Concert : Grizzly Bear et serpentwithfeet au MTELUS le 26 novembre 2017 - Le Canal Auditif

Concert : Grizzly Bear et serpentwithfeet au MTELUS le 26 novembre 2017

serpentwithfeet en première partie de Grizzly Bear, c’est une pierre deux coups. Ce n’est pas une première partie et un acte principal, mais bien un 2 pour 1 assez alléchant merci. La seule chose qui manquait à cette soirée pour être parfaite, c’était une salle de spectacle (parce que le MTELUS, c’est plus un genre de festival de la réverbération) et un public attentif.

serpentwithfeet

L’éternelle originalité des performances du premier acte continue de faire son effet, bien qu’atténué par l’indifférence du public entassé dans la pièce. C’est comme s’il redéfinissait les limites entre la musique et le conte, comme si les mélodies lui venaient au même moment que les narrations qui ponctuent ses chansons. Oui, ses envolées lyriques sont un peu « show-off », mais ce n’est pas comme si c’était esthétiquement incohérent à la personne ou à l’œuvre – si l’on peut seulement les distinguer. Deux seuls hics : la platitude désolante du public (serpentwithfeet lui parle comme s’ils étaient seuls dans une chambre, mais il ne répondait pas), et la courte durée de la performance, soit 35 minutes. Parce que des monologues aussi colorés que les siens, on en prendrait des heures.

Grizzly Bear

Grizzly Bear nous ont fait oublier notre microdeuil rapidement. Surmontés par un époustouflant décor minimaliste, les cinq membres ont mené un spectacle rodé très serré, avec une assurance irréprochable et juste assez de présence scénique. Ils ont interprété une bonne partie de leur dernier album ainsi qu’une palette d’œuvres variées tirées de leurs trois autres albums. Et le tout sonnait comme s’ils avaient joué ces pièces toute leur vie — même dans le cas de leur matériel le plus récent. On était loin d’un travail d’amateur…

… Mais on n’était pas encore rendus à la perfection. Premièrement, l’exécution d’Edward Droste au chant était souffrante par moments, et ce, surtout dans les plus subtils. Il peinait alors à ajuster sa voix au niveau du reste du groupe, gâchant certains de ceux-ci. Le choix du groupe d’assigner des parties à l’origine chantées par Daniel Rossen est assez discutable. Deuxièmement, la recherche esthétique des sons de synthétiseurs était assez faible à mon sens. En album, leur esthétique est très claire, perfectionnée, et c’est d’ailleurs le cas en live aussi, mais à l’exception de ce détail qui faisait parfois rouler les yeux. Dernièrement, bien que les arrangements étaient souvent intéressants et très efficaces, certains moments forts manquaient de jus en live par rapport aux versions studio. C’était très variable; certains morceaux étaient bonifiés par la performance — surtout ceux du dernier album, qui était pour moi un peu fade —, et certains furent diminués par un manque de pep (et par des arrangements moins rigoureux).

Quoi qu’il en soit, la performance était somme toute très agréable. Comme je l’ai dit un peu plus haut, l’esthétique plastique du groupe était vraiment bien reproduite sur scène, et ce autant grâce à la sonorité des instruments qu’au talent des instrumentistes. Je me dois d’ailleurs de mentionner le batteur du groupe. Celui-ci compose non seulement des parties subtiles et rafraîchissantes en studio, mais est également très capable, une fois sur scène, de les extrapoler avec l’intelligence d’un grand musicien. Il sait occuper la portion parfaite du volume total du groupe tout en gardant son jeu intéressant, une qualité essentielle — et rare — chez les batteurs. Tout ça pour dire que j’étais hier soir à trois petits problèmes près d’un des meilleurs concerts de l’année.

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