Concerts

Igorrr au Café Campus – 31 janvier 2018

Igorrr, probablement le groupe le plus hétéroclite de la scène métal/électronique actuelle, était de passage au Café Campus hier soir, précédé de Spotlight, un groupe de stoner-rock new-yorkais. Le premier groupe est composé d’un guitariste et chanteur, de sa sœur à la basse et d’un batteur. Pas grand-chose à dire sur leur performance, à part qu’elle était à peu près aussi inintéressante que leur musique. Leurs riffs clichés et leurs compositions prévisibles m’ont plus procuré le goût de dormir qu’autre chose…

Le fun commence

Heureusement, 50 minutes plus tard, une douce musique classique accompagnait les techniciens s’affairant sur la scène, incontestable signe annonciateur de la fin de ma somnolence rendue dangereusement « déconcentrante ». Parce que la musique d’Igorrr, c’est probablement la moins susceptible d’endormir un être humain. Quelques minutes plus tard, justement, le quatuor sans cordes arrivait : Igorrr aux tables, son batteur et les deux vocalistes les plus opposés qui soient, soit une excellente chanteuse classique (mais pas toujours tant que ça) et un crieur qui pourrait facilement être dans Behemoth. La chanteuse amorça le concert avec un solo d’un style assez baroque, qu’on pourrait sans erreur qualifier de calme avant la tempête. Et cette dernière, aussi prévisible qu’elle fut puissante, emplit instantanément le modeste café – c’est zéro un café c’t’affaire là – de l’énergie qui manquait aux précédents prétendants et, par extension, à la foule.

Il n’y a pas trois « r » pour rien dans Igorrr!

Leur concert est rodé presque à la perfection. Les chorégraphies – surtout des deux vocalistes – sont très transparentes, mais apportent une bonne touche de synchronicité quand il y a lieu. Les parties de chaque membre sont exécutées à la perfection, et ce, malgré la difficulté de chacune d’entre elles (et en particulier de celle du batteur, qui joue des « blast-beats » au métronome…). Les pièces sont semblables aux œuvres studio, mais le groupe leur apporte une petite touche d’arrangements en direct, question de « dé-robotiser » la chose. La liste de chansons du concert était bien, ou plutôt fait du mieux qu’ils le pouvaient… Parce que veut, veut pas, c’est pas évident de trouver un fil conducteur à un groupe dont les oeuvres sont intrinsèquement hyperactives. On est ici dans du détail – ou des « détaux », comme dirait l’autre –, mais la voix de la chanteuse « classique » perçait tellement bien dans la masse sonore créée par la batterie et les séquences! Ça m’a fait réaliser à quel point le « scream » est un art vague et imprécis en concert.

Comment faire sonner une salle qui ne sonne pas

Ce qui m’amène au dernier point : le son. Évidemment, c’était d’un flou atroce, parce que le Café Campus est un cube de miroirs à son. Mais avec Igorrr, le flou atroce était moins atroce que chez l’voisin. Pourquoi? Pas d’amplis, pas d’instruments acoustiques autres que la batterie – qui était d’ailleurs « triggered », et donc pas si acoustique que ça. Tous les instruments sortaient de l’ordinateur du producteur, et ceux-ci pouvaient donc être traités un minimum pour assurer une certaine clarté. Dans un concert indie-rock, je n’aurais rien dit, mais c’est quand même rare qu’on entende des choses claires dans un concert comme celui-ci. Le seul hic avec une telle diffusion, c’est que les alternances entre les batteries électroniques et la batterie acoustique sonnaient assez inégales quand on n’était pas placés assez loin devant les haut-parleurs… Mais c’est un moindre mal pour, tenez-vous bien, discerner différents instruments!

J’me suis acheté un chandail.

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