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Jean dit ou comment (ENFIN) le métal est entré au théâtre

Du 20 février au 17 mars, Jean dit d’Olivier Choinière est à l’affiche du Théâtre d’Aujourd’hui. Retour sur une pièce qui mélange vérité, mensonge, philo et Death métal.

 

Je jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

Pour ceux qui ne le savaient pas, j’ai d’abord une formation de comédien. J’ai appris à faire le journaliste sur le tas. Dans le fond, j’ai juste étendu mon jeu de comédien à prendre un autre rôle. Quand on m’a contacté pour couvrir la pièce, j’ai tout de suite dit oui. Un, parce que Sébastien Croteau, un vétéran de la scène métal est derrière le micro du groupe Jean Death créé pour l’occasion et deux, parce que ça me donnait une bonne occasion de parler de théâtre. Qui plus est, d’Olivier Choinière, un des auteurs contemporains les plus pertinents sur la scène.

 

De la comédie musicale métal

Commençons par le début. Jean dit est une pièce qui raconte la formation d’un groupe qui suit un « Jean », être absent, et qui obéit à la vérité à tout prix. La vérité, c’est très relatif selon le point de vue. Ce groupe est à la fois secte religieuse, parti politique et groupe de thérapie franchement déséquilibré. Jean dit est un peu une histoire du christianisme en condensé, un « spotlight » mis sur les groupes religieux tels que les scientologues ou les témoins de Jehovah qui sous le couvert du sacré font du contrôle émotif et psychologique. Voilà pourquoi le métal est très à propos. Si un style de musique s’est toujours érigé en fervent opposant aux religions, c’est le métal. On pourrait rappeler les incendies d’églises en Norvège ou encore les quelques groupes qui doivent jouer dans le plus grand secret dans les pays où la religion fait loi (allo l’Iran!). Bref, le métal et le concept de Dieu ont souvent fait mauvais ménage.

Le métal est mélangé à la pièce à la manière d’une comédie musicale. Petit point d’ordre, on ne parle pas d’opéra rock comme Starmania ou Notre-Dame de Paris, mais de comédie musicale comme My Fair Lady. Le métal vient ponctuer l’action et prendre comme moyen d’expression la chanson lorsqu’on arrive à des de climax émotionnel ou encore des moments pivots dans le contrôle psychologique exercé sur les membres. Sébastien Croteau, Mathieu Bérubé. Étienne Gallo et Dominic Forest Lapointe occupent avec brio ce rôle à travers la pièce.

 

La vérité, mais à quel prix?

Jean dit conteste notre quête de la vérité. Qu’est-ce que la vérité? Est-ce que la foi est vérité? La science est-elle vérité? Et surtout, cette vérité est-elle pure? Ou encore est-ce qu’elle est relative.  Il est clair que les membres du culte usent de beaucoup trop de manipulations émotives et psychologiques pour être du bon côté de la clôture. C’est le personnage de Paula, interprété avec brio par Lesly Velásquez, qui est un peu la représentante de la raison à travers tout ça… en tout cas, pendant un certain temps.

Est-ce que tout est parfait? Non. Certaines utilisations d’archétype comme le médecin ou le politicien donnent un peu l’impression qu’Olivier Choinière nous souligne son message ou en tout cas, un certain jugement (bon ou mauvais) sur ces fonctions de société. L’utilisation de la répétition est logique, mais en même temps ça aurait mérité d’être un peu plus abrégé. Après quelques fois, on a compris le modus operandi (comme le personnage d’Alex, je travaille mon latin) et l’on devine l’issue, c’est donc redondant de nous la présenter.

 

Je jure de…

Parlant de vérité. Est-ce que ça vaut le détour? Oui, entièrement. Et si vous n’êtes pas un connaisseur de métal ou de théâtre, encore plus. C’est une pièce accessible, humaine jouée par des comédiens qui se débrouillent bien et mis en scène avec goût et intelligence par Choinière. En plus, c’est impossible de s’y endormir… Croteau va vous réveiller avec un gros growl bien pansu.

 

Jean dit

Écrit et mis en scène par Oliver Choinière

Avec Leo Argüello, Sylvie De Morais-Nogueira, Sébastien Dodge, Lévi Doré Éric Forget, Émilie Gilbert, Johanne Haberlin, Sébastien Rajotte, Noémie Leduc-Vaudry, Didier Lucien, Julie Tamiko Manning et Lesly Velásquez.

Et les musiciens: Sébastien Croteau, Mathieu Bérubé, Étienne Gallo et Dominic Forest Lapointe.

Du 20 février au 17 mars

Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

 

1 commentaire

  1. Julie Dubé, le 2018-02-24 à 12:05

    Très intéressant de lire ton point de vue sur la pièce! Pour l’avoir vu deux fois et en ayant moi-même fait une critique pour musikuniverse.mu, je ne cesse de réfléchir à ce chef d’oeuvre qui me fait réaliser chaque jour de nouveaux éléments 😁

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