Rock Archives - Page 4 sur 208 - Le Canal Auditif

Critique : Mo Kenney – The Details

Mine de rien, la petite Mo nous présente son troisième album, The Details, elle que nous avons découvert fragile et menue en 2012 avec un premier effort écorché et dépouillé.

Principalement acoustique, ce premier disque compilait les échecs d’adolescente de Mo alors qu’elle mettait des paroles sur ses premières compositions. On l’a découvert alors qu’elle cherchait des réponses sur la vie d’adulte qu’elle expérimentait : l’amitié, l’amour et l’angoisse. Le tout avait été sobrement enregistré et produit par Joel Plaskett, complice de la première heure de Mo. Déjà, on était sous le charme de sa voix, de sa fragilité et de son humour noir.

Son deuxième album était prudent textuellement, mais intégrait davantage d’instruments et une dynamique de groupe entre Mo et ses musiciens.

The Details achève cette transformation. Mo est maintenant la chanteuse et guitariste assumée de son band et elle n’a plus à rougir de ses influences ou encore de ses textes à haute teneur en émotions. On la sent plus à l’aise de s’affirmer au chant, une guitare électrique entre les mains. On The Roof qui lance véritablement ce nouvel album, après la comique intro We Have A Cat, en témoigne. Mo y va même un refrain à la Emily Haines à la belle époque de Metric. La grosse basse de Video Game Music et sa puissante mélodie est un autre bon exemple.

Mo ne s’affirme pas seulement musicalement sur The Details. Il contient aussi les textes plus noirs de son répertoire.

June 3rd, Out The Window et If You’re Not Dead en sont les plus beaux exemples. Elles sont aussi des chansons fort réussies, assurément parmi les meilleures composées par Mo jusqu’ici.

The Details est en somme un album bien équilibré qui s’écoute aisément malgré des propos plutôt lourds. Le tout coule bien et avec un temps de lecture de tout juste une demi-heure on ne pourra pas accuser Mo de vouloir nous embêter avec ses tourments. C’est même complètement le contraire : elle nous entraîne dans son univers en nous témoignant son désir d’extérioriser le tout avec une collection de chansons rock honnête et bien sentie.

MA NOTE: 7,5/10

Mo Kenney
The Details
North Scotland Records
31 minutes

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Critique : Morrissey – Low In High School

On peut ne pas être en accord avec les prises de position de Steven Patrick Morrissey, mais force est d’admettre que le monsieur n’est pas un pleutre, assumant pleinement les conséquences de ses coups de gueule. En 2014, le « Moz » avait fait paraître le potable World Peace Is None Of Your Business; un disque caustique, comme il se doit, d’une franchise respectable, malgré la mauvaise foi qui a toujours fait partie du personnage. L’artiste ne fait pas dans la dentelle.

La semaine dernière, l’ex-chanteur des Smiths était de retour avec une 11e création en mode solo intitulée Low In High School. Toujours réalisé par Joe Chiccarelli – l’homme derrière le précédent effort du bonhomme – enregistré dans deux studios réputés, ce Low In High School, sans être un total navet, n’atteint pas les standards auxquels nous a habitués Morrissey.

Même s’il chante toujours aussi bien à l’approche de la soixantaine, modulant admirablement bien sa voix de crooner en colère, Morrissey perd en crédibilité en raison de cette production pompeuse et maniérée, bourrée d’arrangements douteux. Low In High School est tout simplement un album « sur-produit ».

Cette fois-ci, l’auditeur est plongé dans un univers « adulte contemporain » où certains choix artistiques laissent à désirer. La ballade pianistique In Your Lap remémore le travail d’un Billy Joel en format « années 80 » et ce n’est pas un compliment. The Girl From Tel-Aviv Who Wouldn’t Kneel est une sorte de tango occidentalisé de mauvais goût. Si on ajoute à ces inutilités la conclusive Israel – prononcé subtilement « Isra-Hell » par le « Moz » – sur lequel le chanteur qualifie ceux qui critiquent certaines politiques de l’état hébraïque de jaloux, on se retrouve sans conteste devant une œuvre oubliable.

Ce qui tue l’enthousiasme que j’aurais pu avoir pour ce disque, c’est cette facture musicale ampoulée qui, combinée aux propos de Morrissey, lasse complètement. Cela dit, cet album n’est pas un désastre absolu. Jacky’s Only Happy When She’s Up On Stage est assez explosive, la conclusion dépouillée d’I Bury The Living ramène le chanteur dans un territoire appartenant aux Smiths et le petit côté gospel – symbolisé par des clappements de main servant de rythme à la chanson – dans All The Young People Must Fall In Love, met habilement en vedette Morrissey, le mélodiste.

Malheureusement, ces quelques moments valables ne font pas de cette production une réussite. Au cours des quelques auditions que j’ai accordées à ce disque, j’ai eu l’impression d’écouter une création de Meat Loaf plutôt qu’un album de Morrissey et ça aussi, ce n’est pas un compliment. Son disque le plus faible en carrière…

Ma note: 5/10

Morrissey
Low In High School
BMG
53 minutes

http://morrisseyofficial.com/

Critique : OCS – Memory Of A Cut Off Head

L’automne dernier, John Dwyer et ses acolytes lançaient un 19e album studio en carrière, l’excellent Orc; disque qui fera partie de mes grands crus de l’année en cours. Avec Dwyer, il faut s’attendre à d’incessants changements de cap… ce qui implique souvent des variations dans l’appellation du groupe. Si Orc a été conçu sous le nom de Oh Sees, le véhicule créatif du bonhomme revenait rapidement à la charge la semaine dernière avec Memory Of A Cut Off Head, celui-là réalisé sous le diminutif OCS. Fait à noter, ce pseudonyme a été utilisé au début de l’aventure pour 4 albums parus entre 2003 et 2005.

Comme vous pouvez le constater, Dwyer aime bien confondre ses fans et les amuser, ou peut-être prend-il simplement son pied à fourvoyer Wikipedia ? Voilà donc le 20e album en carrière pour Thee Oh Sees / Oh Sees / OCS et, semble-t-il, le 100e album de Dwyer. « 100 albums, c’est des albums en ta… » dirait probablement l’ancien joueur et matamore des Flyers de Philadelphie de la LNH, André « Moose » Dupont – les légendaires « Broad Street Bullies » des années 70, vous connaissez ?

Après avoir décapé nos oreilles avec Orc – l’album le plus « punk » du groupe – OCS emprunte une tangente plus « Cotonnelle » en proposant un retour au son folk rock psychédélique qui a caractérisé les débuts de la formation. Les violons, clavecins, mellotron et autres éléments dits « organiques » viennent bien sûr donner du relief à ces chansons. Mais ce sont avant tout les superpositions vocales mettant en vedette Dwyer et sa collaboratrice de longue date, Brigid Dawson – qui effectue un retour dans le giron de OCS – qui émeuvent.

Cela dit, je ne vous raconterai pas de sottises, cette production se glisse dans la catégorie « remplissage », mais ça demeure quand même un bon disque. Ceux qui aiment l’approche folk hallucinogène à la Bowie – celui du début des années 70 – ou encore à la Syd Barrett apprécieront à sa juste valeur ce nouvel album. Pour ma part, ce Memory Of A Cut Off Head viendra combler mes samedis « cannabisants » qui nous comblent de bonheur, ma charmante épouse et moi.

Mes préférés ? La galopante pièce-titre qui met en valeur les voix de Dwyer et Dawson, le drone cosmique qui conclut The Baron Sleeps And Dreams, la mixture violon/mellotron dans On And On Corridor ainsi que la très Nick Drake titré Neighbor To Come.

Sans avoir un mouvement de recul – je ne m’en cache pas, j’adore le foisonnement créatif de John Dwyer – ce Memory Of A Cut Off Head ne fera pas partie des grands moments de la carrière discographique du groupe. Néanmoins, on passe toujours un bon moment en compagnie de cet important créateur rock.

Ma note: 6,5/10

OCS
Memory Of A Cut Off Head
Castle Face
43 minutes

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Critique : Technical Kidman – Bend Everything

Presque deux ans jour pour jour après la sortie de Something Stranger on the Horizon, Technical Kidman revient avec un nouvel album: Bend Everything. Le trio qui affectionne la musique électronique bruyante, souvent brutale et agressive, ne semblait avoir rien perdu de leur énergie avec la parution du premier simple intitulé Mercedes. Le groupe a été passablement occupé dans les derniers temps, signant même la musique de Youngnesse de Projets Hybris présenté au OFF.T.A.

Pour ce deuxième album, le groupe a fait confiance, et avec raison, au talentueux Radwan-Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart). L’alliance fonctionne et Bend Everything sonne comme une tonne de briques. Ça permet aussi de rendre justice à la hargne dont est capable Technical Kidman. Alors que sur le premier album, le groupe s’attaquait à la publicité et la société de consommation, cette fois, c’est vers eux-mêmes que le groupe a tourné le regard.

Ça donne des résultats passablement convaincants et des trames avec une bonne dose de sons agressifs. Constructions est particulièrement éloquente lorsqu’il s’agît de mettre de l’avant de la brutalité. Mathieu Arsenault ne passe pas par quatre chemins lorsqu’il déverse son fiel dans le micro. Mais voilà, l’agressivité se dissipe pour laisser rapidement la place à la souffrance sur Bend Everything. À ce moment, on sent le groupe se refermer sur lui-même et adoucir les rythmes ou bien les rendre plus abstraits et plus expérimentaux. Cela comporte une partie d’essais agréables.

À la longue par contre, ce mouvement qui commence avec Offices, qui retient encore une partie de rythme plus poignant, se poursuit dans la marginale Radiate puis dans une certaine lenteur sur la chanson-titre. On remarque des petits parallèles à tracer avec Fever Ray, sans jamais toucher aux mélodies pop qui nous retiennent dans les chansons. Puis, Current in the Vein continue dans le même sens avec une pièce progressive qui en soi n’est pas déplaisante, mais qui continue de nous faire sombrer dans un monde sombre et plutôt hermétique. Ce qui est dommage, c’est que les chances de décrocher sont très grandes et ça demande un effort de rester en compagnie du trio.

Technical Kidman n’est pas connu pour faire du surplace et sur Bend Everything, le groupe continue d’explorer et de faire des essais. Dans l’ensemble, c’est bien réussi. Si seulement cette descente dans le noir n’était pas aussi hermétique! Peut-être que ça donnerait une chance à l’auditeur de rester dans le trip. Je dis tout ça, mais en même temps, on est très loin d’un album raté. Technical Kidman fait bien les choses et ose… et on les respecte énormément pour ces mêmes raisons.

Ma note: 6,5/10

Technical Kidman
Bend Everything
Indépendant
38 minutes

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Critique : Wand – Plum

Wand a connu des débuts prolifiques avec trois albums en à peine plus d’un an. Cette phase productive avait les défauts de ses qualités : le groupe californien était résolument inspiré et aventureux, mais laissait passer un peu toutes les idées, même quand un peu d’autocorrection et de filtrage aurait aidé à améliorer l’ensemble.

Deux ans se sont écoulés cette fois entre ce quatrième de Wand et le précédent. Cette pause me donnait espoir. Un album de Wand soigné et fignolé, étant donné ce que nous avons entendu d’eux jusqu’à présent, pourrait bien être de la musique rock du plus haut calibre. Alors, la pause de deux ans règle-t-elle ce problème? Soyons clairs : non. Mais ça n’en fait pas pour autant un album à ignorer.

Wand est mené par le chanteur et guitariste Cody Hanson, fréquent collaborateur de Ty Segall, entre autres en tant que membre des Muggers pour l’album Emotional Muggers et pour la tournée qui a suivi. C’est donc pour prêter main-forte à cet ami et pilier de la scène garage psychédélique que Wand a ralenti sa production, et non pour se ressourcer ou changer sa façon de préparer un album. On a donc encore droit à l’inventivité brute de Hanson et sa bande, sans filtre, avec des riffs en béton et de passages instrumentaux torrides qui débordent parfois dans le bizounage complaisant (notamment dans la pièce Driving, qui clôt l’album).

Hanson est un frontman peu commun, pas tout à fait un virtuose, mais tout de même habile et captivant, utilisant tant sa voix que sa guitare avec intensité et un sens développé de la mélodie pour canaliser une forme intemporelle de la musique rock. La scène de rock psychédélique dont il est issu s’inspire fortement du rock de garage des années 60, mais Hanson et Wand ratissent plus large, puisant aussi à la British Invasion, à la genèse du heavy métal et au rock d’aréna des années 1970. Ce n’est pas la création la plus originale, mais c’est animé par une passion contagieuse qui saura plaire à tout fan de rock.

Ma note: 7,5/10

Wand
Plum
Drag City
42 minutes

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