Rock Archives - Page 196 sur 204 - Le Canal Auditif

Mount Eerie – Clear Moon

Mount Eerie, c’est Phil Elverum! Installé à Anacortes, petit bled de 20000 âmes situé dans l’état de Washington, notre homme est le seul maître à bord de son projet musical. Ancien membre d’une formation nommée The Microphones, Elverum a mis sur le marché, mardi dernier, la première de deux œuvres (la deuxième paraitra d’ici la fin de 2012) intitulée Clear Moon. Le musicien possède quatre autres créations parues sous le pseudonyme Mount Eerie; la dernière en liste, révélée en 2009, s’intitule Wind’s Poem.

Comment décrire convenablement ce Clear Moon? Voilà un album animé d’une quiétude singulière, au vaste spectre sonore, à l’atmosphère quasi religieuse et aux mélodies discrètes. Les guitares acoustiques et électriques côtoient les claviers vaporeux et les rythmes effacés, de même que les trompettes nerveuses; l’ensemble se mariant admirablement à la voix tranquille mais harmonieuse d’Elverum. D’une grande beauté sonore et mélodique, cette création nous offre de magnifiques paysages musicaux à couper le souffle!

Par contre, ce Clear Moon vous demandera un effort d’audition accru. En effet, l’effet «mystique» de certaines pièces pourrait rebuter quelques mélomanes plus conventionnels. Parmi les morceaux de choix de cet opus, j’ai noté la touchante et post apocalyptique The Place I Live, la superbe Lone Bell, la mélodie robotique de House Shape, la monastique Over Dark Water, la chaotique pièce titre Clear Moon et la poignante Yawning Sky. Phil Elverum vient tout simplement de signer une parution d’un niveau artistique inégalé!

Touchant, portant à la contemplation, voilà un disque qui sort des sentiers battus et qui, en ces temps de turbulences sociales, constitue une accalmie musicale fort appréciable. Sincèrement, cette galette représente un sublime émerveillement pour mes oreilles! Les adeptes de shoegaze à la Slowdive, et de ravissement spirituel à la Dead Can Dance, affectionneront particulièrement cette réalisation. Ce Clear Moon est assurément un album où mes oreilles voudront et viendront se poser… et se reposer à plusieurs reprises. Superbe!

Ma note : 7,5/10

Mount Eerie
Clear Moon
P.W. Elverum & Sun
42 minutes

www.pwelverumandsun.com/

Silversun Pickups – Neck Of The Woods

The Silversun Pickups est un groupe de Los Angeles qui avait connu un succès non négligeable en 2006, avec la chanson Lazy Eye de son premier album Carnavas. On peut facilement identifier dans leur son une influence directe des Smashing Pumpkins. D’ailleurs, au tout début, la bande se voulait un groupe-hommage à la formation de Billy Corgan. À l’époque, j’avais trouvé que la formation avait un certain talent mais qu’en revanche, elle possédait aussi un côté très frustrant. Alors qu’on sentait tout le potentiel qui les habitaient, ils choisissaient trop souvent la sortie facile, pop et kitsch; c’était très, très frustrant. La formation californienne a depuis sorti Swoon en 2009 et ils nous arrivaient dernièrement avec Neck Of The Woods, leur plus récent effort.

Il faut dire que l’album part en lion avec l’excellente Skin Graph qui entame le tout avec une mélodie accrocheuse et des guitares «fuzzy» et discordantes. Puis, suit l’entraînante Make Believe qui laisse déjà entrevoir que l’opus ne sera pas aussi intense que ne l’indique la première chanson. Ceci étant dit, la partition de batterie est intéressante et la voix particulière d’Aubert rayonne de mille feux. Au fur et à mesure que la galette progresse, on se tanne un peu des arrangements trop léchés: la voix à l’avant-plan, les guitares écrasés lorsqu’Aubert chante, la basse pratiquement absente et la batterie qui n’ose pas suffisamment.

Le groupe prend aussi un tournant un peu plus électro; les pièces Simmer, Busy Bees et The Pit en font foi. Ce n’est pas inintéressant, mais encore une fois, le manque d’audace est très frustrant. Certains mouvements, dans certaines pièces, nous donnent de l’espoir, puis la banqueroute sonore survient… impitoyablement. Un très bon exemple, le début de la chanson Mean Spirits qui laisse présager le meilleur, avec un «riff» de guitare rapide, une ritournelle de feu, et pourtant, dès que la voix se manifeste tout l’instrumentation est reléguée à l’arrière-plan.

Bref, Neck Of The Woods m’a laissé sur ma faim. Alors que la pièce d’ouverture Skin Graph m’avait procuré un optimisme débordant, la suite de ce disque m’a laissé sur mon appétit et pantois. Par contre, il saura sans doute plaire au fan de rock alternatif confortable; la voix d’Aubert étant en soi, un attrait.

Ma note : 5/10

Silversun Pickups
Neck Of The Woods
Dangerbirds Records
59 minutes

silversunpickups.com/

Diamond Rugs – Diamond Rugs

Le 20 avril dernier, apparaissait dans les bacs, le premier album d’un projet piloté par John McCauley (Deer Tick) nommé Diamond Rugs. Ce qui devait être un album solo s’est vite transformé en un combo constitué, outre McCauley, des pointures suivantes: Steve Berlin (Los Lobos), Robbie Cronwell (Deer Tick), Ian Saint Pé (Black Lips), Hardy Morris (Dead Confederate) et Bryan Dufresne (Six Finger Satellite). Comment qualifier la musique de Diamond Rugs? Je dirais que c’est un amalgame de garage rock, de country, de soul ensoleillé et de folk; un joyeux fourre-tout étonnamment intelligible et cohérent.

Ça démarre avec vigueur avec la très velvetienne intitulée Hightail et ses guitares à la Sterling Morrison, de même que cette voix ressemblant à s’y méprendre à un jeune Lou Reed en verve. Suit Gimme A Beer, un titre qui veut tout dire et qui affirme dangereusement les intentions artistiques de cette création… Suivent les quelconques Big God, Call Girl Blues et Out Of My Own, pour finalement obliger votre humble critique à s’arrêter sérieusement sur la pièce maîtresse de cet album titrée Country Mile. Une chanson qui traduit à la perfection l’univers musical dans lequel évolue Diamond Rugs. Une ritournelle de garage rock psychédélique au refrain imparable, d’un country rock déjanté irrésistible. Une grande chanson rock’n’roll!

Après quoi, survient Totally Lonely, morceau aux effluves de lendemain de veille évoquant habilement la voix de Roy Orbison. Un pastiche de première qualité! Par la suite, l’efficacité chansonnière tend à décliner avec un alignement de morceaux discrètement faiblards. À part quelques exceptions, telles que la déclamée Blue Mountains, l’excellent rock’n’roll vintage que constitue Hungover And Horny et la magnifique ballade pianistique et dylanesque Christmas In A Chinese Rstaurant, le premier effort de Diamond Rugs perd peu à peu de sa force d’attraction en fin de parcours.

Ça demeure, malgré ces minuscules incartades, une création rock d’un fort niveau. Est-ce simplement un arrêt pour John McCauley afin de revenir avec un véritable album solo? Peu importe, l’amateur de rock’n’roll en moi y a trouvé son compte. À vous mettre dans les oreilles, si vous aimez les Velvet Underground, Black Lips et Deer Tick de ce monde. Intéressant!

Ma note : 7/10

Diamond Rugs
Diamond Rugs
Partisan
46 minutes

diamondrugs.net/

Best Coast – The Only Place

La semaine dernière, la formation californienne Best Coast, formée de Bethany Consentino et du multi-instrumentiste Bobb Bruno lançait sur le marché son deuxième effort intitulé The Only Place. Qualifié de garage-pop ou encore de surf-pop par les critiques, le duo a fait appel au réputé Jon Brion (Beck, Kanye West, Fiona Apple) à la réalisation, afin de bonifier les ritournelles ensoleillées crées par les deux musiciens. En 2010, la première offrande titrée Crazy For You avait reçu un accueil plus que favorable, autant de la presse spécialisée que des mélomanes avides de ce genre musical.

Sur The Only Place, exit la réalisation lo-fi et les guitares abrasives, et ce, afin de faire place à un folk-rock assez conservateur, de même qu’à une réalisation beaucoup plus léchée et accessible que la précédente offrande. Toujours ces structures musicales élémentaires et ces mélodies que l’on fredonne, les cheveux au vent, lors d’une ballade estivale en voiture. Best Coast n’a jamais crée une musique imaginative et les chansons assemblées sur ce disque ne font pas exception à la règle… Sauf que cette fois-ci, les morceaux mémorables sont inexistants et la réalisation de Jon Brion enlève beaucoup de relief et de tonus aux quasi comptines de Consentino.

Après quelques écoutes, je n’ai malheureusement pas réussi à m’extasier réellement pour une seule de ces pièces colligées sur cet opus. Bien sûr, il y a certaines chansons assez bien tournées, mais dans l’ensemble, ces compostions sont unidimensionnelles. Parmi les moins linéaires, je note la pièce titre The Only Place, le refrain captivant de Why I Cry, Last Year, No One Like You et la ballade How They Want Me To Be. Pour ce qui est des textes, disons que mademoiselle Consentino a la rime facile. Par contre, la chanteuse offre une performance vocale digne de mention, présentant une assurance mélodique accrue.

Sans être une création fastidieuse, ce The Only Place aurait été enrichi avec une réalisation plus crasseuse et moins conformiste. Sans faire un Christian Bégin de moi-même, cet album est correct sans plus! Pas de véritable déception, juste un je-ne-sais-quoi impalpable qui empêche cette création de se hisser à un niveau supérieur. Qu’à cela ne tienne, les adeptes de la première heure sauront affectionner cette galette, les fans de rock, aux accents pop, qui ne se prennent pas la tête appréicieront, et pour ce qui est des mélomanes assoiffés de créativité, ils devront éviter ce The Only Place!

Ma note : 5,5/10

Best Coast
The Only Place
Mexican Summer
31 minutes

www.bestcoast.us/

PS I Love You – Death Dreams

Mardi dernier, le duo canadien originaire de Kingston en Ontario, nommé PS I Love You, lançait son deuxième album titré Death Dreams, qui faisait suite au louangé Meet Me At The Muster Station paru en 2010. Formé de Paul Saulnier à la voix, aux guitares et de Benjamin Nelson à la batterie, la formation canadienne fait dans un rock à la My Bloody Valentine, mais possédant de nombreuses similitudes avec la musique des Pixies. Le maniérisme vocal de Saulnier ressemble à s’y méprendre à l’approche de l’éléphantesque Black Francis/Frank Black.

Cette démarche mélodique pourrait rebuter le mélomane néophyte du genre, mais le mixage lointain des incantations de Saulnier viennent sauver la mise… une simple mise en garde pour certaines oreilles rébarbatives. Pour ce qui est du style musical préconisé, les guitares saturées et décapantes, parfois arpégées, à l’occasion cristallines, sont à l’honneur. Le jeu de batterie de Nelson est franc, direct et net, sans prouesses démesurées; ce qui met à l’avant-plan l’indéniable talent de compositeur de Paul Saulnier. Ce jeune homme sait composer d’excellentes ritournelles tapageuses.

Parmi les plus appréciables, votre humble critique s’est pris d’affection plus particulièrement pour Something Dishes, les guitares arpégées, scintillantes et abrasives de Don’t Go, le petit penchant punk de Toronto, l’excellente Future Dontcare et la noisy intitulée Princess Towers. L’opus se conclut dans un registre plus traditionnel, mais qui ne perd absolument rien en efficacité, avec la très Frank Black titrée Red Quarter, l’efficace Sakatoon et la quasi post grunge nommée First Contact.

Sans crier au génie, je dois admettre que le rock de PS I Love You est attachant et captivant. Rien d’inventif, mais un excellent exercice de style rendant un vibrant hommage aux grosses pointures du noise rock alternatif que représentaient les Pixies et autres complices de cette période. Paul Saulnier et son acolyte sont assurément en parfaite maîtrise de ce genre musical, tant au niveau de l’exécution que de l’écriture chansonnière. Tendez l’oreille et ne boudez pas votre plaisir! C’est une création qui fait son travail!

Ma note : 6,5/10

PS I Love You
Death Dreams
Paper Bag Records
39 minutes

paperbagrecords.com/artists/ps-i-love-you