Rock Archives - Page 185 sur 191 - Le Canal Auditif

Lotus Plaza – Spooky Action At A Distance

Lundi matin dernier, je me suis procuré l’album émanant d’un projet solo mené par le guitariste et multi-instrumentiste de la formation américaine Deerhunter, nommé Lotus Plaza. En effet, Lockett Pundt, l’acolyte et meilleur ami de Bradford Cox, a mis sur le marché Spooky Action At A Distance. En 2009, Lotus Plaza avait fait paraître son premier album titré The Floodlight Collective. Ici, à l’instar de Deerhunter, nous sommes dans un univers sonore mariant le noise rock, l’ambiant, la pop et le shoegaze. Les ascendants musicaux revendiqués par Lotus Plaza ont pour nom Stereolab, My Bloody Valentine et Roxy Music. En ce qui me concerne, j’y ajouterais une bonne dose de Jesus And Mary Chain combinée aux inclinaisons dissonantes des Pixies.

Là où Atlas Sound (le projet solo de Cox), particulièrement sur Parallax, faisait preuve d’ingéniosité, autant au niveau des arrangements que des bricolages musicaux, autant Lotus Plaza manifeste un goût marqué pour une écriture à l’efficience pop formidable. Sur cet opus, les guitares vaporeuses et limpides viennent judicieusement accompagner cette voix qui fait drôlement penser aux frères Reid. Pundt assume son penchant plus accessible avec panache faisant foi d’une intégrité créative qui l’honore. Ce Spooky Action At A Distance est purement une réussite!

Cette production déborde de morceaux pop d’une stature remarquable. Que ce soit l’extrait Strangers, la folk pop Dusty Rhodes, la guitare noisy à la Joey Santiago dans White Galactic One, le captivant refrain de Monoliths, ou encore la magnifique Black Buzz qui achève superbement ce disque, ces chansons constituent tout bonnement les fruits d’un compositeur et d’un musicien possédant un savoir-faire qui ne fait aucun doute! De plus, la réalisation discrète et sans ornements permet à ces pièces de faire insidieusement leur chemin dans les oreilles des mélomanes avides de chansons rock d’envergure. Les adeptes de guitares arpégées à la Real Estate ou encore de climats sonores aériens aux pouvoirs anesthésiants à la The War On Drugs seront exaucés. Après avoir fait la découverte de Bradford Cox, grâce à Atlas Sound, je remarque Lockett Pundt avec Lotus Plaza, et décidément, les deux musiciens comblent au plus haut point mes expectatives, avec ou sans Deerhunter!

Ma note : 8/10

Lotus Plaza
Spooky Action At A Distance
Kranky
46 minutes

deerhuntertheband.blogspot.ca/

That Fucking Tank – TFT

Aujourd’hui, j’aimerais vous entretenir à propos d’un disque paru en début d’année et qui est totalement passé inaperçu; du moins de ce côté-ci de l’Atlantique. En effet, le duo britannique, originaire de Leeds, et formé de Andy Abbott et James Islip, nommé That Fucking Tank a lancé sur le marché son troisième opus simplement titré TFT. La formation nous avait offert The Day Of Death By Bono Adrenalin Shock en 2006 et Tanknology en 2009. That Fucking Tank consacre ses efforts à créer un math-rock instrumental aux riffs et grooves débordant de secousses et de dextérité musicale; et ce, uniquement avec l’aide d’une guitare baryton et d’une batterie minimaliste.

Après trois morceaux rock d’un dynamisme contagieux, aux structures relativement accessibles, That Fucking Tank nous offre une pause musicale éthérée avec Lomond. Capable de ralentir la cadence sans perdre un soupçon de pertinence, cette pièce fait la démonstration du large éventail sonore, et surtout, des immenses capacités de ce duo. Se succèdent ensuite le punk hardcore intitulé Nailbomb, l’excitant riff d’introduction et les jouissifs changements de rythmes de NWONWOBHM et la bondissante et presque dansante Acid Jam (ma préférée). Retour au punk hardcore avec D8, suivi de la pièce maîtresse de cette création baptisée Threads; un punk rock aux innombrables changements de mesures et aux accents modérément prog. Solide! Fin de l’odyssée avec End (Of Wonderful World), une surprenante conclusion folk.

Ce qui frappe d’étonnement sur ce TFT, c’est que malgré la variété des styles épousés et la complexité de certains passages, That Fucking Tank reste intelligible et cohérent et ne perd jamais l’auditeur dans les dédales labyrinthiques de sa musique. Un disque dynamique et maîtrisé, d’une virtuosité contrôlée. Franchement, un bien belle découverte! Fanatiques de punk et de math-rock, vous saurez facilement déceler le savoir-faire musical de ce tandem qui sonne comme un quatuor. Une authentique machine de guerre!

Ma note : 7,5/10

That Fucking Tank
TFT
That Fucking Tank
34 minutes

thatfuckingtank.co.uk/

Lee Renaldo – Between The Times And The Tides

Mardi dernier, le vieux loup de mer nommé Lee Renaldo, cofondateur de Sonic Youth, lançait sur le marché Between The Times And The Tides. L’homme âgé de 56 ans, et l’un des guitaristes les plus innovateurs de son époque, nous offre son dixième album solo, et c’est sans compter les dix-sept œuvres crées avec Sonic Youth. Le dernier né est le résultat d’une coréalisation entre Renaldo lui-même et John Agnello (Kurt Vile, Thurston Moore, Dinosaur Jr.). De plus, de grosses pointures, tels que Steve Shelley (Sonic Youth), le virtuose Nels Cline (Wilco) et le bassiste réalisateur Jim O’Rourke se joignent au vétéran sur cet opus.

Au début de la gestation de ce Between The Times And The Tides, Lee Renaldo désirait créer un disque solo intimiste et acoustique, mais de cette intention initiale ne subsiste que les pièces Stranded et Hammer Blows. Chassez le naturel et il revient au galop! Cette remarque, loin d’être dépréciative, met en lumière les inévitables contorsions musicales de Lee Renaldo. Bruitiste, délicatement dissonante, truffée d’excellents riffs, enjolivée de mélodies accessibles d’une efficacité redoutable, cette production est absolument méritoire.

La principale force de ce disque réside dans la qualité des compositions de Renaldo. Aucune chanson ne fait office de remplissage car notre homme s’est appliqué systématiquement à écrire des ritournelles d’une exemplaire efficience. Entre autres, la pièce d’ouverture à la signature très Sonic Youth titrée Waiting On A Dream, le riff typiquement Lee Renaldo de Xtina As I Knew Her, les très R.E.M. intitulées Angles et Lost, l’adorable refrain de Shouts et le clin d’œil beatlesque nommé Tomorrow Never Comes.

Même si la facture sonore (située entre un R.E.M. à son meilleur et un Sonic Youth accessible) paraîtra quelque peu anachronique aux yeux de certains mélomanes, force est d’admettre que ce disque contient de nombreux morceaux qui donnent envie d’y revenir. Between The Times And The Tides est un album de garage rock mature de premier ordre! Puisque l’avenir de Sonic Youth semble en suspens suite à la séparation du couple Thurston Moore/ Kim Gordon, voilà un album que les adeptes de l’illustre formation new-yorkaise sauront apprécier à sa juste valeur. Une agréable surprise!

Ma note : 7/10

Lee Renaldo
Between The Times And The Tides
Matador Records
47 minutes

www.sonicyouth.com/symu/lee/

The Men – Open Your Heart

J’y vais tout de go en affirmant que le Open Your Heart, de la formation new-yorkaise The Men est un des meilleurs disques de rock que j’ai entendu au cours des dernières années. Je ne passe pas par quatre chemins car ces hommes ne font assurément pas dans la dentelle. Mené par le leader du groupe Chris Hansell, The Men crée une musique qui puise dans le hardcore, le punk, le country, le blues, le shoegaze et le garage rock. Les vieux de la vieille sauront reconnaître dans ces brûlots brillamment exécutés, les sonorités de formations telles que Hüsker Dü, The Replacements, New-York Dolls, Dinosaur Jr. et Sonic Youth.

Chacune des pièces apparaissant sur Open Your Heart détient son caractère distinct. Turn It Around fait penser aux New York Dolls, Animal à Hüsker Dü, Oscillation à Sonic Youth, Please Don’t Go Away à Dinosaur Jr., Candy aux Replacements, Presence à Ride… et même si parfois ces morceaux enflammés constituent des quasi pastiches, je me suis surpris à joyeusement taper du pied et à balancer frénétiquement la tête. Vous savez pourquoi? Parce que ces gamins connaissent parfaitement la généalogie de la musique rock, de même que les ingrédients nécessaires à créer des chansons d’une redoutable efficacité. Structures simples, exécution maîtrisée, salves de guitares explosives, mélodies aux accents parfois punk, parfois shoegaze, ce disque représente un véritable tour de force!

Même si j’ai eu l’impression de revisiter l’histoire du rock d’une chanson à l’autre, ce manque d’homogénéité, au niveau de la direction artistique, ne fait pas office d’entrave à l’appréciation de cette galette. Au contraire, plus j’ai empilé les auditions de ces irrésistibles pièces, plus je suis resté scotché à Open Your Heart. Honnêtement, j’ai longtemps cru, à mon grand désarroi, que le rock agonisait à petits feux. Si The Men ne ressuscite pas le genre musical, il lui redonne sans aucun doute ses lettres de noblesse. Si l’envie de dégraisser vos oreilles vous prend, c’est Open Your Heart qu’il vous faut! Fera partie avec certitude de ma liste des meilleurs albums de 2012!

Ma note : 8/10

The Men
Open Your Heart
Sacred Bones
45 minutes

www.sacredbonesrecords.com/

Plants And Animals – The End Of That

Après l’acclamé Park Avenue et le un peu moins glorifié La La Land, la formation indie rock montréalaise Plants And Animals revenait à la charge avec son troisième effort intitulé The End Of That. Si Park Avenue donnait dans la pop orchestrale, La La Land dans un rock plus direct, le tout dernier s’associe sans contredit aux sonorités folk rock issues des seventies. Les gars de Plants And Animals ont manifestement bien digéré la musique de ces mentors que représentent les Dylan, Young, Reed, Richards et autres complices de cette légendaire époque.

Sur The End Of That, le trio a fortement mis l’accent sur l’écriture des chansons plutôt que sur la réalisation. De ce point de vue, c’est très bien réussi. Même si Plants And Animals durcit discrètement le ton, le groupe n’a rien perdu de son efficacité chansonnière; les pièces épiques et fédératrices côtoyant habilement les morceaux folk rock efficients. Les chansons marquantes? La Bob Dylan intitulée The End Of That, le riff matraque de Lightshow, la très Lou Reed titrée Crisis!, le rock épique de 2010 et la non moins épique Runaways constituent les pièces maîtresses de cet opus.

Là où le bât blesse, c’est au niveau de la réalisation, qui elle, se veut rêche et trop minimaliste; ce qui empêche ces excellentes ritournelles d’atteindre leur plein potentiel. Plants And Animals s’est simplement satisfait de nous offrir ses agissantes chansons sans artifice et sans effort de réalisation… et c’est bien dommage, car cette création aurait mérité mieux. Une oreille extérieure compétente aurait tombé à pic! Un Danger Mouse, par exemple, aurait su tirer ces titres vers le haut.

Même si cet album n’est pas ancré dans la modernité, The End Of That demeure une création rock à la hauteur car l’envergure des compostions est supérieure à la moyenne. Les amateurs de bon rock sauront déceler la valeur ajoutée qui habite ces titres; mais rien qui permet à Plants And Animals d’effectuer un grand bond en avant. Un calque convenable d’un rock aux exhalaisons des années 70!

Ma note : 6,5/10

Plants And Animals
The End Of That
Secret City
45 minutes

www.plantsandanimals.ca/