Chroniques

Bon Iver

For Emma, Forever Ago… ou plutôt, il y a 10 ans

  • Jagjaguwar Records
  • 2008

Bon Iver est un projet qui laisse peu de mélomanes indifférents. Qu’on aime ou que l’on déteste, la voix de fausset de Justin Vernon est le genre de sonorité qui n’appartient qu’au musicien américain. For Emma, Forever Ago est né de frustrations et d’une mauvaise conjoncture d’événements dans la vie de Vernon. For Emma, Forever Ago est un album de rupture amoureuse et amicale. Les plaies de ces échecs sont encore très vives lorsqu’il commence à travailler sur les pièces qui deviendraient un album célébré autant du côté de la critique que des mélomanes.

And I told you to be patient
And I told you to be fine
And I told you to be balanced
And I told you to be kind
And in the morning I’ll be with you
But it will be a different kind
And I’ll be holding all the tickets
And you’ll be owning all the fines

– Skinny Love

 

En 2006, Justin Vernon habitait en Caroline du Nord où il faisait partie du groupe DeYarmond Edison. Les tensions internes ont eu raison du groupe et Vernon s’est fait éjecter de la formation. Pour en rajouter, ce sont de vieux amis qui faisaient partie du groupe. Vernon prit entre le jeu en ligne, une dépression, une mononucléose et une infection au foie avait perdu le goût de vivre. Il a quitté sa copine de l’époque et s’est exilé à Eaux Claire, sa ville natale. Il s’est ensuite établi dans la hutte de chasse de son père. Après quelques semaines de bières, de chasse et d’idées noires, il a commencé à avoir des idées de chansons.

For Emma, chanson-titre de l’album, traduit cette réalité de solitude et de réclusion. Comme une adresse à lui-même; l’invitant à sortir du marasme et à retrouver le chemin de la lumière :

(So apropos:
Saw death on a sunny snow)
« For every life… »
« Forgo the parable. »
« Seek the light. »
« …My knees are cold. »

– For Emma

Même les cuivres John DeHaven et Randy Pingrey n’arrivent pas à briser ce sentiment d’éloignement et de nostalgie empreint dans la chanson. Les arrangements sont subtils sur l’album au complet et ne prennent jamais le dessus sur la voix caractéristique de Vernon ni sur sa guitare rythmée aux motifs simples, mais non anodins.

On sent la direction que prendra Vernon plus tard sur 22, A Million, car par moment il n’y a pas de constructions typiques de chansons. Cette tension entre des compositions contemporaines folk et les compositions plus pop tiennent l’album en un seul morceau qui se déguste avec appétit et plaisir. On sent aussi le côté aérien qui viendra plus tard avec l’album homonyme. Tout cela en rappelant qu’aucun des trois albums de Bon Iver ne se ressemble pas tant que ça. On a chaque fois affaire à un essai.

La première sortie de l’album s’est fait indépendamment à l’été 2007, mais rapidement Jagjaguwar a décelé la beauté du disque. Une sortie en bonne et due forme s’est faite en février 2008. Déjà dix ans pour un album qui vieillit bien avec ses sonorités fantomatiques, ses riffs accrocheurs et ses émotions à fleurs de peau.

 

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