Rock Archives - Page 191 sur 204 - Le Canal Auditif

Deerhoof – Breakup Song

Mardi dernier, la formation Deerhoof, menée par l’excellent batteur Greg Saunier et la chanteuse/bassiste Satomi Matsuzaki, lançait sur le marché leur énième album intitulé sarcastiquement Breakup Song. Formé en 1993, Deerhoof offre une musique à l’univers sonore singulier possédant de nombreuses bariolures stylistiques s’apparentant au noise rock et à l’electro-pop. Bref, un groupe audacieux, innovateur et qui n’a pas peur de repousser les limites de la musique pop.

Sur Breakup Song, le quartet originaire de San Francisco continue franchement d’appuyer sur le bouton «pop d’avant-garde». Chacune des chansons détient une signature musicale unique, si bien qu’il est extrêmement ardu de classer Deerhoof dans un registre particulier. Courtes, concises, pétillantes, bondissantes, structures chansonnières intelligemment déconstruites, progressions d’accords inusitées, les ritournelles de cette création demeurent étonnamment accessibles dans les circonstances.

Breakup Song est chargé de chansons d’une efficacité exemplaire. Parmi les meilleures, j’ai remarqué l’excellente Breakup Songs, le riff accrocheur de There’s That Grin, l’électro-pop noisy titrée Zero Second Pause, la captivante Flower, le rythme latin et chaud de The Trouble With Candyhands et la quasi touchante Fete D’Adieu. Très peu de pièces quelconques, à part peut-être les claviers qui pourraient paraître insupportables aux oreilles de certains mélomanes, dans Back Kids To The Front, et la mélodie insipide qui afflige Mario’s Flaming Whiskers III. Une œuvre qui peut parfois faire penser à une Santigold retournée dans tous les sens… qui aurait embrassé goulûment la bouche d’un musicien avide de noise rock pendant toute une soirée!

Si j’avais un seul reproche à émettre concernant ce disque, c’est un manque de cohérence au niveau de la direction artistique; les morceaux étant tellement dissemblables les uns aux autres, qu’il est difficile de s’identifier naturellement à la musique de Deerhoof. Qu’à cela ne tienne, on aime ce groupe parce qu’il se fout des conventions et n’en fait strictement qu’à sa tête; et des musiciens animés de cet esprit libre de toutes contraintes, ils n’en existent que trop peu. Encore une fois, un album pop «à côté d’la track» pour Deerhoof… c’est très bien ainsi!

Ma note : 7/10

Deerhoof
Breakup Song
Polyvinyl Records
30 minutes

deerhoof.net/

Wild Nothing – Nocturne

La semaine dernière, l’auteur-compositeur-interprète Jack Tatum, mieux connu sous le pseudonyme de Wild Nothing, enfantait de son deuxième rejeton baptisé Nocturne; création qui fait suite au délectable Gemini paru en 2010. Le jeune musicien, âgé de 20 ans seulement, nous présente un album à classer dans un registre dream pop/shoegaze, qui saura plaire autant aux hipsters «anti-mainstream» qu’aux vieux nostalgiques de la grande époque pop alterno qui sévissait dans les années 80.

Triturant habilement synthés, guitares et concevant savamment des mélodies captivantes siégeant quelque part entre mélancolie et jovialité, Wild Nothing revisite convenablement un univers musical que j’ai côtoyé de très près. S’inspirant sans gêne de groupes tels que The Smiths, New Order et Talk Talk, Jack Tatum offre un disque de qualité acceptable, qui, par contre, semble trop homogène pour constituer une véritable réussite. Réalisé adroitement par Nicolas Vernhes (Deerhunter), malheureusement Nocturne ne m’a pas convaincu…

Qu’à cela ne tienne, quelques pièces ont retenu mon attention; et ce sont celles, dont l’influence sonore du légendaire Johnny Marr (The Smiths) se fait le plus sentir, et qui ont chatouillé agréablement mes oreilles. Je fais référence à la chanson nommée Shadow, au guitares arpégées de Only Heather, de Nocturne et de Disappear Always. En contrepartie, les influences synth-pop à la New Order édulcorée m’ont laissé de marbre. En effet, les Through The Glass, This Chain Won’t Break, Paradise et Rehya m’ont pratiquement fait bailler aux corneilles.

Quelques médias branchés se sont entichés de ce Nocturne. Pour ma part, je suis demeuré de glace lors de l’écoute de cette offrande. Pas que c’est franchement anémique, mais c’est surtout trop semblable à ce qui se créait à l’époque. Les ritournelles sont bien construites, les arrangements de synthés et de cordes sont opérants, mais l’impression d’un «déjà-entendu» redondant vient ralentir significativement un enthousiasme qui aurait pu s’intensifier durant l’écoute de ce disque. Les amants de dream pop apprécieront sans doute, mais de mon côté je me contenterai de réécouter mes vieux albums des Smiths et de New Order.

Ma note : 5,5/10

Wild Nothing
Nocturne
Captured Tracks
44 minutes

capturedtracks.com/artists/wildnothing/

Divine FIts – A Thing Called Divine Fits

Un album assez attendu, pour la plupart des fanatiques de rock indépendant de qualité supérieure, paraissait la semaine dernière chez les disquaires. En effet, le projet nommé Divine Fits, mettant en vedette Brit Daniels de la formation Spoon, Dan Boeckner du groupe montréalais Wolf Parade et Sam Brown des New Bomb Turks, voyait le jour, avec le lancement d’un premier effort titré A Thing Called Divine Fits. À quoi s’attendre lorsque deux importants musiciens rock unissent leurs efforts afin de créer un groupe qui sert probablement d’intermède à leurs principaux projets respectifs?

Pour ma part, les attentes étaient élevées… sans doute un peu trop. Premièrement, sur A Thing Called Divine Fits, les deux songwriters ont opté pour une approche musicale assez rock, mais qui renferme de fortes exhalaisons de new wave/électro-pop; ce qui diminue sensiblement la charge émotionnelle des chansons. De plus, une étrange impression d’entendre deux artistes aux univers si indépendants l’un de l’autre, m’a submergé tout au long de l’écoute; comme si Boeckner et Daniels avaient travaillé à distance… et c’est ce qui a accentué grandement ma perception d’un manque de cohésion au niveau de la direction artistique. Bref, A Thing Called Divine Fits représente définitivement un premier jet plutôt qu’une véritable création commune!

Puisque que ces deux musiciens ne manquent pas de talent, cette création est loin, très loin d’être inodore et sans saveur. J’en veux pour preuve les remarquables What You Gets Alone et Civilian Stripes, dans lesquelles Boeckner dirige habilement la circulation, de même que la touchante Shivers et la très Spoon, Like Ice Cream où l’on entend du Daniels à son meilleur. S’ajoutent à ces morceaux de choix, les My Love Is Real, Flaggin’ A Ride, Would That Not Be Nice et l’inventive Neopolitans; la seule pièce qui allie à la perfection les compétences des deux créateurs.

En fin de compte, ce premier-né constitue tout bonnement une synthèse respectueuse de ce que les deux musiciens conçoivent couramment dans leurs formations respectives. Brit Daniels fait du Spoon et Dan Boeckner fait du Wolf Parade; ce qui représente déjà un solide accomplissement, mais je persiste à croire que la rencontre de ces vedettes de l’indie rock aurait dû procurer un résultat plus éclatant, plus percutant, et surtout, plus émouvant! Qu’à cela ne tienne, il n’y a aucune inquiétude à s’aventurer chez Divine Fits! Ça tient malgré tout la route!

Ma note : 6,5/10

Divine Fits
A Thing Called Divine Fits
Divine Gits
43 minutes

divinefits.com/

Bloc Party – Four

Bloc Party, formation anglaise, lançait son quatrième album, intitulé Four, titre qui est de circonstance, vous me direz. Il faut quand même rappeler que la formation fût le sujet de bien des rumeurs de séparations dans les deux dernières années, en grande partie issues de la carrière solo du chanteur Kele Okereke et de sa soi-disant année sans musique en 2010. Ce titre prend donc un sens plus large que le simple sens numéraire (la formation étant un quatuor). Mais qu’en est-il de ce Four?

La galette s’entame sur les deux morceaux bien juteux et lourd: So He Begins To Lie et 3×3. Cette dernière nous démontre qu’Okereke n’a rien perdu de sa capacité à introduire du tragique dans ses mélodies et que la bande sait toujours brasser de l’air. Puis vient Octopus, qui fait très Bloc Party, très. Bon, c’est normal pour la plupart des groupes de composer une chanson «sûre», qui calque les sonorités et les constructions chansonnières habituelles. Le problème c’est que sur Four, y’a presque juste ça… et ça devient lassant. La formation semble tourner en rond. Les chansons ne sont pas mauvaises individuellement mais ça sent le réchauffé et la redite. Il reste que certaines pièces méritent des mentions honorables, entres autres la très surprenante Coliseum avec son riff blues-folk très entraînant; Kettling, qui avec ses sonorités grasses fait croire que le groupe a beaucoup écouté de grunge ces dernières années et We Are Not Good People, qui avec ses guitares effrénées, la basse appuyée, la batterie déchaînée et les jeux de voix intelligents rappelle le meilleur de la formation anglaise. Par contre, s’y glisse deux pièces insipides: The Healing, qui sonne plus comme une mauvaise chanson d’une formation pop-rock quelconque et la tout aussi endormante Day Four.

Bref, Four fait un peu peur, car il donne l’impression que le meilleur de Bloc Party est derrière eux et si c’etait le cas, ils pourraient très bien se retrouver dans la même ligue que Nickelback, et faire du mauvais rock radiophonique. Heureusement, se trouve sur l’album deux ou trois beaux petits morceaux qui donnent espoir, et j’espère un « five », qui remettra le Party dans le Bloc!

Ma note : 5/10

Bloc Party
Four
French Kiss
43 minutes

blocparty.com/

Redd Kross – Researching The Blues

Redd Kross, ça vous dit quelque chose? Au début du mois d’août, la formation originaire de Hawthorne en Californie effectuait un retour sur disque après plusieurs années de silence, avec la parution de Researching The Blues. Ce septième album studio, écrit et enregistré en partie durant l’année 2007, nous permet de retrouver la mouture initiale de Redd Kross constituée des frères McDonald (Jeff, Steve et Ray) et du guitariste Robert Hecker. Toujours intact que ce power-pop aux accents punk et qui possèdent de forts liens de parenté avec les Stooges, Big Star, R.E.M et Nada Surf de ce monde!

Redd Kross, qui a passé la majeure partie des nineties aux avant-postes du renouveau power-pop qui sévissait à cet époque, n’a rien perdu de son énergie contagieuse, en particulier en ce qui concerne l’efficience des compositions des frères McDonald. Ça bondit, ça bourdonne et ça égratigne suffisamment les oreilles et les mélodies offertes, de même que les harmonies vocales présentées, sont d’un niveau remarquable. Avec surprise, ça fait drôlement le travail!

Parmi les morceaux de choix, je retiens la pièce titre aux ascendants très Stooges titrée Researching The Blues, la power-pop aux harmonies vocales exquises nommée Stay Away From Downtown, la solide et fortifiante Uglier, la beatlesque Meet Frankenstein, le riff rock’n’roll stonien de The Nu Temptations, le rock estival très Big Star curieusement intitulé Winter Blues et l’efficace Hazel Eyes qui conclut adroitement l’album. Trois minuscules bémols: Dracula’s Daughter, One Of The Good Ones et Choose To Play; des chansons adéquates sans plus.

Sur Reseraching The Blues, Redd Kross fait la démonstration claire de l’adage qui dit: «Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple!»… et ça fonctionne correctement! Des chansons élémentaires, mais agissantes, des mélodies captivantes, des guitares abrasives et une section rythmique soudée, ce qui confère à cette création un dynamisme juvénile et insouciant qui fait plaisir à entendre. Après une pause salutaire, loin des studios d’enregistrements, et qui a duré près de quinze ans, voilà un groupe qui a réussi à se recentrer sur ce qu’il sait faire de mieux, du bon power-pop rock infatigable et indémodable… n’en déplaise aux oreilles exigeantes, complexes et raffinées! Rock’n’roll!

Ma note : 7/10

Redd Kross
Researching The Blues
Merge Records
32 minutes

reddkross.com/