Rock Archives - Page 200 sur 208 - Le Canal Auditif

Best Coast – The Only Place

La semaine dernière, la formation californienne Best Coast, formée de Bethany Consentino et du multi-instrumentiste Bobb Bruno lançait sur le marché son deuxième effort intitulé The Only Place. Qualifié de garage-pop ou encore de surf-pop par les critiques, le duo a fait appel au réputé Jon Brion (Beck, Kanye West, Fiona Apple) à la réalisation, afin de bonifier les ritournelles ensoleillées crées par les deux musiciens. En 2010, la première offrande titrée Crazy For You avait reçu un accueil plus que favorable, autant de la presse spécialisée que des mélomanes avides de ce genre musical.

Sur The Only Place, exit la réalisation lo-fi et les guitares abrasives, et ce, afin de faire place à un folk-rock assez conservateur, de même qu’à une réalisation beaucoup plus léchée et accessible que la précédente offrande. Toujours ces structures musicales élémentaires et ces mélodies que l’on fredonne, les cheveux au vent, lors d’une ballade estivale en voiture. Best Coast n’a jamais crée une musique imaginative et les chansons assemblées sur ce disque ne font pas exception à la règle… Sauf que cette fois-ci, les morceaux mémorables sont inexistants et la réalisation de Jon Brion enlève beaucoup de relief et de tonus aux quasi comptines de Consentino.

Après quelques écoutes, je n’ai malheureusement pas réussi à m’extasier réellement pour une seule de ces pièces colligées sur cet opus. Bien sûr, il y a certaines chansons assez bien tournées, mais dans l’ensemble, ces compostions sont unidimensionnelles. Parmi les moins linéaires, je note la pièce titre The Only Place, le refrain captivant de Why I Cry, Last Year, No One Like You et la ballade How They Want Me To Be. Pour ce qui est des textes, disons que mademoiselle Consentino a la rime facile. Par contre, la chanteuse offre une performance vocale digne de mention, présentant une assurance mélodique accrue.

Sans être une création fastidieuse, ce The Only Place aurait été enrichi avec une réalisation plus crasseuse et moins conformiste. Sans faire un Christian Bégin de moi-même, cet album est correct sans plus! Pas de véritable déception, juste un je-ne-sais-quoi impalpable qui empêche cette création de se hisser à un niveau supérieur. Qu’à cela ne tienne, les adeptes de la première heure sauront affectionner cette galette, les fans de rock, aux accents pop, qui ne se prennent pas la tête appréicieront, et pour ce qui est des mélomanes assoiffés de créativité, ils devront éviter ce The Only Place!

Ma note : 5,5/10

Best Coast
The Only Place
Mexican Summer
31 minutes

www.bestcoast.us/

PS I Love You – Death Dreams

Mardi dernier, le duo canadien originaire de Kingston en Ontario, nommé PS I Love You, lançait son deuxième album titré Death Dreams, qui faisait suite au louangé Meet Me At The Muster Station paru en 2010. Formé de Paul Saulnier à la voix, aux guitares et de Benjamin Nelson à la batterie, la formation canadienne fait dans un rock à la My Bloody Valentine, mais possédant de nombreuses similitudes avec la musique des Pixies. Le maniérisme vocal de Saulnier ressemble à s’y méprendre à l’approche de l’éléphantesque Black Francis/Frank Black.

Cette démarche mélodique pourrait rebuter le mélomane néophyte du genre, mais le mixage lointain des incantations de Saulnier viennent sauver la mise… une simple mise en garde pour certaines oreilles rébarbatives. Pour ce qui est du style musical préconisé, les guitares saturées et décapantes, parfois arpégées, à l’occasion cristallines, sont à l’honneur. Le jeu de batterie de Nelson est franc, direct et net, sans prouesses démesurées; ce qui met à l’avant-plan l’indéniable talent de compositeur de Paul Saulnier. Ce jeune homme sait composer d’excellentes ritournelles tapageuses.

Parmi les plus appréciables, votre humble critique s’est pris d’affection plus particulièrement pour Something Dishes, les guitares arpégées, scintillantes et abrasives de Don’t Go, le petit penchant punk de Toronto, l’excellente Future Dontcare et la noisy intitulée Princess Towers. L’opus se conclut dans un registre plus traditionnel, mais qui ne perd absolument rien en efficacité, avec la très Frank Black titrée Red Quarter, l’efficace Sakatoon et la quasi post grunge nommée First Contact.

Sans crier au génie, je dois admettre que le rock de PS I Love You est attachant et captivant. Rien d’inventif, mais un excellent exercice de style rendant un vibrant hommage aux grosses pointures du noise rock alternatif que représentaient les Pixies et autres complices de cette période. Paul Saulnier et son acolyte sont assurément en parfaite maîtrise de ce genre musical, tant au niveau de l’exécution que de l’écriture chansonnière. Tendez l’oreille et ne boudez pas votre plaisir! C’est une création qui fait son travail!

Ma note : 6,5/10

PS I Love You
Death Dreams
Paper Bag Records
39 minutes

paperbagrecords.com/artists/ps-i-love-you

The Brian Jonestown Massacre – Aufheben

Hier matin, je me suis procuré avec empressement le plus récent opus de Brian Jonestown Massacre nommé Aufheben. The Brian Jonestown Massacre constitue un projet quasi solo dirigé par Anton Newcombe; ce musicien capable de jouer au-delà de quatre-vingt instruments et dont la personnalité inquiétante et ingérable fait office de légende dans le merveilleux monde du rock. Concerts chaotiques, colères démentielles, consommations excessives de drogues dures, vous pouvez observer Newcombe à l’oeuvre dans l’un des meilleurs documentaires musicaux paru à ce jour intitulé Dig.

À travers toute cette démesure réside malgré tout un musicien à la créativité exacerbée et à l’intégrité artistique irréprochable. Voilà que Newcombe nous offre sa treizième offrande en treize ans. Productif, vous dites? En effet, une assiduité exemplaire, qui parfois, a mis en lumière une œuvre souvent inégale mais toujours pertinente. Sur Aufheben, Anton Newcombe nous présente le meilleur de lui-même. Un heureux mélange de folk lysergique, de rock psychédélique, ornementé de flûte traversière, de rythmes bondissants, aux influences synth pop issues des eighties.

Un disque qui s’écoute d’une seule traite, tant l’esprit euphorique, aux vertus narcotiques et à l’atmosphère oriental, est omniprésent. Pas nécessairement de nombreux morceaux mémorables, mais quelques-uns ont retenu mon attention; Panic In Babylon, la folk orchestrale I Wanna Hold Your Other Hand, la très Love And Rockets titrée Stairway To The Best Party et le clin d’œil à New Order qui conclut superbement l’album, Blue Order New Monday. Finalement, Newcombe ne semble pas si misérable et si givré qu’il le laisse transparaître. Il nous le prouve, encore une fois, sur ce Aufheben.

Là où les Dandy Warhols ont lamentablement échoué, The Brian Jonestown Massacre réussit admirablement, et ce, de création en création, à construire une œuvre qui passera, à mon humble avis, l’épreuve du temps. Oui, il faut l’avouer, Anton Newcombe se hisse lentement mais sûrement parmi les songwriters les plus importants et significatifs du rock américain. Si vous aimez cette mixture entre le Velvet Underground, les Rolling Stones, les Jesus And Mary Chain et New Order, vous saurez apprécier cet opus. On s’en roule un p’tit?

Ma note : 7,5/10

The Brian Jonestown Massacre
Aufheben
51 minutes
A Records

www.brianjonestownmassacre.com/

The Dandy Warhols – This Machine

La semaine dernière paraissait la plus récente offrande d’un groupe en décroissance créative, qui a déjà su nous concocter de petits bijoux de pop rock psychédélique, les Dandy Warhols et leur This Machine. Il est loin le temps où la bande à Courtney Taylor-Taylor savait nous faire sourire de pur plaisir rock’n’roll avec des albums de qualité tels que Come Down, Thriteen Tales For Urban Bohemia et Welcome To The Monkeyhouse. Les voilà de retour avec un This Machine… facilement oubliable et franchement paresseux!

Ça débute avec une pièce convenable, dégarnie musicalement, appuyée par une ligne de basse abrasive et lourde, intitulée Sad Vacation. Suit le meilleur morceau de cette création titrée The Automn Carnival. Une ritournelle pop respectable mais qui n’atteint pas le climax d’un Bohemian Like You. La suite de ce disque est d’un ennui mortel… Que ce soit la bien nommée (veuillez prendre note du sarcasme) Enjoy Yourself, l’imbuvable Alternative Power To The People et ses pistes de voix trafiquées d’une absurdité exemplaire et la fastidieuse Well They’re Gone; chanson où l’on retrouve avec indifférence la pseudo voix sensuelle de Taylor-Taylor.

Le laborieux périple se poursuit avec Rest Your Head. Une chanson pop léthargique et archi prévisible! Survient une reprise ratée d’une chanson revendicatrice américaine titrée 16 Tons. Une véritable honte sonore qui anéantit complètement le message véhiculé. Les Dandy Warhols et le sort réservé aux travailleurs miniers du 18e siècle, pas nécessairement un bon métissage. Tennessee Ernie Ford a dû se retourner dans son cercueil! S’ensuivent le rock convenu de I Am Free, la tout aussi banale SETI Vs. The Wow! Signal, le psychédélisme aux vertus narcotiques et sans convulsions au niveau des arrangements de Don’t Shoot She Cried et ça se conclut avec un efficace somnifère nommé Slide.

Alors, j’en viens à la conclusion que le zénith des Dandy Warhols semble vraisemblablement derrière eux. L’heure de la mise en tutelle de la formation originaire de Portland vient de sonner. This Machine est une création fainéante, à l’inspiration déficiente, animée d’une morosité musicale, et ce, du début à la fin de cet opus! Dommage, car malgré ces dernières parutions en demi-teintes, les Dandy Warhols sont déjà parvenus à nous tenir en haleine avec de petits brûlots au psychédélisme novateur et aux mélodies opérantes. Malheureusement, ce This Machine se tient bien droit aux côtés de l’insipide Born To Die de Lana Del Rey!

Ma note : 3/10

The Dandy Warhols
This Machine
The End
42 minutes

www.dandywarhols.com/

Jack White – Blunderbuss

Paru officiellement cette semaine, le premier album de Jack White était disponible en écoute libre depuis quelques temps déjà. L’homme, qui n’a vraiment plus besoin de présentation, nous offre Blunderbuss, un disque où White s’échappe du carcan blues rock afin de s’aventurer quelque peu dans le R&B, le southern rock et le psychédélisme. Suite à la dissolution des White Stripes et l’indisponibilité des ses confrères au sein des Dead Weather et des Raconteurs, et surtout, incapable d’apathie, notre infatigable musicien/réalisateur s’est lancé tête première, et sans peur, dans la production de ce Blunderbuss.

Une création où les guitares crasseuses et abrasives sont laissées en plan afin de faire place au piano, au Fender Rhodes, aux guitares acoustiques, au violon et par-dessus tout, aux convaincantes mélodies de White! Les inflexions vocales de Jack White sont tellement agissantes que ce disque sonne parfois comme un recueil de comptines pour enfants; mais si vous portez attention aux textes, vous vous rendrez compte que White n’a rien perdu de son mordant… La mort et la rupture amoureuse semblent être les thèmes de prédilection de cet opus!

La majorité des morceaux sont d’une extraordinaire justesse. Je fais référence à l’utilisation du Fender Rhodes dans Missing Pieces, la décapante Sixteen Saltlines, la folk-rock Love Interruption, la superbe pièce titre aux accents country Blunderbuss, les pianistiques Hypocritical Kiss, Weep Themselves To Sleep et Trash Tongue Talker. Quelques ordinaires ritournelles en fin de parcours mais somme toute, l’hyperactif Jack White a mis sur le marché un album d’une maturité musicale exemplaire.

Ce gardien du temple de la musique américaine n’a plus rien à prouver! Ces morceaux sont d’une adéquation certaine. Pour le reste, notre homme exécute, compose et réalise avec une facilité déconcertante. Ça s’appelle du talent! Rien de réellement innovant, simplement d’excellentes chansons qui viendront réjouir mes oreilles rock! Les fanatiques des Stripes auraient probablement apprécié un peu plus d’éclaboussures sonores mais ceux qui affectionnaient les Raconteurs auront un faible pour ce premier Jack White. Du vrai bon stock!

Ma note : 7,5/10

Jack White
Blunderbuss
Columbia/Third Man
42 minutes

jackwhiteiii.com/