Chroniques

Elephant Rifle

Ivory

Elephant RifleSi vous aimez votre rock bien crotté et quelque peu calorique et que de bruyantes et pas très délicates formations telles que Blacklisters et Pissed Jeans vous titillent les tympans jouissivement, eh bien, sachez d’abord et avant tout que je tiens mordicus à vous féliciter pour vos excellents goûts musicaux. Vous faites déjà partie de mes amis. Mettons. Puis tant qu’à être de nouveaux amis inséparables, pourriez-vous me donner vos trucs pour plier un drap contour convenablement? C’est qu’à chaque fois que j’en plie un, j’ai non seulement l’air d’un parfait imbécile, mais le résultat final n’a d’égal que l’état des rues de Montréal en pleine période de dégel. Ça, ou la dernière saison des Canadiens de Montréal, c’est à vous de choisir. En guise de sincère remerciement, pour vos précieux trucs à propos de l’art infiniment complexe de plier un drap contour sans avoir l’air d’un parfait épais, j’ai une excellente suggestion musicale pour vous: il s’agit du groupe Elephant Rifle et de leur disque nommé Ivory.

Elephant Rifle, c’est quatre pouilleux de Reno au Nevada, dans le sud des États-Unis, qui donnent assez aisément dans le noise-rock, et qui sont aussi fortement enracinés dans le punk et le hardcore. Leur galette intitulée Ivory a vu le jour le 19 mai 2015 sur la minuscule maison de disque Humaniterrorist. Je dois admettre qu’avant d’écrire ce texte, je n’avais jamais entendu parler de cette maison de disque. Et si je disais le contraire, je pourrais aisément joindre les rangs de Vincent Lacroix, Bernard Madoff, Donald Trump, Nathalie Normandeau et François Bugingo.

Ivory s’ouvre sur une douce et très jolie mélodie de piano sur laquelle est juxtaposée un superbe feedback de guitare parfaitement contrôlé, ce qui laisse présager un album rock beaucoup moins nerveux et costaud que ce qu’il est réellement. Ensuite survient la très solide Bone Voyage qui ouvre officiellement l’album et qui confirme hors de tout doute raisonnable que ce disque pourrait pétrifier en moins de dix secondes ceux et celles qui suivent religieusement l’émission La Voix. Parmi les autres excellentes ritournelles dignes d’un coup de 2X4 dans le front, il y a la puissante et agressive Red Shirts, l’enragée Gold Standard, ainsi que la furieuse et très punk Dogs, Wolves, Wolverines. Pour mettre fin convenablement à ce disque pimpant de testostérones, il y a la l’excellente pièce titrée Horses qui, avec son intro calme et doux, n’en est pas moins puissante et diminuée pour autant.

Cet album est à mon avis une mixture réussie de vacarme et de mélodie, d’ordre et de désordre, de volume et de dégaine. Écouter ce disque revient à consciencieusement vivre une expérience sonore quelque peu douloureuse, mais qui devrait assurément plaire à toutes les brutes de ce monde.

Malheureusement, le quatuor, qui est fort méconnu, mériterait une bien meilleure reconnaissance dans le domaine du rock de crotté et devrait impérativement jouer avec le volume au fond dans les oreilles d’amateurs de musique qui décape.

Elephant Rifle
Ivory
Humaniterrorist Collective Records
31 minutes
Paru en mai 2015

Liste des chansons:

1. Hoof & Mouth
2. Bone Voyage
3. Red Shirts
4. Rasputin
5. Frank, Black
6. Gold Standard
7. Dogs, Wolves, Wolverines
8. Clones & Clones
9. Skeleton Keys
10. Horses

http://elephantrifle.bandcamp.com/album/ivory

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