Rock Archives - Page 185 sur 204 - Le Canal Auditif

Scott Walker – Bish Bosch

Né en 1943, âgé de 69 ans, l’auteur-compositeur-interprète, résident en Grande-Bretagne mais qui a vu le jour aux Etats-Unis, nommé Scott Walker lançait officiellement son énième disque intitulé Bish Bosch. Après avoir fait parti des Walker Brothers et voyagé en mode solo, le vénérable artiste y va d’une autre œuvre de musique expérimentale étrange et iconoclaste. Pour ceux et celles qui n’ont aucune idée de ce que représente Scott Walker, disons que le bonhomme est fort respecté de pointures telles que David Sylvian, Julian Cope, David Bowie et Radiohead… rien que ça! En 2006, il avait fait paraître l’encensé et le tout aussi bizarre The Drift. Qu’en est-il de ce Bish Bosch?

Ici, nous sommes dans un territoire musical inexploré, totalement inventif, carrément champ gauche! Sur Bish Bosch, Walker inspire, apeure, sème la confusion chez l’auditeur, provoque, ébranle et déstructure. Dissonances, irruptions de guitares abrasives, cordes cassées, silences angoissants, mélodies a capella, bruits industriels, le tout nimbé de cette voix singulière et hantée qui peut parfois s’apparenter à celle d’Antony Hegarty (Antony & The Johnsons). Un disque qui demandera aux mélomanes de multiples écoutes afin d’en saisir toute la substance… et même encore!

Scott Walker ne laisse personne indifférent. Adulé, maudit, ridiculisé, vénéré, voilà un artiste qui crée une musique sans compromis; et sur cet aspect, cette création est une réussite. Rares sont les créations sonores qui poussent l’auditeur dans ses derniers retranchements! Est-ce un grand disque ou simplement l’œuvre d’un être déséquilibré? Nous ne pourrons répondre clairement à cette interrogation, mais une chose est certaine, nous avons affaire ici à une œuvre dérangeante; et dans un période de commercialisation à outrance, cette conception sonore se veut un magnifique doigt d’honneur à l’industrie du disque!

Parmi les pièces les plus méritoires, j’ai noté la tribale ‘See You Don’t Bump His Head’, la sinistre et lugubre Phrasing, l’intelligible Epizootics, mais la pièce de résistance (c’est le cas de le dire) est sans contredit la bien nommée SDSS14 + 13B (Zercon, A Flagpole Sitter). Un morceau d’une durée de vingt-deux minutes qui débute par une mélodie étrange de Walker, jusqu’à ce qu’une guitare survienne abruptement; un périple musical inquiétant quasiment insoutenable… mais notre homme sait ce qu’il fait car il exprime clairement sa motivation de musicien dans la pièce Dimple : « If you’re listening to this/You must have survive ». En effet, nous avons survécu…

Certains crieront à l’imposture, d’autres le taxeront de vieux sénile, mais en ce qui nous concerne, on ne peut que tirer notre révérence face à un artiste de cet âge qui ne fait absolument aucun accommodement et qui a su créer un ovni avant-gardiste… mais qui pourrait être insupportable pour certains fervents de musique! Puisque nous devons accorder une note à cette production, nous le ferons; mais nous comprendrions qu’une forte majorité de mélomanes soit franchement rebuté par cet album. Déconcertant!

Ma note : 7,5/10

Scott Walker
Bish Bosch
4 AD
75 minutes

www.bishbosch.com/

Breton – Other People’s Problems

Originaire de Londres en Grande-Bretagne, Breton se considère comme un collectif d’artistes oeuvrant dans le multimédia. Formé de Roman Rappak, Adam Ainger, Ian Patterson, Daniel McIlvenny et Ryan McClarnon, le groupe a décidé d’utiliser leur musique comme premier véhicule à leur message artistique; car plus qu’une simple formation, voilà cinq jeunes hommes qui vivent et créent à l’intérieur de leur laboratoire dans l’est londonien. Habitant un squat (une ancienne banque désaffectée), ils font absolument tout ensemble : vivre, manger, créer (musique, films, etc..). Après quelques EP parus dans les deux dernières années, voilà qu’Other People’s Problems a émergé un peu plus tôt cette année.

Breton offre un opus aux textures riches, aux échantillonnages recherchés et avec des rythmes dansants contagieux; car avant tout, le collectif est une bête de scène féroce et indomptable. Le quintette n’hésite pas à s’amuser avec différents instruments qu’ils mélangent comme autant d’ingrédients dans une nouvelle recette. Certaines sonorités vous rappelleront Massive Attack, LCD Soundsystem ou encore un groupe plus près d’ici, Misteur Valaire.

La marche s’ouvre sur Pacemaker qui, avec ses rythmes riches et ses violons langoureux, donne une bonne idée de la suite. Dans la même lignée, Electrician, Edward The Confessor et Jostle donneront envie à vos courbes de se déhancher sur le plancher de danse. Et malgré que les paroles tiennent un rôle idéologique important chez Breton, ils n’hésitent pas à mettre les voix au même niveau que les autres instruments dans le mix. La formation se permet aussi des moments plus posés, entres autres avec la douce et mélancolique 2 Years. L’accrocheuse Governing Correctly rappelle un peu la défunte formation de James Murphy avec sa ligne de basse, ses échantillonnages dépouillés qui s’accumulent tranquillement et sa batterie coupée au couteau.

Bref, vous ne trouverez pas sur Other People’s Problems un seul morceau ennuyant. Roman Rappak affirme que Breton a déjà 160 chansons en banque. Si cela se confirmait, alors je vous prédis beaucoup de bons albums dans un avenir pas si lointain. La formation prouve qu’à partir d’une idéation, ces musiciens peuvent convertir le tout en musique au plus grand plaisir de nos tympans, choyés par la richesse des sonorités.

Ma note : 8,5/10

Breton
Other People’s Problems
Fat Cat Records
42 minutes

fat-cat.co.uk/site/artists/breton

The Evens – The Odds

Les fans de Fugazi étaient en pleurs en 2003 lorsque le groupe a annoncé qu’il prenait une pause. Une interruption qui dure maintenant depuis près de dix ans. Ian MacKaye (Fugazi, Embrace et Minor Threat) avait précédemment formé avec sa copine, Amy Farina (The Warmers), The Evens, mais le premier opus du duo avait vu le jour en 2005. Alors que lui s’évertue à la guitare barytone, elle assure la batterie et ils se partagent les mélodies vocales.

The Odds est le troisième album du groupe de Washington. Le duo présente une galette engagée qui est ancrée dans les mêmes sonorités que The Argument, dernière offrande de Fugazi. On reconnaît l’intelligence mélodique de MacKaye et la justesse des rythmes de Farina. The Evens sait encore réinventer le punk washingtonien avec brio et le résultat est éclatant.

L’album s’entame sur King Of Kings qui donne le ton sans détour. Dès la deuxième pièce, MacKaye ressort des boules à mites sa voix plus agressive et son profond engagement social dans Wanted Criminals. D’ailleurs Competing With The Till et Broken Fingers font énormément penser à Fugazi de par les progressions d’accords et les rythmiques utilisées. Le sens de la mélodie du duo brille de tout son éclat sur Warble Factor et Let’s Get Well, mais la pièce maîtresse de l’album est l’incroyable Wonder Why. Alors que le morceau s’entame sur une introduction tout en douceur et en subtilité, la barytone de MacKaye s’interpose, agitée par une furie mélodique. Pour sa part, Farina laisse aussi aller ses talents de batteuse au beau milieu de la chanson en exécutant un motif de batterie qui scinde la chanson en deux; et l’ensemble reprend vie pour finir sur groove contagieux. Une grande pièce!

Finalement, The Evens survient avec un The Odds où le duo gagne son pari. The Evens a crée un opus intelligent, mélodieux et juste assez marginal pour séduire l’auditeur exigent. Bien que les occupons-ci et occupons-ça datent de l’année dernière, l’implication sociale de Farina et MacKaye ne s’est jamais démentie (et depuis fort longtemps!) et nous aurions tous à apprendre de cette incroyable authenticité dans le travail! Bravo!

Ma note : 8/10

The Evens
The Odds
Dischord
40 minutes

www.theevens.com

The Datsuns – Death Rattle Boogie

Au début du mois d’octobre, la formation rock originaire de Cambridge en Nouvelle-Zélande nommée The Datsuns lançait son cinquième album intitulé Death Rattle Boogie. Assemblé autour du chanteur/bassiste Dolf De Borst, The Datsuns avait fait paraître, il y de cela quatre ans, Headstunts, qui se distinguait par une accessibilité accrue et l’usage un peu plus récurrent de claviers. Réalisé par Nicke Andersson (ex-meneur du groupe suédois The Hellacopters), ce Death Rattle Boogie se caractérise par un retour aux guitares crasseuses et aux influences musicales issues des seventies.

Donc, voilà une création qui se veut un hommage bien senti aux grandes pointures du hard-rock que symbolisaient tous les AC/DC, Led Zeppelin, Black Sabbath, Deep Purple et T-Rex qui sévissaient à l’époque. Bien entendu, les fervents de nouvelles sonorités et de créativité singulière devront éviter ce Death Rattle Boogie tant les morceaux présentés sur cette offrande sont de parfaits calques de ce qui se concevaient à l’époque.

Volontairement brouillonne, la réalisation se veut rêche et minimaliste; l’accent étant mis beaucoup plus sur la performance des musiciens que sur les trouvailles sonores, ce qui attribue à ce disque une énergie brute et sauvage non négligeable. Les guitares sont résolument de retour, les rythmes binaires sont judicieusement martelés, les mélodies sont adéquates… sauf que l’écriture chansonnière est franchement déficiente. Clairement, les Datsuns ont manqué d’inspiration car les pièces offertes sur cette offrande ne passent pas la rampe.

Cette conception sonore est l’œuvre d’un quatuor qui a choisi le confort et la facilité plutôt que de se mettre en danger. Catégoriquement, cet album est exécuté sur le pilote automatique et quand on fait dans le rock’n’roll abrasif, ça ne pardonne pas! Inexcusable! Dans la catégorie somnifère, j’ai noté Axethrower, les sous Queens Of The Stone Age titrées respectivement Bullseye et Shadow Looms Large, le rock convenu intitulé Goodbye Ghosts et la soporifique Death Of Me. Peu de chansons valables, à part peut-être, les deux pièces qui ouvrent l’album : la très Stooges Gods Are Bored et la très Deep Purple Gold Halo.

Impossible de reprocher aux Datsuns un manque d’assurance et de détermination dans l’exécution de leur musique, mais à regret, les gars ont simplement oublié de composer des chansons rock de qualité, se contentant de pâles pastiches d’une époque révolue. Passéiste, conservateur et paresseux! Voilà les qualificatifs qui sont apparus lors de l’écoute de ce Death Rattle Boogie. Est-ce une formation au bout du rouleau? Nous obtiendrons probablement la réponse définitive lors de la prochaine production. Brutalement monotone!

Ma note : 4,5/10

The Datsuns
Death Rattle Boogie
Straight To The Sun Records
51 minutes

www.thedatsuns.com/

E.D. Sedgwick – We Wear White

En 1999, un hurluberlu du nom de Justin Moyer emprunte délibérément le pseudonyme d’Edie Sedgwick (actrice fétiche des films crées par Andy Warhol et morte d’une surdose de barbituriques en 1971) afin de concevoir un projet musical solo dont les textes sont principalement axés sur le « name-dropping » de célébrités hollywoodiennes. Après plusieurs années de ce régime artistique, Moyer se lasse et décide de former un groupe en compagnie de Jess Matthews (batterie), Kristina Buddenhagen (basse, voix) et JosaFeen Wells (voix); et ça donne le E.D. Sedgwick Band!

Le quatuor mettait sur le marché récemment We Wear White, un disque résolument garage-punk, à l’esthétique sonore lo-fi, combiné à une section rythmique délicieusement funk. L’ensemble remémore le côté ludique des Pixies (époque Surfer Rosa), l’inclinaison entraînante des Talking Heads, couronné par la voix de Sedgwick, qui elle, se situe quelque part dans un registre rappelant Jack White ou encore un Black Francis dans la force de l’âge.

Pour être d’une franchise exemplaire, nous n’avions aucune expectative concernant ce We Wear White. Surprise! Cette galette est délicieuse! Une création ludique, qui ne se prend pas au sérieux, mélodiquement efficace et qui donne sérieusement envie s’éclater au maximum. Probablement le disque rock le plus sympathique de 2012… rien de moins!

Aucune ritournelle anémique! Sedgwick est un excellent compositeur qui sait rendre ses chansons captivantes par des inflexions vocales inventives, et le groupe qui l’accompagne, insuffle une sacré dose d’énergie juvénile à ses compositions! Parmi les plus méritoires, j’ai noté la salopée Dirty, la funky Hex Of Sex (For Minimal Man), la très Jack White titrée Mina, l’obscure We Wear White, la jouissive It Wasn’t Me, l’entraînante DNA et ça se termine fertilement avec les garage-punk Ghost Dick et Weatherman.

De toute évidence, We Wear White constitue l’une des bonnes offrandes parues cette année. Pas une œuvre révolutionnaire, mais surtout une parution qui vous accrochera un grand sourire sur vos doux visages. Faire la découverte d’une formation méconnue ou d’un artiste anonyme de talent est l’un des grands plaisirs qui nous animent au Canal Auditif et ça nous fait grandement plaisir de vous présenter E.D. Sedgwick et son We Wear White! Un beau cadeau rock’n’roll de fin d’année!

Ma note : 8/10

E.D. Sedgwick
We Wear White
Dischord Records
33 minutes

www.dischord.com/band/edie-sedgwick