Rock Archives - Page 191 sur 196 - Le Canal Auditif

Plants And Animals – The End Of That

Après l’acclamé Park Avenue et le un peu moins glorifié La La Land, la formation indie rock montréalaise Plants And Animals revenait à la charge avec son troisième effort intitulé The End Of That. Si Park Avenue donnait dans la pop orchestrale, La La Land dans un rock plus direct, le tout dernier s’associe sans contredit aux sonorités folk rock issues des seventies. Les gars de Plants And Animals ont manifestement bien digéré la musique de ces mentors que représentent les Dylan, Young, Reed, Richards et autres complices de cette légendaire époque.

Sur The End Of That, le trio a fortement mis l’accent sur l’écriture des chansons plutôt que sur la réalisation. De ce point de vue, c’est très bien réussi. Même si Plants And Animals durcit discrètement le ton, le groupe n’a rien perdu de son efficacité chansonnière; les pièces épiques et fédératrices côtoyant habilement les morceaux folk rock efficients. Les chansons marquantes? La Bob Dylan intitulée The End Of That, le riff matraque de Lightshow, la très Lou Reed titrée Crisis!, le rock épique de 2010 et la non moins épique Runaways constituent les pièces maîtresses de cet opus.

Là où le bât blesse, c’est au niveau de la réalisation, qui elle, se veut rêche et trop minimaliste; ce qui empêche ces excellentes ritournelles d’atteindre leur plein potentiel. Plants And Animals s’est simplement satisfait de nous offrir ses agissantes chansons sans artifice et sans effort de réalisation… et c’est bien dommage, car cette création aurait mérité mieux. Une oreille extérieure compétente aurait tombé à pic! Un Danger Mouse, par exemple, aurait su tirer ces titres vers le haut.

Même si cet album n’est pas ancré dans la modernité, The End Of That demeure une création rock à la hauteur car l’envergure des compostions est supérieure à la moyenne. Les amateurs de bon rock sauront déceler la valeur ajoutée qui habite ces titres; mais rien qui permet à Plants And Animals d’effectuer un grand bond en avant. Un calque convenable d’un rock aux exhalaisons des années 70!

Ma note : 6,5/10

Plants And Animals
The End Of That
Secret City
45 minutes

www.plantsandanimals.ca/

Frankie Rose – Interstellar

L’ex-membre des Crystal Stilts, Dum Dum Girls et Vivian Girls, baptisée Frankie Rose, lançait récemment son deuxième opus intitulé Interstellar. Frankie Rose demeure à Brooklyn et crée une musique aux accents synth-pop, jumelant les guitares «curesques» discrètement noisy aux synthétiseurs issus des eighties, magnifiée par une voix aérienne noyée dans la réverbération. Mme Rose avait fait paraître en 2010 un premier disque titré simplement Frankie Rose And The Outs qui avait été assez bien reçu par la critique. Alors qu’en est-il de ce Interstellar?

D’entrée de jeu, avec la pièce titre de l’album, on entre dans un univers planant et immatériel calqué sur la pop cinématographique des Cure, période Disintegration. Il faut particulièrement affectionner cette famille musicale pour apprécier les subtilités sonores offertes par Frankie Rose. L’intérêt d’Interstellar réside dans les inflexions vocales juvéniles mais finement captivantes de la chanteuse plutôt que dans l’enrobage éthéré et quelque peu artificiel qui gouverne cette création. La new-yorkaise a su écrire de ravissants morceaux pop qui envoûtent et garde l’auditeur captif.

J’ai complété l’audition de ce disque et j’ai eu d’instinct le désir d’appuyer de nouveau sur le bouton «play» de mon IPod! Mes chouchous : Interstellar, la sautillante Know Me, Gospel/Grace, Had We Had It, la très Cure Night Swim et la superbe The Fall, qui elle, se distingue par une guitare à la The XX prenant appui sur un violoncelle. Plus on écoute ce disque, plus l’envie d’y revenir agrippe nos oreilles!

Sans être la découverte de l’année, voilà une galette fort comestible. Frankie Rose écrit des chansons simples, des mélodies naïves mais intéressantes, couchées sur des musiques qui amènent l’auditeur en état de délicate apesanteur. Les admirateurs de Slowdive, The XX et de synth-pop brumeux y trouveront assurément leur compte. Une charmante distraction!

Ma note : 6,5/10

Frankie Rose
Interstellar
Slumberland Records
32 minutes

www.missfrankierose.com

Sleigh Bells – Reign Of Terror

Sleigh Bells nous arrive avec son deuxième opus Reign Of Terror. Le duo de pop noise américain formé en 2008 est originaire de Brooklyn. Pour reprendre les fameux mots de Claude Rajotte : « Ça sonne comme une tonne de brique! ». L’album s’ouvre sur True Shred Guitar et sur des bruits de foules; d’un bout à l’autre de l’album ça ne dérougit pas. Les guitares puissantes de Derek Edward Miller, accompagnées de la voix parfois agressive, mélodique et aérienne d’Alexis Krauss donnent l’impression qu’ils jouent devant une foule de 50 000 personnes en délire. Tout ça avec un drum machine qui les soutient. Il y a longtemps que je n’ai pas entendu des guitares aussi colorées! Parfois lourdes et appuyées, parfois mélodieuses comme les hair bands des années 80, ça donne envie de battre la mesure constamment.

La pièce Crush vous hantera pendant des jours je vous l’assure. Il y a quelque chose dans le jeu des guitares qui rappelle AC/DC mais sans jamais tomber dans le kitsch, le son étant définitivement moderne. L’album est un feu roulant de hits, et chaque chanson donne l’impression qu’elle pourrait atteindre le sommet des palmarès. Car si la guitare peut appuyer, il reste que leur côté pop fédérateur est indéniable. C’est un heureux mélange qui est particulièrement présent sur Comeback Kid. Écoutez Demon et vous aurez immédiatement le goût de vous faire pousser les cheveux et de les tournoyer en chantant avec Krauss. Deux balades flatteront votre côté émotif: You Lost Me et End Of Line.

Reign Of Terror est un album balancé, nuancé avec des riffs rock imparables et des guitares modérément abrasives. Pour l’instant, aucune date de spectacles en vue pour Montréal, leur seul arrêt canadien étant à Toronto le 26 mars. Si Sleigh Bells vient à Montréal, je vous conseille de vous ruer pour acheter des billets. En attendant, vous pouvez vous rabattre sur cet excellent album qui m’a charmé comme un amour adolescent.

Ma note : 8,5/10

Sleigh Bells
Reign Of Terror
Mom & Pop
36 minutes

reignofterror.tv/

Band Of Skulls – Sweet Sour

Le sept février dernier, la formation anglaise originaire de Southampton nommée Band Of Skulls lançait son deuxième album intitulé Sweet Sour, qui faisait suite à l’excellent Baby Darling Doll Face Honey. Formé de Russel Marsden (chant et guitare), d’Emma Richardson (chant et basse) et de Matt Hayward (batterie), Band Of Skulls se consacre musicalement à créer un rock vitaminé aux émanations «zeppeliniennes» possédant quelques relents de bon vieux southern rock issu des seventies. C’est franc, simple, direct et sans fioritures, et ce, malgré les quelques ballades vaporeuses, enjolivant ça et là, le corpus chansonnier de Band Of Skulls.

Départ canon avec quatre morceaux rock vivifiants : le simple bien réussi Sweet Sour, la suave Bruises, l’efficace Wanderluster et la coqueluche titrée The Devil Takes Care Of His Own. Électrisant! Suit une des nombreuses ballades de la galette en Lay My Head Down. Pas une grande chanson mais un répit acceptable après ces brûlots énumérés précédemment. La formation reprend du poil de la bête avec le riff matraque de You Aren’t Pretty But You Got It Going On. Infaillible! Retour au repos avec une douce ritournelle intitulée Navigate. Chanson convenable sans plus… Après le repos émerge la somnolence avec Hometowns; une pièce banal, sans relief, sans soubresaut autant sur le plan mélodique qu’au niveau musical. Raté! Ça se poursuit dans la même veine assoupissante avec les motifs de guitares ampoulés, mille fois entendus, de Lies. Fin de la galette avec deux énièmes ralentis inintéressants : Close To Nowhere (titre approprié) et Such A Fool.

Sur Baby Darling Doll Face Honey, Band Of Skulls avait su écrire de magnifiques ballades aux accentuations captivantes qui faisaient frissonner. Sur Sweet Sour, les chansons sentimentales sont totalement linéaires, monotones et assommantes. Le deuxième effort de Band Of Skulls n’est pas un mauvais disque en soi, mais son écoute laisse une désagréable sensation de frustration; l’excellence côtoyant l’ennui mortel. Une création en dent de scie qui manque cruellement d’inspiration. Rien à redire sur la réalisation, ni sur l’exécution musicale, mais j’ai quelques réserves sur la qualité d’écriture de certaines pièces de cet opus. Lors du prochain chapitre, Band Of Skulls devra se montrer beaucoup plus inventif sinon… Une galette mi-figue mi-raisin!

Ma note : 5/10

Band Of Skulls
Sweet Sour
Vagrant Records
41 minutes

bandofskulls.com/

Mark Lanegan Band – Blues Funeral

La semaine dernière, le vétéran chanteur âgé de 46 ans, Mark Lanegan, mettait au monde son huitième album solo titré Blues Funeral. Huit ans après l’acclamé Bubblegum et de nombreuses collaborations (QOTSA, Isobel Campbell, The Gutter Twins), le chanteur à la voix austère et râpeuse nous revient avec un opus aux influences «krautrock» à la Kraftwerk … mais le blues rock opaque ne se cache jamais très loin derrière avec Lanegan. Les habituels complices du soliste originaire de Seattle viennent se greffer à cette galette.

En effet, Josh Homme (QOTSA), Greg Dulli (Twilight Singers, The Afghan Whigs, The Gutter Twins) et le batteur Jack Irons (Pearl Jam) se joignent au réalisateur Alain Johannes, afin de créer un album de blues rock électro qui demande quelques écoutes avant d’en apprécier toutes les subtilités. Le coup d’envoi est donné avec The Gravedigger’s Song, qui curieusement, détient des liens musicaux étroits avec les sonorités du dernier Galaxie. Un savoureux mélange de blues rock appuyé par un rythme électronique presque dansant.

Après Bleeding Muddy Water, suit la new-wave aux guitares arpégées de Gray Goes Black. Surprenant! Apparition de Greg Dulli sur St Louis Elegy, talonnée par un son de guitare caractéristique, reconnaissable à mille lieues de Josh Homme sur Riot In My House. Retour à la pulsation entraînante sur Ode To Sad Disco. Jusque là, ça va, mais j’avais de plus grandes attentes… Et elles seront exaucées grâce à l’énigmatique Phantasmagoria Blues, le rock de Quiver Syndrome, la langoureuse Leviathan, le folk obscur de Deep Black Vanising Train et surtout, la triomphale Tiny Grain Of Truth.

Blues Funeral est un album de rédemption pour Mark Lanegan qui fut aux prises avec de nombreux problèmes de drogues et d’alcool tout au long de sa carrière. Une création étonnamment lumineuse, du moins en ce qui concerne l’univers musical du chanteur. Malgré un début d’album en dent de scie, le disque trouve sa vitesse de croisière dans la deuxième partie. Pas aussi percutant que Bubblegum, Blues Funeral demande plusieurs écoutes car les boucles électroniques pourraient laisser de marbre les fans purs et durs de Lanegan. De toute façon, le bonhomme est incapable de rater sa cible. Encore une fois, une scintillante étoile dans le cahier fort bien rempli de Mark Lanegan!

Ma note : 7,5/10

Mark Lanegan Band
Blues Funeral
4AD
55 minutes

marklanegan.com/