Rock Archives - Page 3 sur 188 - Le Canal Auditif

Critique : TOPS – Sugar at the Gate

Les montréalais de TOPS sont assez réguliers. En 2012, il lançait leur premier Tender Opposites suite à la fin de Silly Kissers dans lequel jouait Sean Nicholas Savage. Puis en 2015, c’était le bien appréciable Staring at You qui avait collectionné quelques bonnes critiques. Le groupe fait dans l’indie-rock avec une très lourde tendance pour la mélodie pop en grande partie en raison de la voix veloutée de Jane Penny.

Sugar at the Gate est sans aucun doute le plus réussi des albums de la formation. TOPS frappe un bon coup dans un style duquel on pensait avoir fait le tour. Avec ses multiples facettes et différentes approches sonores, ce nouvel album frappe le mile à plusieurs reprises et malgré l’éclectisme du son, la voix de Penny rassemble et tient le tout ensemble merveilleusement.

Par où commencer? Cloudy Skies qui ouvre l’album se rapproche de ce que faisait Chairlift. Penny est à s’y méprendre à Caroline Polachek par moments. Est-ce que ça semble pastiché, presque… mais la chanson est tellement efficace et la mélodie intoxicante, qu’on en oublie tout rapprochement rapidement. Petals nous offre une autre approche beaucoup plus dynamique autant dans le riff de guitare qui s’inspire du funk mais l’utilise avec une attaque indie-rock. C’est tout simplement magnifique. Penny est encore une fois impeccable dans ses mélodies et lorsque le chœur embarque lors du refrain, on flotte en apesanteur.

Les guitares plus bruyantes sur la très convaincante Dayglow Bimbo (no sample) avant qu’on pénètre dans la moitié plus douce de Sugar at the Gate. N’en reste pas moins que Cutlass Cruiser est encore assez dynamique et surtout fait miroiter un autre côté de la voix de Penny qui soudainement se fait plus caractérielle. Ça fonctionne une fois de plus.

TOPS lance un troisième album très convaincant aux mélodies pop intoxicante. Il livre plusieurs chansons qui agissent en tant que vers d’oreille et s’y logent pour rester. Sugar at the Gate est un excellent titre qui reflète bien ces mélodies sucrées qui sont faciles à digérer et nous donne un petit rush de sucre.

Ma note: 8/10

TOPS
Sugar at the Gate
Arbutus Records
37 minutes

http://tttopsss.com/

Critique: Hoops – Routines

La formation Hoops originaire d’Indiana nous dévoile Routines, une nouvelle galette qui est parue sous l’excellente étiquette américaine Fat Possum Records. Quelque temps après la sortie d’un EP homonyme, Hoops rapplique avec un côté un peu plus slacker tout en rajoutant des envolées de guitares lousses dans chacune des pièces de la proposition. Analyse.

Dès les premières minutes de Sun’s Out, on note instantanément ces ambiances qui rappellent les années 70. On y trouve quelques synthés par ci, quelques batteries par là. En plus d’avoir des guitares aux motifs bien exécutés, les voix des trois garçons de Hoops (Drew Ausherman, Kevin Krauter, Keagan Beresford) scintillent par leur symbiose et leur précision vocale. On a les deux pieds dans une pop lo-fi psychédélique ensoleillée. Ajoutons le titre Benjals qui propose une production concise de guitares et de synthétiseurs colorés pendant 2 minutes 20. Planant à souhait. Quant à Burden, la bande revient sur les différentes conséquences que peut donner un changement dans une routine constante : It took me away from all my comfortable routines.

Tandis que sur All my Life, on défie un peu les modèles des précédentes chansons avec une voix un peu plus assumée. Moins de reverb, plus de clarté dans les arrangements musicaux. Chouette. On aime particulièrement On Top qui est la pièce de résistance du disque. Le meneur de jeu Drew Ausherman chante :

Keep your head up, you’re doing fine
I know it’s hard but you’ll be alright
Don’t think twice when it all goes wrong
Put in time, you’ll come out on top.
– On Top

La piste nous offre un vent d’optimiste qui fait du bien à la tête. En vérité, il n’y a pas de raisons de se sentir lourd après l’écoute de cette chanson. Tout est aéré. On ne fait qu’avancer et c’est tout. Si vous connaissez bien la bande d’Indiana, vous saurez que cette manière de travailler revient souvent dans la démarche artistique de Hoops. Par contre, l’aspect lo-fi qui occupe une place imposante dans le disque peut achaler certains. Les arrangements ne sont pas assez aboutis à leur plein potentiel comme sur On Letting Go. On reste un peu coincé dans certains modèles musicaux de création. Ce qui donne l’impression de faire du surplace. Quoi qu’il en soit, Routines ne réinvente pas nécessairement la roue, mais fait tout de même le travail.

Tenez, voici un conseil.

Vous irez prendre la route avec Routines dans votre radio. Soyez spontanés. Ouvrez vos fenêtres. Sortez vos mains du véhicule et laissez vous aller au gré du vent. Un brin de folie… gracieuseté de Hoops.

Ma note: 7/10

Hoops
Routines
Fat Possum Records
30 minutes

https://hoops.bandcamp.com/album/routines

Critique: Corridor – Supermercado

Deux ans après la sortie d’un premier long jeu fort apprécié de la critique, le groupe montréalais Corridor revient avec Supermercado, un nouvel opus qui saute à pieds joints dans le post-punk un peu dissonant à la Gang of Four. Une proposition assez audacieuse qui ne fracasse pas nécessairement des records d’originalité, mais qui a le mérite d’explorer des contrées peu fréquentées dans le rock franco.

De l’aspect dream pop de son précédent disque Le Voyage éternel, le quatuor a conservé les voix éthérées de style shoegaze qui donnent un aspect un peu vaporeux à l’ensemble, mais qui relèguent les textes au second plan, tellement les paroles sont difficiles à saisir. En fait, ce sont les guitares qui dominent ici, avec des riffs répétitifs qui se construisent au fur et à mesure que les chansons évoluent. C’est en quelque sorte un virage pour le groupe, qui nous avait habitués par le passé à des structures plus complexes, entrainant parfois en une impression de fourre-tout.

On sent que Jonathan Robert, Dominic Berthiaume, Julien Bakvis et Julian Perreault ont voulu resserrer les choses afin d’offrir un rock plus direct. Ce qui n’enlève rien à la complexité des constructions musicales, comme l’illustrent les enchevêtrements de guitares d’une chanson comme Demain déjà, la plus entraînante du lot. Mais on est moins dans un post-punk mi-tempo et sombre à la Joy Division, et davantage dans quelque chose de plus fiévreux, genre Ought ou Preoccupations

Certes, on ne peut qualifier le rock de Corridor d’accessible, mais certaines pièces se veulent un peu plus rassembleuses, dont les excellentes Coup d’épée et Data fontaine, sur lesquelles les mélodies accrocheuses parviennent à s’élever au-dessus des guitares sales et distordues. Sans compter L’histoire populaire de Jonathan Cadeau, qui ferme la marche avec sa folk-pop nostalgique typique des années 60 héritée du Velvet Underground, même si son côté givré et pétillant détonne comparativement au reste du disque, beaucoup plus sombre dans les thèmes et les ambiances.

Ceux et celles qui avaient adoré Le Voyage éternel remarqueront d’ailleurs la perte d’une certaine énergie psyché rock qui caractérisait des morceaux comme L’entrée du portail ou Abus d’habits. Ce nouvel album n’en fait pas totalement abstraction (les expérimentations sonores de la chanson-titre, par exemple), mais l’accent est davantage mis sur les rythmiques serrées, réglées au quart de tour.

Au final, même si le résultat s’avère efficace et fort satisfaisant, on souhaitera que Corridor s’affranchisse un peu plus de ses influences. Bien sûr, le son de guitare d’Andy Gill (Gang of Four) a engendré nombres d’émules dans la sphère néo-post-punk et il est difficile d’éviter les comparaisons, mais le quatuor montréalais possède suffisamment d’attributs afin de développer un son plus distinctif.

Quant au choix de laisser le chant planer doucement sur les autres instruments sans jamais prendre le dessus, il se justifie esthétiquement, même si les voix de Robert et de Berthiaume mériteraient de gagner en assurance. N’empêche, ce Supermercado demeure un très bel exercice, honnête, riche et un peu frondeur…

Ma note: 7/10

Corridor
Supermercado
Michel Records
34 minutes

https://corridormtl.bandcamp.com/

Critique : Look Sacré – Maison-piège

Au début de mois d’avril, Look Sacré lançait son premier album. La formation avait déjà plusieurs EP d’explorations derrière eux sans compter que la famille s’est élargie entre temps. Le projet que Simon Malouin a fondé compte maintenant sur l’apport de Louis Viens à la batterie, Pier-Luc Lussier à la basse, John Andrew à la guitare et les claviers ainsi que le réalisateur Benoît Parent qui a ajouté quelques voix et des synthétiseurs en plus de son travaille derrière la console. Look Sacré fait de la musique aussi bruyante que marginale. Ils nous offrent des trames aux sonorités occultes, aux guitares violentes et aux voix perdues dans la réverbération.

Maison-piège est un album qui met de l’avant ce que la bande à Malouin fait de mieux, du rock obscur et aventureux. Ce n’est pas une écoute nécessairement facile et ça prend quelque temps à trouver ses repères à travers le trip que nous propose Look Sacré. Mais une fois qu’on a réussi à embarquer dans la marée de distorsion bruyante que nous envoie la bande, on découvre un univers rempli de nuances et de subtilités.

WOB est l’un des exemples de pièces plus obscures qui peuplent Maison-piège. Des chansons qui possèdent un univers consistant et épais. Pendant que la section rythmique tient la cadence, la guitare se fait bruyante, les effets de claviers et de voix nous entraînent dans un univers cauchemardesque où les esprits semblent se réveiller. Bref, c’est un peu comme Number 9 des Beatles, t’écoutes pas ça à minuit, les lumières fermées avec des chandelles sous peine de voir tes colocs appeler la police parce qu’ils pensent que t’es sur le bord de faire un sacrifice humain en l’honneur de Satan.

N’allez pas croire que l’obscurité règne en maître sur Maison-piège pour autant. Look Sacré nous envoie quelques pièces un peu plus mélodieuses comme Ratons. Ce n’est pas pour autant un air banal, il est plus aisé pour les oreilles, mais est hachuré et fait souvent place à des moments de guitares stridentes plongées dans une bonne marre d’effets. Il est tout de même difficile de classer Look Sacré, car leur approche au rock, même s’il porte les stigmates d’influences diverses de la scène noise rock, n’a pas non plus une filière claire. C’est un mélange d’influences qui passent de Malajube à Swans en passant par Metz.

Bref, c’est un très bon premier album pour Look Sacré. Les fans de noise rock ne peuvent passer à côté de ce premier album dense et relativement court en durée. Une demi-heure bien compacte pendant laquelle le bruit est maître.

Ma note: 7,5/10

Look Sacré
Maison-piège
Indépendant
30 minutes

https://looksacre.bandcamp.com/album/maison-pi-ge

Critique : Wavves – You’re Welcome

Après avoir signé une entente avec une maison de disques « mastodonte », combien d’artistes ont émergé de cette expérience complètement désenchantée ? Comme beaucoup d’autres, la formation pop-punk psychédélique Wavves vient de sortir meurtrie de cet essai. Pour bien comprendre à quel point certaines « majors » se contrecrissent de leurs artistes dits de second niveau (je n’ai aucun mal à sacrer lorsqu’il s’agit de ce genre d’entreprise), je vous invite à lire l’entrevue qu’a donnée Nathan Williams, le meneur de Wavves, aux Inrocks : http://www.lesinrocks.com/2017/03/02/musique/content-wavves-regle-comptes-ex-maison-de-disques-11918781/. Ç’a en dit très long sur l’organigramme boursouflée et l’incompétence crasse qui sévissent chez la plupart de ces enflures.

La semaine dernière, la bande à Williams lançait un 6e album, celui-là, sur leur propre label, intitulé You’re Welcome. Afraid Of Heights (2013) et V (2015) avaient vu le jour chez Warner. Deux créations marquées par un virage pop-punk accentué qui, sans être indigeste, m’avait laissé passablement de marbre. Je préfère Wavves en mode lo-fi et un peu plus crasseux.

Étant donné les mésaventures vécues avec Warner, je m’attendais à un proverbial retour aux sources pour Wavves. Si Williams est outré par l’inaptitude de Warner à bien appuyer ses artistes, ce You’re Welcome confirme l’abandon concret de l’esthétique lo-fi préconisé depuis les balbutiements du groupe. Sans se transformer en émule de Blink-182, la formation accentue son penchant pop-punk en y incluant un peu de doo-wop, des ascendants sud-américains, des moments new-wave et bien sûr un soupçon de psychédélisme bon enfant issu des années 60. Et c’est mélodiquement que l’influence sixties se fait particulièrement sentir. Je soupçonne fortement Williams de s’être immergé dans l’œuvre complète du bon vieux Brian Wilson. Puisque cette référence a été utilisée de façon excessive au cours des dernières années, je n’ai pas été totalement convaincu par ce 6e effort.

Pas que ce soit un mauvais disque. C’est de loin supérieur à l’insipide V, mais j’aurais préféré plus de hargne et moins de mélodies enfantines. Cela dit, ce disque ne paraît pas en plein bourgeonnement printanier pour rien, car il constituera une bonne trame sonore pour l’amateur de rock qui ne veut pas se casser la tête cet été. Ça s’écoute avec insouciance, une sangria à la main.

Vu sous cet angle, You’re Welcome fait le travail et est très efficace. Vu sous l’angle de l’indécrottable punk-rockeur qui subsiste encore en moi, je classifierai rapidement ce disque dans la catégorie « trois petits tours et puis s’en vont ».

Qu’à cela ne tienne, la majorité des chansons tiennent solidement la route et je ne suis pas étonné, car Williams est un excellent compositeur pop. Parmi les meilleures, j’ai noté l’entrée en matière Daisy (un refrain imparable), les très pop-punk No Shade et Dreams Of Grandeur ainsi que le pop-rock très estival titré Stupid In Love. La finale, qui se veut totalement doo-wop, et intitulée I Love You, fait également sourire.

Verdict ? Un bon disque de la part Wavves qui, en pleine canicule, fera son effet auprès des rockeurs adeptes de camisoles molles. Mais puisque je suis plutôt un homme qui assume pleinement sa nordicité, je préfère, et de loin, les bonnes grosses tempêtes de neige…

Ma note: 6,5/10

Wavves
You’re Welcome
Ghost Ramp
35 minutes

http://wavves.net/