suis sauvé tout juste avant la fin pour aller écouter Tim Darcy, chanteur de l’excellent groupe Ought. Il prépare un album pour l’hiver et il venait pour la première fois présenter ses chansons sur scène. Accompagné entre autres de Charlotte Cornfield à la batterie, il nous a livré un rock’n’roll assez rythmé. Ça fait parfois penser à certaines pièces de Neutral Milk Hotel en raison de sa voix et sa façon de modifier son style d’une chanson à l’autre tout en restant conséquent. Il ne faut pas s’attendre à Ought par contre. On est loin du post-punk et de la livraison percutante des chansons. Certaines chansons faisaient vaguement penser à Nick Cave avec leur rythme hypnotique et une poésie déclamée avec beaucoup de verve. Je ne suis pas totalement convaincu encore, mais j’ai bien hâte de pouvoir écouter cet album.

Vendredi soir, il y avait aussi le collègue Philippe Desjardins qui assistait au concert de Psychic TV: «Ça faisait longtemps que Psychic TV n’était pas venu faire un show à Montréal… en 1988 aux Foufounes Électriques. La soirée a commencé avec Lungbutter (MTL), trio féminin énergique qui nous a offert du post-punk légèrement brutal; une belle découverte. Le duo masculin CO/NTRY (MTL) a suivi avec ses sonorités «eighties-new wave» et synthpop; ça a drôlement changé le mood. Psychic TV est monté sur scène et nous a interprété leur nouvel album Alienist comme s’ils étaient dans un stade. Nous ne nous attendions à rien de moins avec un artiste de la trempe de Genesis Breyer P-Orridge dans la salle.»

Samedi, je me suis d’abord dirigé du côté de Lou Canon, une musicienne électro-pop en provenance de Toronto et proche d’Hayden. Sa pop est plutôt sombre et expérimentale. Les chansons sont construites avec une simple boîte à rythmes, un clavier et des séquenceurs. Malgré les trames particulières et surprenantes, la Canadienne savait y ajouter des mélodies vocales très efficaces. Ça reste qu’à elle seule, les chansons semblaient décharnées. Elle était très impliquée dans la performance au niveau vocale et faisait beaucoup de modulations. Parfois, c’était efficace, mais dans l’ensemble… ça devenait un peu tannant. Je me suis ensuite dirigé à La Vitrola pour le concert de Slight, jeune groupe montréalais. Ceux-ci jouaient en compagnie de Solids et Slow Mass et avaient donc choisi de jouer les chansons les plus lourdes de leur répertoire dit «art pop psychédélique». Ils ont un petit côté space rock qui n’est pas déplaisant et ce sont de bons musiciens. Le guitariste et le claviériste chantaient et s’échangeaient les chansons. Ça fait parfois penser aux premiers moments de Porcupine Tree. C’est intéressant bien que les compositions sont encore construites de manière très conventionnelle. On devra les garder à l’œil!


 

Par la suite, je me suis dirigé vers le Rialto pour attraper Circuit Des Yeux. La jeune Américaine a donné une performance aussi intrigante que non conventionnelle. Pour vous expliquer, elle fait du folk sur lequel elle applique sa voix baryton. Elle était seule sur scène avec sa guitare et c’était bien comme ça. L’étrangeté de l’ensemble était magnifique et donnait un peu plus de puissance à ses chansons. Elle utilise même sa voix pour faire des effets alors qu’entre les chansons, elle est à peine audible avec sa petite voix. Une musicienne sur laquelle je devrai sérieusement me pencher. J’ai tout simplement adoré. Puis, c’était au tour de Ryler Walker de fermer la marche. Le Chicagoan a commencé en nous souhaitant un: «Happy Fucking Saturday». Une simple parole désinvolte alors qu’il se lançait dans une longue introduction musicale avant The Roundabout tiré de son dernier album, Golden Sings That Have Been Sung. Lors de ses nombreux moments entièrement instrumentaux et souvent très puissants et magnifiques, on peut constater la grande collégialité qui existe entre ses deux musiciens et lui. Ses chansons flirtaient souvent avec le psychédélisme alors que lui-même avait parfois des petits airs de Jim Morrisson. Sullen Mind et A Choir Apart ont aussi été d’excellents moments de sa performance. Il nous a parlé de la longue route entre Chicago et Montréal en disant que c’était pénible, mais que ça valait la peine de venir jouer ici. Il nous a aussi demandé si nous allions en allumer un gros après le spectacle étant donné que c’est vendredi. Évidemment, tous sont partis à rire de connivence, se demandant même si ce n’était pas une façon pour lui de savoir s’il pouvait se procurer ce sitedemo.cauit pour lequel le Québec est reconnu à l’étranger. Je parle bien sûr de poutine… franchement.

Finalement, dimanche, ma dernière soirée de POP, je la passais en compagnie de deux groupes métal. Le premier se nomme Cloud Rat et fait dans le grindcore qui déménage. D’ailleurs, même leur balance de son n’était pas de tout repos. Madison, la chanteuse, y allait déjà de puissants cris pour s’assurer qu’elle serait au bon niveau. C’est un mur de son qui nous attendait alors que le trio nous martelait avec insistance ses chansons aux riffs agressifs et au dynamisme exultant. Les pauses entre les chansons étaient rares et ils nous ont offert une demi-heure de métal à vive allure.


 

Puis avant le début du concert de Wolves In The Throne Room, je croise, à mon grand étonnement, Safia Nolin. Apparemment, notre folkeuse ratisse large lorsqu’il s’agit de musique. On la salue bien bas pour son ouverture auditive, ça ne fait que rajouter au respect que nous avons pour elle. C’était donc au tour des black métalleux de Wolves In The Throne Room de nous catapulter leurs bruyants riffs. Le groupe des frères Weaver a offert un généreux concert avant lequel ils ont purifié la scène en faisant brûler de la sauge. Après tout, même s’ils ne parlent pas constamment de Satan et qu’ils ne se maquillent pas, le groupe garde un angle très ésotérique. Ils ont enfilé les pièces lourdes qui passaient souvent le cap des dix minutes. Les deux frères nous ont offert des chants gutturaux puissants et bien ronds alors que les trois guitaristes sur scène créaient un mur de son puissant et fournis. Pour vous donner une idée, ça ressemble légèrement à du Deafheaven, mais en beaucoup moins délicat et avec moins de métissage sonore. À travers les chansons martelées pesamment, le groupe nous a offert quelques moments d’accalmie et de mélodies reposantes. J’en suis sorti avec les oreilles qui bourdonnaient.

C’est ainsi que s’est terminé mon périple POP 2016. J’ai pris un BIXI pour rentrer à la maison en me disant que j’ai eu la chance de voir plusieurs bonnes prestations pendant cette édition. Je pense à la légende John Cale, à la découverte de LVL UP et à la surprenante Circuit Des Yeux. Merci POP, t’as encore été bon pour mes oreilles.

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