Rock Archives - Page 185 sur 196 - Le Canal Auditif

King Tuff – King Tuff

Le 29 mai dernier, King Tuff, alias Kyle Thomas, mettait sur le marché sa deuxième offrande tout simplement titrée King Tuff. Thomas s’est surtout fait connaître en tant que chanteur de la formation de stoner-metal nommée Witch, dans laquelle sévissait, à la batterie, le légendaire Jay Mascis de Dinosaur Jr. Originaire de la scène «folk-freak» de l’état du Vermont, notre King Tuff y va d’un effort nettement rock’n’roll dans lequel les pièces graisseuses côtoient de manière cohérente les ritournelles imprégnées d’une atmosphère très lendemain de veille.

Ce qui distingue Kyle Thomas de ses semblables est à n’en point douter, sa voix nasillarde, qui elle, fait penser à une mixture de Marc Bolan (T-Rex), de John Lennon et de Steve Harley (Cockney Rebel). Sur cette galette, King Tuff nous offre un rock’n’roll captivant, nostalgique des seventies, amusant, assez festif, parfois narcotique, convenablement abrasif et frappant dans le mille presque à tout coup.

Parmi les morceaux de prédilection, il y a le riff matraque d’introduction de Anthem (hochement de tête et tapement de pied certifié), le pop-rock Keep On Movin’, l’anesthésiant Unsual World, le rock’n’roll accrocheur intitulé Bad Thing, le southern rock suintant la bière titré Stranger, le country-folk de Baby Just Break, la ballade Swamp Of Love et ça s’achève sur l’excellent Hit & Run; dont la mélodie qui anime les couplets fait sérieusement penser à Oh! Yoko!; chanson qui conclut superbement l’album Imagine de John Lennon.

Voilà un album qui ne se prend pas la tête, qui s’écoute très bien au volant de votre automobile, les fenêtres ouvertes, le volume à plein régime. Un disque de rock’n’roll estival distrayant qui accroche un sourire aux lèvres systématiquement à chacune des écoutes. King Tuff s’est tout simplement appliqué à écrire des chansons rock d’une efficacité décuplée, et ce, sans se casser la tête. Un disque qui fait appel aux couilles plutôt qu’à la tête, et à l’occasion, c’est tout ce que ça prend lorsque l’on conçoit du rock… des chansons adéquates et une insouciance dans l’exécution qui ramène le genre musical à son essence propre… du gros fun sale!

Ma note : 7,5/10

King Tuff
King Tuff
Sub Pop Records
40 minutes

www.subpop.com/artists/king_tuff

Ty Segall Band – Slaughterhouse

On va se le dire, on ne se fera pas de cachette, un album qui commence par un feedback et qui se termine par un feedback contrôlé de dix minutes: c’est cool. Un point c’est tout! Ty Segall est un de ses déjantés-là; un fou furieux de la musique. Après avoir joué dans plusieurs groupes de la région de San Francisco, il a décidé de faire cavalier seul. Son opus précédent, paru en 2011, Goodbye Bread avait reçu des critiques élogieuses de la part des médias. Et que fait-il? Il récidive en 2012 avec non pas un, ni deux, mais bien trois galettes. La première, sortie un peu plus tôt cette année, fût composée en compagnie de White Fence et s’intitule Hair. Cette fois-ci, il s’entoure de trois musiciens de son choix et c’est de cet effort commun qu’est né Slaughterhouse; un album qu’apprécieront les partisans de rock garage et de noise rock.

L’opus s’entame, comme je le disais sur Death et son feedback d’une cinquantaine de secondes, puis, embarque le quatuor au complet: des guitares bien distorsionnées, la voix un peu psychédélique de Segall, la batterie très garage d’Emily Rose Epstein et la basse très années 60 qui complète le tout. On est quelque part entre le rock des Beach Boys, celui de Black Sabbath et celui des White Stripes. Les rythmes endiablés de I Bought My Eyes et Tell Me What’s Inside Your Heart sauront vous donner une petite envie de faire quelques pas de danse, bière en main. Le groupe sait aussi sonner très «sixties» avec Muscle Man. Et je ne peux passer sous silence le cri du cœur de Slaughterhouse alors que Segall hurle et qu’un reverb accentue les sons lancés dans les airs. Le groupe se permet deux reprises de musiciens des décennies 60 et 70 avec Diddy Wah Diddy de Bo Diddley et The Bag I’m In de Fred Neil.

Bref, pour les fans de rock issu des années soixante, de garage rock et de noise rock, c’est un must. Une excellente galette qui ne contient pas de morceau faible. Un opus qui file à cent chevaux-vapeurs et qui vous décoiffera comme une bourrasque sur le bord de l’océan. À écouter, bière en main… si possible un Pabst blue ribbon… pour le style.

Ma note : 7,5/10

Ty Segall Band
Slaughterhouse
In The Red Records
39 minutes

ty-segall.com/

A Place To Bury Strangers – Worship

Alors que la mode des années 80 refait surface avec une ardeur particulièrement impressionnante: pantalon taille extra-haute, lunette à la Public Enemy; et comment passer sous silence les leggings léopard… J’ai même des amis qui trippent sur Depeche Mode et je dois avouer que j’haïs pas ça moi non plus… Bref, à travers cet amour des sonorités eighties sont nées plusieurs formations musicales qui mélangent le tout avec pas mal de distorsion et une énergie digne des groupes punks. Parmi le lot se retrouve une formation musicale de Brooklyn au nom très sympathique et pas du tout inquiétant: A Place To Bury Strangers. Alors qu’on peut nommer facilement The Smiths, Sonic Youth, Sisters Of Mercy et My Bloody Valentine en tant qu’inspiration, leur son se démarque particulièrement par une saturation d’effets présents dans les instruments utilisés, ainsi que la voix du chanteur et guitariste Oliver Ackermann.

Worship, troisième opus du groupe, s’entame par Alone, un tube nerveux et bruyant. Cela donne un avant-goût honnête de ce qui nous attend sur le reste de la galette. Suit immédiatement, You Are The One, une pièce beaucoup plus tranquille où les effets se font un peu plus discrets. À l’instar de celle-ci, Slide et Dissolved exhibent aussi ce côté plus doux et très atmosphérique de la formation américaine. À l’extrême opposé, Revenge et Leaving Tomorrow sont les porte-étendards des côtés nerveux et saturés du groupe. Autre piste notable sur l’opus: Mind Control, où les effets sont rois et la voix grave d’Ackermann possède un petit quelque chose d’effrayant.

Bref, A Place To Bury Strangers offre une galette intéressante qui ne se campe pas dans une linéarité ennuyante. Par contre, certaines chansons amènent un questionnement: les effets c’est bien beau, mais est-ce que cela a pris toute la place laissant ainsi la composition musicale en second plan? On a parfois l’impression que l’apparat prend le dessus sur le contenu. L’album demeure intéressant et vaut la peine d’y prêter une oreille attentive tout de même, si possible habillé en fluo… c’est encore plus cool!!!

Ma note : 6.5/10

A Place To Bury Strangers
Worship
Dead Oceans Records
45 minutes

aptbs.tumblr.com/

Royal Headache – Royal Headache

Je me méfie toujours lorsque quelques médias branchés s’emballent en faveur d’un jeune groupe faisant paraître son premier album; et c’est avec un mélange de scepticisme et de grande hésitation que j’ai entamé l’écoute du tout premier effort de Royal Headache, paru en Amérique du Nord, en mai dernier. Rassemblé autour d’un chanteur surnommé Shogun, la formation, originaire de Sydney en Australie, conçoit un punk rock assez «old school» agrémenté de solides mélodies aux accents de soul. Donc, juste assez abrasif pour plaire aux fanatiques de punk mais pertinemment accessible aux adeptes de pop-rock décapant.

Sur cette première offrande, les jeunes musiciens de Royal Headache nous offrent un album d’une durée de vingt-sept minutes qui respecte à la perfection la tradition punk. La réalisation est absolument «lo-fi»… et ces chansons auraient peut-être mérité un peu plus; car le quatuor australien sait écrire des morceaux produisant l’effet escompté. La principale qualité de Royal Headache réside en la personne de Shogun; un chanteur qui s’exécute avec l’énergie du désespoir et qui y met tout son cœur, comme un Roger Daltrey (vocaliste des Who) dans la fleur de l’âge, mais avec un je-ne-sais-quoi de soul afro-américain dans le timbre de voix. Oui, cette fois-ci, le chanteur fait le groupe… et c’est tout à fait acceptable!

Le disque renferme plus que sa part de pièces opérantes: la nerveuse Never Again, Really In Love, la très Strokes à l’accent soul titrée Surprise, l’accrocheuse Girls, la quasi Arctic Monkeys intitulée Down The Lane, l’excellente Honey Joy et ça se termine avec l’hymne punk nommé Pity. Très peu de ritournelles de routine! C’est simple, concis, juvénile, naïf et ma foi, ça fait étonnamment le travail. Rien de bien avant-gardiste musicalement parlant, mais Shogun fait un travail remarquable derrière le micro, ce qui confère à ce premier effort un charme tout à fait singulier.

Les vieux fanatiques de punk rock vielle école à la The Damned/Buzzcocks apprécieront sans aucun doute cette création. Bien évidemment, ça respire la candeur, les déceptions amoureuses adolescentes et les beuveries de musiciens à la mode, mais Royal Headache possède un talent indéniable; celui de composer de solides chansons «punk rock’n’soul»… et avec un excellent chanteur animé d’une énergie unique, ce groupe pourrait faire un bon bout de chemin. Pas mauvais!

Ma note : 7/10

Royal Headache
Royal Headache
What’s Your Rupture?
27 minutes

www.myspace.com/royalheadache

Diiv – Oshin

J’ai posé mes oreilles la semaine dernière sur le premier véritable album de la formation new-yorkaise nommée DIIV intitulé Oshin. Formé en 2011 et mené par le principal compositeur du groupe Zachary Cole Smith, DIIV créé une dream pop/shoegaze que les adeptes de Lotus Plaza, et plus particulièrement de Real Estate, ne renieront assurément pas. Bien évidemment, cette musique remémore les meilleurs moments des My Bloody Valentine et autres consorts de ce genre musical qui dominait, ce qu’on appelait à l’époque, la musique alternative. Pour un vieux mélomane comme moi, difficile de m’en passer une…

Qu’à cela ne tienne, ce premier effort de DIIV, malgré la linéarité évidente des compositions, tient solidement la route. Sur Oshin, l’accent est appuyé beaucoup plus sur les atmosphères éthérées et les textures de guitares cristallines que sur les mélodies captivantes et les structures chansonnières éculées. La voix de Cole Smith est radicalement camouflée derrière ce mur de guitares arpégées réconfortantes, ce qui pousse l’auditeur dans un état de rêverie de tous les instants. Fait important à noter: la majorité des pistes regroupées sur cet album sont instrumentales, ce qui accentue l’effet hypnotique de la musique de DIIV.

Les ritournelles de choix sont nombreuses. Parmi celles-ci, j’ai noté le motif de guitare mécanique mais efficace de Air Conditioning, l’accrocheuse How Long Have You Known, la noise rock titrée Wait, la cadencée (Drunn Pt. 2), l’excellent riff arpégé de Follow et la menaçante pièce quasi instrumentale nommée Doused. À vrai dire, cette offrande ne renferme aucune chanson faisant office de remplissage superflu et pour une première tentative, DIIV a parfaitement réussi sa première impression!

Certains désapprouveront le manque de créativité du quatuor, surtout au niveau de la réalisation, qui est, ni plus ni moins, qu’un pastiche sonore d’une certaine époque que j’ai très bien connue… mais force est d’admettre que ces jeunes musiciens ont su concocter une création musicale de qualité qui plaira sans aucun doute, autant aux «vieux» mélomanes, qu’aux jeunes fanatiques de guitares à la Real Estate. Un premier rêve éveillé qui saura captiver les amateurs de dream pop!

Ma note : 7/10

Diiv
Oshin
Captured Tracks
40 minutes

capturedtracks.com/artists/diiv-2/