Chroniques

The Dismemberment Plan

Emergency & I

itemLes feuilles mortes tombaient allègrement sur Montréal en cette fin de soirée d’octobre 2000. Je revenais en voiture de mon local de pratique d’où je venais tout juste de jouer du gros rock extra gras avec mon groupe de l’époque. Et c’est là, qu’à exactement deux coins de rue de chez moi, au moment même où je me disais que je devais commencer à regarder attentivement pour trouver une place pour garer ma voiture, qu’est survenu ce bête accident.

POK!

Ça, c’est le très violent son des deux voitures qui sont devenues instantanément non reconnaissables. Mon pas très joli Nissan venait de se transformer en un pas très joli dégât de tôles en moins d’une seconde. Je vous prie de me croire, le coin de rue avait soudainement l’air d’une cour à scrap. L’autre conducteur, un homme dans la trentaine en état d’ébriété avancé, et qui venait tout juste de brûler la lumière rouge, était désormais dans un profond coma. J’ai d’abord cru qu’il était mort et je vivais à ce moment précis les pires minutes de mon existence. Une vraie merde que je ne souhaite à personne. Même pas mon pire ennemi, ni même le crétin Donald Trump. Heureusement, j’ai appris quelques semaines plus tard que le jeune homme en question était resté que quelques jours dans le coma, et ce, sans séquelles permanentes. Cependant, il avait dorénavant un dossier criminel pour conduite avec les facultés affaiblies.

Tout juste avant le remorquage de l’amas de ferraille dont j’étais nouvellement propriétaire, je suis retourné à ma voiture pour y récupérer mes effets personnels et la musique jouait encore dans l’habitacle. Pour dire juste, le disque compact sautait sans arrêt et le volume y était quelque peu exagéré. Le CD en question c’était Emergency & I du groupe The Dismemberment Plan. Disons que le titre de l’album coïncidait drôlement bien avec la situation présente. L’album pour lequel j’avais déjà beaucoup d’affection et d’admiration s’est aussitôt transformé en disque marquant pour le reste de ma vie.

Un peu plus de quinze années se sont écoulées depuis ce malencontreux incident et, quelques centaines d’écoutes plus tard, j’écoute encore cet album sans jamais m’en lasser.

Sur cette galette de trois quarts d’heure, on y retrouve un rock quelque peu singulier, très loin d’être banal, qui est bourré de merveilleuses mélodies qui nous scotchent profondément dans la tête pour l’éternité plus cent ans. Le genre d’album qui fait sourire nos tympans.

Plusieurs des douze chansons que l’on retrouve sur Emergency & I frappent dans le mille. Je pense entre autres à What Do You Want Me To Say avec son refrain ultra accrocheur, il y a aussi la bien jolie The Jitters, la psychédélique I Love A Magician, la très solide You Are Invited, la puissante The City, l’hyperactive Girl O’ Clock et l’entraînante Back And Forth qui clôture admirablement bien l’album.

La formation qui s’est formée à Washington aux États-Unis est composée du surdoué Travis Morrison qui chante et joue de la guitare ainsi que des claviers. Il est le principal compositeur de la musique et c’est aussi lui qui signe les très brillants textes. On retrouve derrière un autre manche à six cordes un dénommé Jason Caddell qui fait très bien son boulot. Le super efficace Eric Axelson est à la basse et quelques fois, il abandonne son instrument pour s’amuser, lui aussi, avec des claviers électroniques. À la batterie, il y a le phénoménal Joe Easley, un batteur qui m’apparaît n’avoir aucune faille et sur lequel il n’y a rien à ajouter à part qu’il est carrément parfait. Et ici, j’insiste sur le mot parfait.

The Dismemberment Plan a vu le jour en 1993 et s’est malheureusement séparé en 2003, après leur quatrième album titré Change. Comme c’est la tendance un peu trop exagérée depuis quelques années, la bande a lentement repris vie en 2010 et a depuis lancé une cinquième galette qui se bonifie d’écoute en écoute. Elle est intitulée Uncanney Valley.

Malgré le puissant lien qui m’unit à jamais à Emergency & I, je le recommande fortement, pour ne pas dire que je l’impose, à tous les amateurs de musique d’indie-rock, de power-pop ou de post-punk qui ne connaissent pas cet album de remédier à la situation au plus vite. Ce disque est assurément un incontournable. Un essentiel. Un pur chef-d’œuvre.

The Dismemberment Plan
Emergency & I
Desoto Records
45 minutes
Paru en 1999

1. A Life Of Possibilities
2. Memory Machine
3. What Do You Want Me To Say?
4. Spider In The Snow
5. The Jitters
6. I ♥ A Magician
7. You Are Invited
8. Gyroscope
9. The City
10. Girl O’Clock
11. 8½ Minutes
12. Back And Forth

http://www.dismembermentplan.com/

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