Rock Archives - Page 181 sur 191 - Le Canal Auditif

The Smashing Pumpkins – Oceania

Fondé en 1987 dans la magnifique ville de Chicago, les moins imposants Smashing Pumpkins et leur meneur à l’égo démesuré Billy Corgan ont fait paraître leur huitième album titré Oceania. Pour l’occasion, notre cher Billy a viré tous ses collaborateurs afin de faire place à de jeunes musiciens bien disciplinés et obéissants. Malgré l’arrivée de Jeff Schroeder à la guitare, Mike Byrne à la batterie et de Nicole Fiorentino à la basse, vous n’y verrez que du feu si vous comparez cette version des Pumpkins avec l’ancienne mouture; le même rock alternatif parfois bourdonnant, à certains moments épiques, possédant des ascendants gothiques assumés.

Ça débute avec fracas avec la vrombissante Quasar. Du Smashing Pumpkins en version lourde, abrasive et vitaminée comme je les aime! Survient Panopticon, un bon pop rock efficace au refrain intéressant… et je commence à penser que la nouvelle bande à Corgan pourrait me surprendre! Peine perdue, car l’arrivée de The Celestials et Violet Rays dans mes oreilles, me donne sérieusement l’envie d’ingurgiter quelques cachets de barbituriques. Deux chansons de pop rock orchestral assez pantouflardes merci!

Un léger soubresaut fait irruption avec la captivante My Love Is Winter. Rien pour écrire à sa mère mais voilà un morceau qui fait son job. Ensuite, ça s’enlise dangereusement avec l’ennuyeuse One Diamond One Heat; un synth-pop mièvre et douteux. La débâcle se poursuit avec la quasi U2 nommée Pinwheels, la prétentieuse pièce d’une durée interminable de neuf minutes intitulée Oceania et la moribonde valse titrée Pale Horse. Le périple dans le monde ampoulé de Billy Corgan s’achève avec quatre ritournelles oubliables: le grondement habituel des guitares dans The Chimera, le gros rock commercial et bondissant de Glissandra, la lourdaude Inkless et la ballade pianistique et assommante Wildflower.

Encore une fois, une formation vieillissante, dont la date de péremption est périmée depuis un bon bout de temps et qui n’a pas su s’arrêter au bon moment. Oceania est un disque en dent de scie comportant sa part de bons moments mais pas assez pour changer ma perception de ce musicien surévalué que représente, du moins à mes yeux, Billy Corgan. Rarement palpitant, souvent monotone et inintéressant, Oceania est à classer dans la catégorie «perte de temps». Les citrouilles sont vraisemblablement écrabouillées… pour de bon!

Ma note : 4/10

Smashing Pumpkins
Oceania
Martha’s Music/Prospect Park Music
60 minutes

www.smashingpumpkins.com/

K-Holes – Dismania

Au début du mois de mai, paraissait le deuxième album de la formation new-yorkaise nommée K-Holes, intitulée Dismania. Ce quintet crée une musique que je pourrais qualifier de rétro punk, amalgamant des éléments de garage rock et de «psych rock» à la Cramps. Assemblée autour de Jack Hines (ex-Black Lips) et de Vashti Windish (ex-Golden Triangle), les K-Holes possèdent un son unique amplifié par l’utilisation judicieuse d’un saxophone, appuyé par des textes faisant référence à des rongeurs, des cadavres et des pluies acides… Assez sordide merci…

Le voyage dans le « wild side » débute avec le riff matraque de Child. Rythmique minimaliste, guitares saturées, saxophone trituré, voix noyée dans la réverbération, la recette musicale brutale, noire, féroce et sinistre de K-Holes apparaît dans toute sa splendeur. S’ensuivent la punk macabre titrée Rats, la très Cramps nommée Frozen Stiff, la cauchemardesque Acid et la vaporeuse Window In The Wall. Par la suite, surviennent Nightshifter, Mosquito, pièce qui évoque un Sonic Youth en mode surf rock, puis ce superbe motif de guitare soutenu par ce saxophone inquiétant que constitue Dirty Hax. La pièce maîtresse de cette création. L’album se conclut avec l’explosive Nothing New.

Je pourrais reprocher à ce disque une certaine redondance au niveau de l’écriture chansonnière mais le climat sonore est tellement chargée de souillures et de cacophonies contrôlées que l’expérience fut des plus stimulantes. Si le but de K-Holes était de susciter la crainte, l’angoisse et l’instabilité affective, et bien, c’est parfaitement réussi! Ce Dismania constitue, sans l’ombre d’un doute, un déstabilisant périple dans un univers musical menaçant réunissant le minimalisme des Jesus And Mary Chain, le rock psychopathe remémorant habilement les Cramps, les guitares dissonantes de Sonic Youth et les textes provocateurs de Lou Reed, période Velvet Underground bien entendu. Les adeptes de films d’horreurs de série B seront ravis, pour ce qui est des mélomanes plus conventionnels, vous risquez d’être bousculés par ce rock lugubre…

Ma note : 7/10

K-Holes
Dismania
Hardly Art
33 minutes

hardlyart.com/kholes.html

Metric – Synthetica

La formation torontoise formée en 1998, nommée Metric, mettait sur le marché, la semaine dernière, sa cinquième offrande titrée Synthetica. S’articulant autour de la fougueuse et charismatique chanteuse Emily Haines, Metric crée une musique accessible, parfois radiophonique, qui incorpore adroitement des éléments de new-wave et de glam-rock. Le son du groupe se rapproche tangiblement de celui de la formation Garbage. En 2009, Metric avait fait paraître le populaire Fantasies, qui était resté dans le top 200 du magazine Billboard pendant plusieurs semaines.

Sur Synthetica, le quatuor poursuit sur la lancée du précédent effort en usant sensiblement du même stratagème musical; des structures chansonnières simples, efficaces et intelligibles, des orchestrations grandiloquentes, une réalisation ampoulée et des refrains fédérateurs destinés à être entonnés en chœur dans des stades regroupant plusieurs milliers de mélomanes. Du «arena rock artificiel» purement et simplement! Est-ce opérant et puissant comme cette démarche artistique se doit de l’être?

Oui et non… Oui, car sur cette galette, Metric a su concocter quelques superbes chansons pop de grande envergure. Je pense, entre autres, au refrain ultra captivant aux accents synth-pop de Speed The Collapse, l’immanquable riff de guitare arpégé de Breathing Underwater, la synthétique The Void, le simple Youth Without Youth et le rock timide de Synthetica. Par contre, la création renferme quelques ritournelles assez ordinaires. Je fais référence à la mélodie mièvre et assommante de Lost Kitten, la ballade radiophonique assez pépère intitulée Clone et le duo étrange Lou Reed/Emily Haines dans The Wanderlust. Pauvre Lou! Tout ce qu’il touche tourne pratiquement au désastre!

Bref, Metric surfe sur le succès de Fantasies. Dans ces circonstances, il est difficile d’exiger de la bande à Emily Haines de renouveler une recette éprouvée. Cette mixture de new-wave glacial et de glam-rock clinquant constitue une formule hyper efficace qui comblera les expectatives des fans et qui convertira manifestement de nouveaux adeptes. Le succès sera sûrement au rendez-vous; mais Metric devra en profiter pleinement, et aura assurément à apprendre à bien gérer cette bonne fortune. Sinon, un déficit de crédibilité et de pertinence sera à prévoir!

Ma note : 6/10

Metric
Synthetica
Mmi/Crystal Math Music
43 minutes

ilovemetric.com/

Liars – WIXIW

Le groupe Liars aime le changement, c’est une de ses rares constantes. C’était clair dès son deuxième album, They Were Wrong, So We Drowned, qui balançait par la fenêtre le dance-punk sauce Brooklyn de l’album précédent. Liars s’en tient depuis à un rock tour à tour ambiant, énergique et suffocant, toujours surprenant, et qui ne ressemble à rien sauf à ses quelques imitateurs.

Les deux derniers albums, Liars et Sisterworld, sans être du surplace, étaient d’intéressantes variations sur le même thème plus que des évolutions marquées. Malgré des approches distinctes, ils finissaient par offrir un peu ce à quoi on s’attend de Liars. Il était donc temps de brouiller les cartes.

Et avec WIXIW, Liars brouille. Angus Andrew, Aaron Hemphill et Julian Gross s’imposent des contraintes comme jamais auparavant pour ce sixième album: composition dans l’isolement total, priorité aux synthés, aux échantillonages et aux sonorités électro des années 80, et enregistrement en compagnie d’un bonze de la musique électronique, Daniel Miller, grand boss de Mute Records, la maison de disques avec laquelle Liars fait affaire depuis ses débuts.

“Un groupe rock qui vire électro, ça ne fait pas un peu Radiohead?” Un peu, oui. Liars fait un exercice similaire à ce que Radiohead avait fait avec Kid A, puis encore avec King of Limbs, mais garde un trop grand goût pour ce qui est rebutant et lugubre pour que la comparaison tienne vraiment. Comme le dit le chanteur Angus Andrew: “Si ce que nous faisons ne nous laisse pas perplexes, nous avons échoué.” La véritable nature du groupe brille comme jamais sur WIXIW (se prononce “wish you”). Parfaitement séquencé pour nous transporter du calme inquiétant de la première pièce à la frénésie dancefloor de Brats en passant par le malaise existentiel d’Octagon et de la pièce-titre, WIXIW captive et fascine par la beauté surprenante de ses textures sonores et par sa charge émotive tendue et soutenue.

L’album n’aura peut-être pas le même effet pour ceux qui n’ont jamais entendu Liars, mais pour les initiés, c’est une autre balle courbe qui arrive en plein centre du marbre. C’est à la fois son album le plus téméraire et le plus accessible à ce jour. On pourrait dire que le trio aime décontenancer son public, mais c’est lui-même qu’il veut décontenancer avant tout. Le public, s’il est réceptif, n’a qu’à admirer le résultat.

Ma note : 8,5/10

Liars
WIXIW
Mute
43 minutes

liarsliarsliars.com/

Neil Young & Crazy Horse – Americana

Après l’opéra rock Greendale paru en 2003, voilà que Neil Young raccroche à nouveau les bons vieux salopards de Crazy Horse, afin de lancer dans les bacs des disquaires, le bien nommé Americana; disque qui collige des standards populaires du répertoire folk américain. Donc, le vétéran Young, accompagné de Billy Talbot (basse), Billy Molina (batterie) et de Frank «Poncho» Sampedro (guitare, orgue) revisite sous une forme de country rock bric-à-brac, typiquement Crazy Horse, des classiques du terroir américain. Fait à noter, Neil Young, qui s’est joint à Crazy Horse en 1968, nous sert sa 34e galette. Productif vous dites?

Ce Americana débute robustement, comme il se doit, avec Oh Susannah et je discerne d’emblée le son unique de Neil Young & Crazy Horse; rythme irrésistiblement binaire, guitares salopées, parfois dissonantes, un country rock au bord de l’écroulement, tant l’exécution peut être défaillante, et cette voix si singulière et nasillarde de Young. La réalisation (y’a-t-il une réalisation?) est rêche et laisse une constante impression d’inachevée, de spontanéité, d’imperfection dans la performance musicale. Tout y est, comme dans le bon vieux temps…

Americana possède à son actif quelques bonnes ritournelles graisseuses. Je fais référence à cette entrée en matière incertaine de Molina à la batterie et ces chœurs masculins douteux de Tom Dula, qui confère à ce morceau, un charme indéfinissable. La version ludique et vitaminée de Get A Job et son air de doo-wop issu des années 50 constitue un must, le tempo quasi paresseux et les solos de guitares portant la marque de Neil Young de High Flyin’ Bird, le rock classique de Jesus’ Chariot et la version country rock de This Land Is Your Land de Woody Guthrie font office de reprises de haut niveau. En contrepartie, les adaptations de Gallows Pole (rien n’arrivera à la cheville de la version zeppelinienne), et de Wayfarin’ Stranger, (moins sentie que l’interprétation offerte par Johnny Cash dans son American Recordings III), ne sont pas à la hauteur de attentes.

Pour être franc avec vous, j’aurais préféré de nouvelles pièces de la part de Young et son Crazy Horse, ce qui met en lumière une certain accablement créatif chez ces musiciens. Même si Americana est une disque rudimentaire et imparfait, j’ai quand même ressenti un irréfutable plaisir à poser mes oreilles sur cette création. Réentendre ces vieux briscards formant Crazy Horse, et ce monument de Neil Young, tenter d’interpréter, parfois maladroitement ces classiques de la musique américaine, m’a fait plus souvent qu’autrement sourire. Un disque qui s’écoute avec une petite froide en main, sur le balcon d’un chalet en pleine canicule… et qui ne passera assurément pas à l’histoire!

Ma note : 5,5/10

Neil Young & Crazy Horse
Americana
Reprise Records
57 minutes

www.neilyoung.com/