Rock Archives - Page 181 sur 205 - Le Canal Auditif

My Bloody Valentine – MBV

20130203011303!My_Bloody_Valentine_-_MBVCe retour était particulièrement attendu par une certaine faune fervante de rock shoegaze. En effet, après plus de vingt ans d’absence, la formation irlandaise menée par Kevin Shields nommée My Bloody Valentine, lançait sur le marché son troisième album intitulé simplement MBV. My Bloody Valentine a marqué à sa façon bon nombre de musiciens et de mélomanes, grâce aux albums Isn’t Anything et le vénéré Loveless, tous deux parus respectivement en 1988 et 1991. Dauphin du rock experimental à la Sonic Youth, inspiré mélodiquement par les bons vieux Jesus And Mary Chain, saupoudré de pop aérienne à la Cocteau Twins, le quatuor détient une influence majeure sur la musique des Smashing Pumpkins, Ride, Slowdive et autres consorts de ce genre musical.

Alors est-ce que ça valait le coup de patienter? Reprenant le flambeau avec avec une adéquation à faire plier les genoux à tous ces subalternes et pasticheurs qui ont envahi le marché du rock indépendant au cours des dernières années, My Bloody Valentine présente une offrande aussi captivante, bruyante et éthérée que pouvait l’être le légendaire Loveless. D’ailleurs, la musique de la bande à Kevin Shields n’a pas pris une seule ride meme si certains contemporains (voire Deerhunter) s’approchent dangeureusement de l’efficacité sonore de ces colosses du shoegaze… et c’est le plus beau compliment qu’on puisse leur faire!

Donc, toujours ces guitares fuzzées, abrasives et parfois dissonantes, ces voix vaporeuses mixées au second plan et cette realisation juste assez crade qui procure un charme juvenile à My Bloody Valentine. Pourquoi avoir patienté deux décennies avant d’entendre du nouveau matériel? Contrairement aux multiples rumeurs qui ont couru à l’effet que Kevin Shields vivait en reclus quelque part en Irlande, il s’est avéré que la longue traversée du desert était principalement attribuable aux problèmes auditifs du leader de la formation… Peu importe, c’est un retour réussi!

Parmi les pièces de résistance, nous avons repéré les très My Bloody Valentine (!!!) titrées She Found Now et Only Tomorrow, les guitares discordantes qui surchauffent avec brio Who Sees You et l’attractive/accrocheuse New You. L’album se conclut par deux déflagrations sonores alliant une multitude de guitares incandescantes à des rythmes electros quasi tribaux: Nothing Is et Wonder 2. Deux morceaux qui prouvent hors de tout de doute que My Bloody Valentine est un groupe rock d’une importance déterminante.

Voilà un disque qui sera assurément réconfortant pour les adeptes. Ce MBV, qui sans être une veritable cure de jouvence pour My Bloody Valentine, constitue une creation qui remet abruptement les pendules à l’heure. My Bloody Valentine mérite le respect… et de nombreux créateurs pourraient leur dire un grand merci! Révérance!

Ma note : 7,5/10

My Bloody Valentine
MBV
Pickpocket
47 minutes

www.mybloodyvalentine.org

Foals – Holy Fire

radar-foalsEn musique, les britishs l’ont-tu l’affaire? On ne le dira jamais suffisamment. Et lorsqu’on a tendance à l’oublier, un groupe comme Foals vient réaffirmer cette maxime avec force et intelligence. Originaire d’Oxford, la formation est composée de Yannis Philippakis (voix et guitare), Jack Bevan (batterie), Jimmy Smith (guitare), Walter Gervers (basse) et Edwin Congreave (claviers). Faisant dans un indie rock proche des belles années de Bloc Party, la formation arrivait récemment avec leur troisième album studio.

Il faut dire qu’Holy Fire groove beaucoup et que le quintet sait créer des pièces intelligentes et accrocheuses. Les nommés au prix Mercury en 2010 n’ont en rien perdu ce qui faisait leur charme il y a de cela trois ans. Outre les compositions de qualité qu’ils offrent, les arrangements sont sublimes, et si ce Philippakis dit est vrai, l’utilisation abusive de marijuana leur est grandement bénéfique. Vous ne trouverez pas de pièce faible sur Holy Fire, seulement certaines plus rythmées et certaines plus calmes.

Le tout commence avec Prelude, qui comme le titre l’indique, ouvre l’album sur une pièce qui se construit étape par étape, couche sonore par couche sonore. D’ailleurs, Foals excelle dans les crescendos et utilise ce procédé à maintes et maintes reprises. Il serait idiot de passer sous silence My Number, qui avec son rythme percutant et ses effluves funk, prendra possession de votre cerveau. Vous serez avertis! Bad Habits avec sa guitare délayée et la voix de Philippakis hautement perchée rappelle le Bloc Party de Silent Alarm. Everytime, en superposant une guitare éthérée, une batterie quasi tribale et la voix du chanteur, crée un univers charmant et accrocheur. La formation se permet aussi de terminer en douceur avec Stepson et Moon où l’émotion prend la plus grande place. Autre fait digne de mention, le son de basse de Gervers, qui vaut sérieusement le détour.

Bref, Holy Fire est un petit bijou de rythmique intelligente, d’arrangements subtils et d’émotions qui représentent bien le meilleur de la scène musicale anglaise. Héritier de groupes indies les ayant précédés, Foals ne s’assoit pas sur ses influences mais construit à partir de celles-ci. Une galette qui vaut vachement le détour!

Ma note : 8/10

Foals
Holy Fire
Transgressive Records / Warner Bros.
50 minutes

www.foals.co.uk/

Nick Cave And The Bad Seeds – Push The Sky Away

Cave Push the Sky AwayUn quinzième album studio. Une carrière pratiquement exempte de faux pas. Un leader charismatique. Un poète et un confectionneur de chansons comme il s’en fait très peu et un homme de scène habité d’une énergie démentielle… Nick Cave, accompagné de ses légendaires Bad Seeds, lance aujourd’hui, Push The Sky Away. Une conception sonore enregistrée au studio La Fabrique, situé à St-Rémy-de-Provence en France. Encore une fois réalisé par Nick Launay, qui avait travaillé sur les trois efforts précédents (Nocturama, Abattoir Blues/The Lyre Of Orpheus et Dig, Lazarus, Dig!!!), de même que sur les deux albums issus de l’abrasif projet Grinderman, ce Push The Sky Away était fort attendu; autant de la part des journalistes musicaux et que des mélomanes.

Aux dires de Cave lui-même, Push The Sky Away est une œuvre qui puise son inspiration au sein de l’ascendant que possède Internet sur le cours des évènements sociaux significatifs, sur les ferveurs subites et momentanées de même que sur les absurdités mystiques et religieuses qui pullulent sans cesse. Parmi ces cacophonies permanentes, l’être humain perd de plus en plus sa capacité à distinguer le vrai du faux; du moins selon Cave.

Musicalement parlant, voilà une création ponctuée de ballades incandescentes et d’un dépouillement sonore exquis, mystérieux et envoûtant, qui accompagne l’auditeur dans un état méditatif proche du recueillement; et qui se situe aux antipodes de l’univers un brin déjanté qui était offert sur Dig, Lazarus, Dig!!!.

Ce que nous en pensons réellement? Des cordes solennelles, des guitares habilement salopées, des percussions discrètes, une interprétation magistrale de Cave, une réalisation limpide et simple qui propulse ce Push The Sky Away dans une stratosphère auditive fantastique! Push The Sky Away constitue une réussite culminante, d’une véridicité incontestable, d’une adéquation exemplaire et qui hisse, une fois pour toutes, Nick Cave au panthéon de l’histoire du rock. Un autre grand disque au compteur pour un artiste qui évolue et vieillit astronomiquement bien! Du début à la fin, Push The Sky Away ne comporte absolument aucune faute, aucune faiblesse.

Neuf fragments scintillants frisant le sublime : la ballade qui donne superbement le ton titrée We No Who U R, la minimaliste Wide Lovely Eyes, la mystérieuse ligne de basse qui tangue comme un bateau en pleine tempête enfiévrant Winter’s Edge, la pièce phare et l’une des plus prenantes de tout le répertoire de Cave intitulée Jubilee Street, le refrain orchestrée qui soulève Mermaids, la basse qui roule et l’austérité musicale caractérisant We Real Cool, les inventives percussions dans Finishing Jubilee Street, la bluesy, énigmatique et impériale Higgs Boson Blues et la conclusive et mystique Push The Sky Away. Sans mot…

Apparaîtra assurément dans la plupart des listes des élaborations musicales prisées de l’année en cours. Dorénavant, lorsque l’on fera référence à Nick Cave And The Bad Seeds, il faudra compter sur ce Push The Sky Away comme étant l’un des représentants indispensables de tout le corpus chansonnier de la formation. En toute objectivité, un travail artistique inspiré, inspirant, ensorcelant, touchant et majestueux! On ne peut que s’incliner respectueusement devant autant de talent!!!

Ma note : 8,5/10

Nick Cave And The Bad Seeds
Push The Sky Away
Bad Seed Lmited
43 minutes

www.nickcave.com/

Unknown Mortal Orchestra – II

535-581x581Unknown Mortal Orchestra est né la journée où une chanson, Ffunny Ffrends, composée par Ruban Nielson, un néo-zélandais installé à Portland, attira l’attention des internautes. À cette époque, il a fallu beaucoup de recherche pour finalement débusquer le Nielson en question qui se cachait derrière cette création. Celui-ci s’allia à Jack Portrait à la basse, ainsi que Riley Geare à la batterie pour former un trio maintenant mieux connu sous le nom d’Unknown Mortal Orchestra. La bande fît paraître un album éponyme au début de l’été 2011 qui fût bien accueilli par la critique. Alliant psychédélisme et soul à des mélodies pop et efficaces, le trio faisait paraître la semaine dernière leur deuxième opus, simplement intitulé II.

Avec cette deuxième offrande, Nielson et sa troupe baigne toujours dans les mêmes eaux que l’album précédent. La galette de dix titres baigne dans une atmosphère ensoleillée de dream pop/lo-fi avec un petit verni psychédélique. II ne bouleversera en rien le monde de la musique mais risque d’accrocher plusieurs oreilles avec ses mélodies coulantes et entraînantes.

Ça débute avec From The Sun où un rock des années 70 rythmé vient rencontrer un groove coulant et généreux. Les deux pièces suivantes Swim And Sleep (Like A Shark) et So Good At Being In Trouble offrent deux des mélodies les plus entraînantes de la galette. La première des deux chansons demeure en tête très, très, très longtemps, vous en serez avertis! One At A Time et son funk enlevant vient ensuite caresser les oreilles. La deuxième partie de l’album, quant à elle, est parfois plus rock, parfois plus psychédélique, mais clairement moins pop. Ce n’est pas inintéressant mais le changement d’atmosphère crée tout de même un effet bizarre par rapport à la première moitié si captivante.

Finalement, Unknown Mortal Orchestra livre un deuxième opus toujours empreint des caractéristiques qui avaient su les faire connaître. Si vous aimez la dream pop à la Ariel Pink, alors cet album risque de vous enchanter et charmer votre oreille.

Ma note : 7/10

Unknown Mortal Orchestra
II
Jagjaguwar
40 minutes

unknownmortalorchestra.com/

Frightened Rabbit – Pedestrian Verse

frightened-rabbit-pedestrian-verse-cover-300La semaine dernière, la formation originaire de Selkirk en Écosse, Frightened Rabbit, sortait de sa tanière, afin de mettre sur le marché leur quatrième album studio (le premier avec Atlantic Records), intitulé Pedestrian Verse. Mobilisé autour de Scott Hutchison (chanteur, guitariste rythmique, parolier), la formation est complétée par Billy Kennedy (guitariste, bassiste), Andy Monaghan (guitariste), Grant Hutchison (batteur) et Gordon Skene (guitariste, claviériste). Frightened Rabbit crée un pop-rock qui pourrait jouer dans les plates-bandes des désormais boursouflés Coldplay… mais en plus percutant et authentique.

Aux premières écoutes, nous avons remarqué que la co-réalisation de Leo Abrahams et Frightened Rabbit prenait beaucoup d’envergure sur cette création. Pedestrian Verse est un effort qui mise beaucoup plus sur la qualité des arrangements plutôt que sur l’efficacité de l’écriture chansonnière… et pour une rare fois, ce choix artistique fonctionne drôlement bien! Les ritournelles composées pour cette offrande ont été exécutées lors de la dernière tournée du groupe, ce qui confère à ce Pedestrian Verse une certaine urgence, qui elle, vient rehausser le penchant dramatique et émotif préconisé par Frightened Rabbit. Si on ajoute à cela une réalisation juste assez majestueuse, vous obtenez un excellent disque de pop-rock!

Clairement, les écossais empruntent un chemin qui mène vers une accessibilité améliorée, et ce, sans perdre une seule once de pertinence et de véridicité. Un disque cohérent, à la direction artistique assumée, qui ne possède pas le charme émotionnel de The Midnight Organ Fight (paru en 2008), mais qui devrait permettre à Frightened Rabbit de rejoindre un nouveau public. Un opus légèrement lustré, un peu moins ardent, mais absolument consistant et fédérateur! Bref, du pop-rock fort respectable!

Ce Pedestrian Verse regorge de morceaux rock de grande qualité. Nous faisons référence à l’accrocheuse Backyard Skulls, l’explosif refrain animant The Woodpile, la rassembleuse titrée Late March, Death March, la touchante Dead Now, la frémissante State Hospital et la prenante Nitrous Gas. Seul bémol au programme : la récurrence des mélodies concoctées par Scott Hutchison qui pourraient lasser le mélomane plus exigeant; mais ce n’est rien de bien sérieux!

Ceux qui se prosternent devant la bande à Chris Martin devraient se tourner énergiquement vers le quintet. Voilà de sérieux prétendants à la couronne « pop-rock d’aréna » détenu depuis trop longtemps par Coldplay. Certains pourraient qualifier les écossais d’opportunistes, mais en ce qui nous concerne, Pedestrian Verse constitue un virage pop bien amorcé. Ce disque pourrait forcer les compétiteurs à faire preuve d’un peu plus de créativité, qui sait? Une heureuse tournure!

Ma note : 7/10

Frightened Rabbit
Pedestrian Verse
Atlantic Records
42 minutes

frightenedrabbit.com/