Rock Archives - Page 206 sur 208 - Le Canal Auditif

Atlas Sound – Parallax

Bradford Cox, le petit génie derrière l’excellente formation rock indépendante américaine Deerhunter faisait paraître ces jours-ci son troisième effort solo sous le pseudonyme d’Atlas Sound. L’album s’intitule Parallax. Si Deerhunter laisse transparaître avec évidence ses influences punk, rock garage et noisy, Atlas Sound se situe beaucoup plus dans un registre folk-rock atmosphérique, nuancé et sensuel. Ce jeune musicien originaire d’Athens/Georgia nous a encore pondu un disque de très grande qualité!

Parallax est une œuvre à l’atmosphère éthérée où l’instrumentation folk-rock dite traditionnelle s’appuie à merveille sur des sons électroniques, de même que sur l’utilisation avisée de claviers et d’effets de studio; ce qui donne un caractère singulier et inimitable à ces chansons apparemment simples mais qui recèlent tout plein de trouvailles mélodiques. Pour les vétérans auditeurs, c’est un peu moins Pixies, un peu plus Radiohead! The Shakes (très Deerhunter), Te Amo, la folk pop réjouissante Mona Lisa, Angel Is Broken et Lightworks (ma préférée) constituent, sans l’ombre d’un doute, des chansons de première catégorie.

Malgré une légère impression de surabondance d’artifices musicaux de toutes sortes, surtout au niveau des arrangements, Parallax nous amène dans un voyage musical vaporeux et fourmillant de sonorités excentriques; mais ça demeure quand même intelligible. Cox sait magnifiquement envelopper ses chansons. Âgé seulement de 29 ans, le jeune homme a déjà accompli beaucoup en très peu de temps. Ici, une petite pensée pour l’excellent Halcyon Digest de Deerhunter paru l’année dernière. Un grand cru de 2010.

Donc, si l’envie de découvrir un jeune auteur-compositeur-interprète de grand talent vous prend, je vous conseille sérieusement de vous procurer Parallax. Je place Bradford Cox aux côtés de Sufjan Stevens au panthéon des jeunes faiseurs de chansons «made in U.S.A.» Un autre excellent disque pour le rachitique leader de Deerhunter. Fera sûrement parti de la liste des meilleurs disques de 2011.

Ma note : 3,5/5

Atlas Sound
Parallax
4AD
49 minutes

myspace.com/atlassound
4ad.com

Noel Gallagher – High Flying Birds

Les frères Gallagher séparés, Liam part avec les restes d’Oasis et sort une galette oubliable sous le nom de Beady Eye. La semaine dernière, Noel faisait de même en lançant la version américaine de son High Flying Birds. Petite précision… Pour moi, le dernier disque valable des frères belliqueux remonte à (What’s The Story) Morning Glory?. Donc, pas de grandes attentes pour frérot Noel! Et puis, est-ce que ce High Flying Birds décolle?

Pas vraiment! Les mélodies racoleuses et les références au Fab Four sont toujours en vigueur même si les arrangements de cordes et la réalisation léchée, je dirais même boursouflée, tendent à masquer ces éternels automatismes utilisés ad nauseam par Noel Gallagher. Par contre, le rocker de 44 ans sait encore écrire de bonnes chansons pop d’une justesse redoutable. Le titre symphonique qui inaugure l’album, Everybody’s On The Run, la rock à cadence moyenne If I Had A Gun, Stop The Clocks et ses émanations qui évoquent The La’s, en sont de parfaits exemples. Par contre, ces chansons côtoient des titres anémiques comme The Death Of You And Me, (I Wanna Live In A Dream In My) Record Machine, la pseudo engagée Soldier Boys And The Jesus Freaks et l’anonyme AKA… Broken Arrow. Seul moment un tant soit peu inventif et original réside dans le morceau AKA… What A Life. Gallagher laisse enfin tomber l’écriture à la Lennon/McCartney pour un soupçon de modernisme; rythme entraînant, piano à l’avant-plan, guitares électriques presque funky. Bref, assez intéressant!

C‘est malheureusement le seul instant légèrement audacieux de High Flying Birds. Noel Gallagher semble prisonnier de ses manies musicales et de ses références beatlesques. C’est bien joué, bien réalisé mais c’est tristement monotone, rapidement digéré et facilement oubliable. High Flying Birds est un album pop paresseux qui manque cruellement d’imagination; surtout au niveau mélodique. À classer dans la rubrique « bon divertissement »!

Ma note : 2/5

Noel Gallagher
High Flying Birds
Sour Mash/Mercury Records
41 minutes

noelgallagher.com

The Jim Jones Revue – Burning Your House Down

À la mi-août, The Jim Jones Revue a mis sur le marché la version américaine de son deuxième disque au titre évocateur : Burning Your House Down. L’album avait paru un an plus tôt en Europe. The Jim Jones Revue, c’est le duo Jerry Lee Lewis et Chuck Berry qui rencontre les Stooges et qui, après une virée au whiskey, se seraient réveillés avec les fringues de Nick Cave & The Bad Seeds. Le groupe, originaire de Londres, est mené par le chanteur vociférant en chef Jim Jones; ancien chanteur de Thee Hypnotics.

Du début à la fin, ça rocke, ça hurle à la Little Richards, ça déménage, ça blues, ça pianote à la Jerry Lee Lewis. C’est une avalanche de riffs chantée par un chanteur possédé par le « yâbe ». Enregistré dans l’urgence, ce brûlot renferme treize chansons qui incendient le cœur de tout amateur rock de qualité. Enfin! En ce millénaire où le rock’n’roll n’a plus la cote, voilà un disque qui remet les pendules à l’heure. Des tounes, en voulez-vous? High Horse, Burning Your House Down, Shoot First, Killing Spree, Stop The People et la reprise de Get Back des Bidules!

Un excellent disque joué la pédale dans le fond, la bouteille de Jack traînant sur l’ampli et la cigarette au bec. C’est loin d’être sympathique et gentil et ça fait parfaitement mon bonheur! Ce sont les années cinquante revisitées de main de maître par un band en mission! Admirateurs de Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richards, MC5, et Ramones, videz votre bière d’un trait et courez vite vous procurer ce disque!

Ma note : 3,5/5

The Jim Jones Revue
Burning Your House Down
BDC Corporation
39 minutes

jimjonesrevue.comhttp://www.youtube.com/watch?v=LXzm-jS4n0w

Clap Your Hands Say Yeah – Hysterical

Alors, Clap Your Hands Say Yeah y va d’une troisième galette, quatre années après Some Loud Thunder. Le buzz du premier album disparu, j’avais quand même apprécié Some Loud Thunder; disque réalisé par le très prisé Dave Fridmann (Mercury Rev, The Flaming Lips, The Delgados etc…). Donc, ils nous pondent un Hysterical où le nasillard Alec Ounsworth et ses amis nous la jouent new-wave à la The Cure. Je me suis procuré l’album non sans quelques hésitations; la formation établie à Brooklyn étant parfaitement soporifique en concert.

Moi qui avais complètement abandonné le cas de Clap Your Hands Say Yeah, Hysterical m’a agréablement surpris. La chant distinct et nasillard, les guitares velvetiennes, les rythmes disco-rock de certaines chansons, sont de retour mais dans un crémage new wave qui mettent à l’avant-plan les mélodies de Ounsworth. Les points forts du disque : de bonnes chansons mélodiques exécutées rigoureusement et une réalisation au service des chansons (le contraire arrive si souvent). Les points faibles : les structures, les rythmes et les progressions d’accords prévisibles (quand on connaît la musique de Clap Your Hands Say Yeah).

Un disque qui ne passera certainement pas à l’histoire mais qui permettra au groupe d’obtenir un sursis. Ounsworth et ses potes s’y connaissent sans aucun doute en écriture de chansons pop. Hysterical, Into Your Alien Arms, l’émouvante The Witness’ Dull Surprise et Adam’s Plane constituent tous d’excellents morceaux. Fervants de Modest Mouse, The Cure et Talking Heads, vous aimerez. Reste le test ultime de la scène… et pour ça, je ne suis pas certain.

Ma note : 3/5

Clap Your Hands Say Yeah
Hysterical
V2 Records/Cooperative
51 minutes

clapyourhandssayyeah.com

http://www.youtube.com/watch?v=sbm3fczhVsM

Girls – Father, Son, Holy Ghost

Girls est un groupe de rock indépendant, originaire de San Francisco, dirigé par Christopher Owens et Chet « JR » White. Ils ont fait paraître récemment Father, Son, Holy Ghost sous étiquette True Panther et l’album est distribué par Matador Records. Alors ce Father, Son, Holy Ghost ? Il est difficile de classifier ce disque ou encore d’affilier Girls à un style musical particulier. Girls est un savant mélange de surf-rock, de post-punk, de soul et de blues.

Vous murmurez à voix basse : « Ouf! Un autre groupe de tordus inaccessibles!». Pourtant, sur ce disque le groupe fait preuve d’une homogénéité et d’une maturité que peu de jeunes formations détiennent malgré les influences musicales éclectiques. Les Girls connaissent du bout de leurs doigts leurs classiques. Trois des quatre premiers morceaux sont dans un registre pop; à l’exception de la stoner rock Die. Déjà, Christopher Owens se révèle comme un compositeur fort doué. Mélodies intéressantes, harmonies vocales très Beach Boys, guitares légèrement abrasives; du rock aux émanations de pop en provenance des années soixante.

Par la suite, le disque prend une tangente mélancolique où les orgues B3 et Hammond fréquentent les chœurs amoureux et les guitares décapantes. My Ma, Forgiveness et la sublime Vomit, tous des chansons d’exception. Malgré le spleen qui se dégage de l’album, on ne s’ennuie jamais! Ce disque est simple sans être simplet, sensible sans être larmoyant, grandiose sans être pompeux. Un tour de force! À avoir en possession si vous chérissez les Beach Boys, Spiritualized et Elvis Costello. Un très bon disque!

Girls
Father, Son, Holy Ghost
True Panther
53 minutes

Ma note : 3,5/5

truepanther.com/#/artists/girls