Rock Archives - Page 181 sur 196 - Le Canal Auditif

Tame Impala – Lonerism

Un disque fort attendu des amateurs de rock faisait son apparition dans les bacs récemment. La formation australienne, originaire de Perth et nommée Tame Impala, catapultait son deuxième album titré Lonerism; la suite du glorifié Innerspeaker. Mené par l’incontestable leader Kevin Parker, Tame Impala a fait appel au réputé réalisateur Dave Fridmann (Flaming Lips, Mercury Rev, etc…) afin de propulser ces ritournelles, au psychédélisme assumé, à un niveau supérieur. Une réussite?

En toute objectivité, il faut répondre oui à cette interrogation, et ce, malgré l’amincissement des guitares aux sonorités très sixties qui avaient une prépondérance certaine sur le premier effort des australiens. En effet, le rock lysergique est bel et bien en vigueur sur Lonerism, mais il fait un pas de côté afin de faire place à des mélodies captivantes et éthérées qui détiennent un ascendant assurément marqué du sceau de la dream-pop. Donc, un peu plus de claviers, moins de guitares… et c’est rien de bien franchement pénible pour l’amateur de rock.

Un son absolument rétro mais une réalisation vivante de Fridmann qui garde cette création dans un registre contemporain. Encore une fois, une galette qui possède la signature forte du réalisateur. J’oserais affirmer que par moments, l’homme vient pratiquement sauver la mise avec ses trouvailles sonores dont lui seul a le secret, car certaines mélodies tombent à plat, et certaines compositions offertes sur cet opus semblent quelque peu anémiques. Bref, c’est astucieusement modernisé et revampé par Fridmann qui s’y connaît énormément en matière de rock psychédélique!

Sur cette création, qui mise plus sur un climat aérien et brumeux que sur un solide assemblage de morceaux, quelques pièces de fort calibre ont attiré mon attention. Je fais référence à la boucle vocale répétitive de Be Above It, aux sonorités très seventies de Endors-Toi, à la progression d’accord opérante de Music To Walk Home By, aux mélodies racoleuses de Why Won’t They Talk To Me? et Feels Like We Only Go Backwards. Par la suite, l’album prend une tangente plus instrumentale; les solides Keep On Lying et Elephant en sont de parfaits exemples.

Voilà une œuvre anticipée qui demeure un cran en deçà de mes expectatives… mais c’est loin d’être une conception sonore exécrable! Bien au contraire, il s’agit d’une excellente parution qui confirme le talent et la créativité de Tame Impala… mais qui souffre d’un manque de maturité flagrant au niveau de l’écriture chansonnière. Honnêtement, Lonerism tient la route grâce à Dave Fridmann! Une trame sonore intéressante à écouter lors de vos longues randonnées pédestres en ville ou en campagne… encore mieux, lors de vos moments narcotiques enfumés…

Ma note : 7/10

Tame Impala
Lonerism
Modular Recordings
52 minutes

www.tameimpala.com/

David Byrne And St.Vincent – Love This Giant

Le 10 septembre dernier paraissait Love This Giant, un album mettant en vedette deux importantes pointures du rock indépendant américain en la personne du vétéran David Byrne (Talking Heads) et de la jeune prodige Annie Clark (St.Vincent). Une étroite et véritable collaboration qui a débuté en 2009 et qui a mené à la naissance de ce Love This Giant. Les deux artistes faisaient partie de la programmation du festival Pop Montréal et en ont profité pour donner un concert prisé par les mélomanes. Avec Byrne et Clark aux commandes d’un projet musical, je devais m’attendre à une création unique en son genre!

Et bien, sur Love This Giant, pas de doute l’originalité et l’inventivité sont présentes, mais curieusement, cette œuvre est accessible, ludique, frivole, bondissante et amusante; comme si ces cérébraux de la musique américaine avait décidé de nous partager le plaisir qu’ils ont eu à mettre au monde ce disque. Le principal fil conducteur de cet album réside sans aucun doute chez la section de cuivres qui enfièvre habilement les rythmes déconstruits, parfois funky qui pullulent tout au long de l’album. Une charmante surprise à mes oreilles puisqu’à l’accoutumée, l’univers de Byrne me laisse de marbre… mais je respecte le créateur au plus haut point!

Un minuscule bémol m’a quelque peu agacé lors de l’écoute de ce Love This Giant, c’est l’absence quasi totale des guitares délinquantes gracieuseté d’Annie Clark. Donc, un peu moins rock, un peu plus funk, un peu moins St. Vincent, un peu plus David Byrne. Malgré ce léger mouvement de recul, l’enregistrement renferme quelques perles divertissantes. Je pense au rythme à contretemps dans Who, la pop cuivrée titrée Dinner For Two, Ice Age et The Forest Awakes avec Clark aux vocalises, la jouissive I Should Watch TV et la très eighties nommée Lazarus. S’ajoutent à ce beau petit bouquet de chansons les touchantes Optimist et Outside Space And Time, la très St.Vincent Lightning et la funky au groove imparable titrée The One Who Broke Your Heart.

D’entendre le vénérable Byrne s’éclater de la sorte avec la trentenaire Clark m’a réjouit au plus haut point. Ici, pas de conflit de génération; juste deux musiciens aux mondes musicaux inimitables qui s’unissent pour le simple plaisir de concevoir de la bonne musique. Une œuvre qui demeure exigeante et qui demande plusieurs écoutes avant d’en saisir toute la substance. Dominé par les idées de Byrne, j’aurais apprécié une présence accrue de la jeune dame; mais qu’à cela ne tienne la rencontre de ces deux intellectuels de la musique américaine est une réussite. Foisonnant et agréablement intelligible!

Ma note : 7/10

David Byrne & St. Vincent
Love This Giant
4AD
44 minutes

//lovethisgiant.com/

The Vaccines – Come Of Age

Au début du mois de septembre, la jeune formation britannique The Vaccines lançait son deuxième album intitulé Come Of Age, création qui fait suite à l’acclamé (du moins, par la presse musicale anglaise) What Did You Expect From The Vaccines?. The Vaccines puise son inspiration au sein de groupes tels que les Ramones et les Strokes; une mixture de punk juvénile, de rock alternatif, d’influences sonores issues des fifties et de surf rock. Si le premier effort des jeunots avait reçu un accueil dithyrambique (exagéré pour ma part) de la part des médias européenns en manque de sensation rock, qu’en est-il de ce Come Of Age?

Bof! Un peu de oui et un peu plus de non. Sur cette deuxième offrande, The Vaccines a mis quelque peu les brides sur les guitares, épurant ainsi le son abrasif et touffu qui prévalait sur What Did You Expect?. Les mélodies punk accrocheuses et adolescentes sont toujours à l’avant-plan, la performance vocale du chanteur Justin Young est beaucoup plus nuancée et assurée, l’exécution est précise, la réalisation est élémentaire et sert bien ces ritournelles bondissantes, sauf qu’un je-ne-sais-quoi impalpable m’empêche d’embarquer de plein pied dans l’univers créatif offert par The Vaccines.

Est-ce que ce sont ces inflexions vocales infantiles qui me crispent? Est-ce que ce sont ces structures chansonnières et ces refrains prévisibles qui m’exaspèrent? Est-ce que c’est le buzz médiatique amplifié qui vient brouiller mon jugement? Une chose est sûre, c’est que je dénote un manque de maturité flagrant chez ce quatuor. Pas que ces jeunes musiciens manquent de talent, bien au contraire, mais je crois sincèrement que The Vaccines a encore beaucoup de croûtes à manger avant qu’ils soient proclamés les sauveurs du rock anglais!

Qu’à cela ne tienne, quelques pièces comestibles ont retenu mon attention. Il s’agit de la très décapante inspirée des Strokes nommée No Hope, de l’imparable refrain contenu dans Teenage Icon, la punkisante et vitaminée Bad Mood, la pop-punk Change Of Heart Pt. 2 et I Wish I Was A Girl que n’aurait pas renier les vétérans The Only Ones. Par contre, je me serais bien passer de la très fifties I Always Knew, de la pop All In Vain, de la surf rock Ghost Town et de la bien pépère Lonely World; piste qui conclut de façon soporifique ce Come Of Age.

Toute réflexion faite, ce disque n’est pas le brûlot congratulé sans ménagement par les journalistes musicaux britanniques, mais c’est un disque agréable à écouter, qui mérite qu’on s’y attarde deux ou trois fois… mais ça ne fera assurément pas l’histoire comme certains le prétendent. Bien franchement, il faut être désespéré pour consacrer The Vaccines comme étant l’espoir numéro un du rock britannique… Soit les Brits sont cruellement en manque d’une cure de jouvence rock’n’roll, soit les oreilles des mélomanes anglo-saxons ont besoin d’un dessuintage immédiat!

Ma note : 5/10

The Vaccines
Come Of Age
Columbia Records
39 minutes

www.thevaccines.co.uk/ca/home/

Muse – The 2nd Law

Il existe dans le monde de ces grands groupes; ceux qui sont plus grands que nature. Certains ont réussi à conserver une part d’innovation dans leur musique. D’autres, se sont écrasés… Donc, Muse arrive avec leur sixième album studio intitulé The 2nd Law. Ces trois amis sont maintenant des stars internationales capables de remplir plusieurs fois le Wembley Stadium. Où en sont-ils musicalement?

Depuis Black Holes And Revelations, Muse fait partie des formations importantes qui remplissent des salles gigantesques à la manière de U2, Madonna et autres gros bonnets du genre (non je ne parlais pas de la grandeur de bonnet à Madonna… franchement). Que dire de The 2nd Law? L’album commence de manière grandiose, avec un riff rock génial pour Supremacy. Puis la bande à Bellamy enchaîne avec Madness qui installe quelques doutes quant à la suite des choses… Suit une Panic Station au goût rance de I Want To Ride My Bicycle de Queen; de quoi donner l’envie à plusieurs fans de lancer la galette au bout de leurs bras afin de vérifier la distance qu’elle est capable de parcourir avant de se fracasser au sol. Pour ceux qui, comme moi, auront été assez patient d’écouter la suite, Muse sauve les meubles.

Puisque j’ai eu la nette impression que les trois premières pièces présentées n’appartenaient pas à l’album, j’ai dû patienter après Prelude pour entendre des chansons réellement à la hauteur. Ceci étant dit, ce sont des chansons plus pop et accessibles, mais bon, rien n’est parfait en ce bas monde! Mention à Christopher Wolstenholme qui chante la très aérienne Save Me et la très rock Liquid State qui ont tous les deux un petit quelque chose de Porcupine Tree. Peut-être est-ce le ton de voix? Autre bizarrerie sur l’album, le morceau Big Freeze où le groupe se prend pour U2. Chose qui est incompréhensible étant donné que U2 n’a pas produit un bon album depuis Achtung Baby, il y a de cela vingt ans! Enfin, les deux dernières chansons nous réconcilient vraiment avec le trio: The 2nd Law: Unsustainable et The 2nd Law: Isolated System qui rappellent encore une fois l’intelligence créative que ces musiciens de haut niveau peuvent encore parfois faire preuve.

Bref, Muse l’a encore! Les textes sont toujours aussi engagés et ils sont encore capables du meilleur. Cet album démontre aussi qu’ils commencent à être capables du pire… et c’est très inquiétant. Les fans aimeront et de toute façon, Muse n’est pas le genre de groupe qu’on cesse d’aimer. Un peu comme U2… malheureusement!

Ma note : 6/10

Muse
The 2nd Law
Warner Bros
53 minutes

//muse.mu/

Alt-J – An Awesome Wave

Alt-J est cette commande sur un Mac qui permet de faire apparaître la lettre grecque delta, celle-ci étant synonyme de changement dans une équation mathématique. Rencontré à l’Université Leeds, le quatuor formé de Gwil Sainsbury (guitare et basse), Joe Newman (voix et guitare), Gus Unger-Hamilton (claviers) et Thom Green (batterie) vient de lancer son tout premier album: An Awesome Wave. Contrairement à certains critiques, je ne m’émoustillerai pas au point de les marquer au fer rouge: PROCHAIN RADIOHEAD. Oubliez les comparaisons douteuses. Alt-J possède sa propre personnalité, schizophrénique par moment, je vous l’accorde. Alliant une bonne base d’électro, de rock indépendant, un travail de voix surprenant, à une base de groove presque hip-hop, on se retrouve face à une créature particulière et intéressante.

La galette s’entame sur une Intro qui saura vous faire taper du pied instantanément. La formation suit avec un Interlude 1 a capella. On voit la vraie couleur du groupe avec Tessellate, une pièce qui possède une rythmique entraînante, une basse à l’avant-plan et des claviers à la fois présents et aériens. Voilà où la schizophrénie se fait sentir, le groupe oscille entre le pop, l’indie et l’alternatif constamment. Loin d’être décousu, le mélange est tout simplement surprenant pour l’oreille. D’ailleurs, ils sont comparés à un ensemble de groupes disparates: Radiohead pour le côté composition rythmique et pour les sons qui s’incorporent aux chansons; Coldplay pour le côté pop, mais en beaucoup moins fade que le matériel récent et même à Fleet Foxes pour certaines mélodies. Outre cela, il faut noter la finale incroyablement entraînante de Breezeblocks, l’accrochante Dissolve Me et l’intime Matilda. Le groupe fait voir son côté plus givré avec Fitzpleasure, une pièce plus lourde et la sombre Bloodflood.

Bref, Alt-J en est à ses balbutiements avec An Awesome Wave. Ce sera à voir si le côté alternatif ou le côté pop prendra plus de place avec le temps. Peut-être sauront-ils garder ce mélange efficace bien qu’éclectique? En attendant, cette galette saura titiller votre oreille et intéresser un large éventail d’auditeur.

Ma note : 8/10

Alt-J
An Awesome Wave
Infectuous
41 minutes

altjband.com