Rock Archives - Page 181 sur 188 - Le Canal Auditif

The Dandy Warhols – This Machine

La semaine dernière paraissait la plus récente offrande d’un groupe en décroissance créative, qui a déjà su nous concocter de petits bijoux de pop rock psychédélique, les Dandy Warhols et leur This Machine. Il est loin le temps où la bande à Courtney Taylor-Taylor savait nous faire sourire de pur plaisir rock’n’roll avec des albums de qualité tels que Come Down, Thriteen Tales For Urban Bohemia et Welcome To The Monkeyhouse. Les voilà de retour avec un This Machine… facilement oubliable et franchement paresseux!

Ça débute avec une pièce convenable, dégarnie musicalement, appuyée par une ligne de basse abrasive et lourde, intitulée Sad Vacation. Suit le meilleur morceau de cette création titrée The Automn Carnival. Une ritournelle pop respectable mais qui n’atteint pas le climax d’un Bohemian Like You. La suite de ce disque est d’un ennui mortel… Que ce soit la bien nommée (veuillez prendre note du sarcasme) Enjoy Yourself, l’imbuvable Alternative Power To The People et ses pistes de voix trafiquées d’une absurdité exemplaire et la fastidieuse Well They’re Gone; chanson où l’on retrouve avec indifférence la pseudo voix sensuelle de Taylor-Taylor.

Le laborieux périple se poursuit avec Rest Your Head. Une chanson pop léthargique et archi prévisible! Survient une reprise ratée d’une chanson revendicatrice américaine titrée 16 Tons. Une véritable honte sonore qui anéantit complètement le message véhiculé. Les Dandy Warhols et le sort réservé aux travailleurs miniers du 18e siècle, pas nécessairement un bon métissage. Tennessee Ernie Ford a dû se retourner dans son cercueil! S’ensuivent le rock convenu de I Am Free, la tout aussi banale SETI Vs. The Wow! Signal, le psychédélisme aux vertus narcotiques et sans convulsions au niveau des arrangements de Don’t Shoot She Cried et ça se conclut avec un efficace somnifère nommé Slide.

Alors, j’en viens à la conclusion que le zénith des Dandy Warhols semble vraisemblablement derrière eux. L’heure de la mise en tutelle de la formation originaire de Portland vient de sonner. This Machine est une création fainéante, à l’inspiration déficiente, animée d’une morosité musicale, et ce, du début à la fin de cet opus! Dommage, car malgré ces dernières parutions en demi-teintes, les Dandy Warhols sont déjà parvenus à nous tenir en haleine avec de petits brûlots au psychédélisme novateur et aux mélodies opérantes. Malheureusement, ce This Machine se tient bien droit aux côtés de l’insipide Born To Die de Lana Del Rey!

Ma note : 3/10

The Dandy Warhols
This Machine
The End
42 minutes

www.dandywarhols.com/

Jack White – Blunderbuss

Paru officiellement cette semaine, le premier album de Jack White était disponible en écoute libre depuis quelques temps déjà. L’homme, qui n’a vraiment plus besoin de présentation, nous offre Blunderbuss, un disque où White s’échappe du carcan blues rock afin de s’aventurer quelque peu dans le R&B, le southern rock et le psychédélisme. Suite à la dissolution des White Stripes et l’indisponibilité des ses confrères au sein des Dead Weather et des Raconteurs, et surtout, incapable d’apathie, notre infatigable musicien/réalisateur s’est lancé tête première, et sans peur, dans la production de ce Blunderbuss.

Une création où les guitares crasseuses et abrasives sont laissées en plan afin de faire place au piano, au Fender Rhodes, aux guitares acoustiques, au violon et par-dessus tout, aux convaincantes mélodies de White! Les inflexions vocales de Jack White sont tellement agissantes que ce disque sonne parfois comme un recueil de comptines pour enfants; mais si vous portez attention aux textes, vous vous rendrez compte que White n’a rien perdu de son mordant… La mort et la rupture amoureuse semblent être les thèmes de prédilection de cet opus!

La majorité des morceaux sont d’une extraordinaire justesse. Je fais référence à l’utilisation du Fender Rhodes dans Missing Pieces, la décapante Sixteen Saltlines, la folk-rock Love Interruption, la superbe pièce titre aux accents country Blunderbuss, les pianistiques Hypocritical Kiss, Weep Themselves To Sleep et Trash Tongue Talker. Quelques ordinaires ritournelles en fin de parcours mais somme toute, l’hyperactif Jack White a mis sur le marché un album d’une maturité musicale exemplaire.

Ce gardien du temple de la musique américaine n’a plus rien à prouver! Ces morceaux sont d’une adéquation certaine. Pour le reste, notre homme exécute, compose et réalise avec une facilité déconcertante. Ça s’appelle du talent! Rien de réellement innovant, simplement d’excellentes chansons qui viendront réjouir mes oreilles rock! Les fanatiques des Stripes auraient probablement apprécié un peu plus d’éclaboussures sonores mais ceux qui affectionnaient les Raconteurs auront un faible pour ce premier Jack White. Du vrai bon stock!

Ma note : 7,5/10

Jack White
Blunderbuss
Columbia/Third Man
42 minutes

jackwhiteiii.com/

Spiritualized – Sweet Heart Sweet Light

Lundi dernier, paraissait chez les disquaires, la septième offrande de l’illustre formation britannique nommée Spiritualized et menée par son fondateur et seul membre permanent, Jason Pierce. Spiritualized est surtout reconnu pour son génial album, Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space, paru en 1997. Un classique du rock britannique toutes époques confondues! Tombé gravement malade en 2005, le bonhomme avait célébré son retour à la musique avec Songs In A & E en 2008. Une création conforme à la norme…

Sur Sweet Heart Sweet Light, l’approche musicale demeure sensiblement la même; toujours ce mélange de blues, de rock, de folk et de gospel, nappé de cordes somptueuses et de psychédélisme dissonant et délirant. Sauf, que cette fois-ci, le musicien a confectionné de superbes chansons, parmi les meilleures de son corpus chansonnier.

Ça débute avec l’intro frissonnante de Huh?, suivi du rock velvetien aux vertus hallucinogènes titré Hey Jane. Un début fracassant! Après le rock orchestral de Little Girl, Pierce nous balance dans les oreilles Get What You Deserve; un assourdissant crescendo ornementé de sonorités indiennes. À couper le souffle! Se succèdent la ravissante ballade intitulée Too Late, l’épique Headin’ For The Top Now et la très Sparklehorse (R.I.P Mark Linkous) Freedom. L’œuvre est menée à terme avec la suppliante Mary, l’émouvante Life Is A Problem et ses cordes à faire pleurer le plus résistant des hommes, et en dernier lieu, l’une des plus grandes chansons du répertoire de Spiritualized, So Long You Pretty Thing. L’ultime hymne de Jason Pierce!

Voici le meilleur album de Spiritualized depuis Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space! Rien de moins! Cet opus est un phare dans l’obscurité ambiante, un baume sur nos plaies ouvertes, une étreinte dans nos moments de doute! Ici, Jason Pierce nous présente sensiblement la même recette constituée d’orchestrations majestueuses, de folk-gospel céleste et de rock neurasthénique, à cette différence, que le musicien a su écrire des sublimes morceaux inspirés! Un magnifique pourvoyeur de frissons!

Ma note : 8/10

Spiritualized
Sweet Heart Sweet Light
Fat Possum Records
61 minutes

www.spiritualized.com/

Chromatics – Kill For Love

Chromatics est une formation issue de la ville très prisée de Portland en Oregon. Depuis 2001, le groupe a vu un nombre élevé de musiciens passer et quitter, ce qui fait que le seul membre original survivant est le guitariste Adam Miller. Par le passé, leur son a été dépeint comme un mélange de punk et de lo-fi. De tout cela, reste surtout le côté lo-fi. Le 26 mars dernier, la formation américaine lançait sur le marché son nouvel opus titré Kill For Love.

Un album où les synthétiseurs, les ambiances éthérées et les guitares sont à l’avant-plan. De plus, fait assez surprenant, la galette dure 90 minutes! Celle-ci s’entame sur une version très noire d’Into The Black du vétéran Neil Young, un très bon aperçu de l’ambiance générale: un son lourd, lent et sensible où le seul rayon de soleil brille à travers la voix de la chanteuse Ruth Radelet.

Les quelques chansons plus rythmées se retrouvent au tout début de l’opus; The Lady et Page en sont deux très bons exemples. Chromatics se fait un devoir de ne rien dévoiler rapidement à l’auditeur. Les majorité des instruments font leur apparition à mi-chemin des ritournelles et les longues introductions sont légions. Cela nous rappelle que la musique ne doit pas toujours être une succession de succès d’une durée de trois minutes trente-cinq… mais il n’en reste pas moins que cela donne l’impression que l’album ne se terminera jamais!

Par ailleurs, le groupe de Portland nous offre aussi un ou deux bijoux comme les pièces Running From The Sun et Back From The Grave qui donne envie de les aimer. Bref, Kill For Love rassasiera les nostalgiques des longs morceaux prog à la Pink Floyd et plaira assurément aux fans de musique électronique, mais l’ensemble traîne tout de même en longueur. Malgré tout, ceux qui aiment Morsheeba et Year Zero devraient y prêter une oreille attentive.

Ma note : 7/10

Chromatics
Kill For Love
Italians Do It Better
90 minutes

www.facebook.com/CHROMATICSBAND

Lotus Plaza – Spooky Action At A Distance

Lundi matin dernier, je me suis procuré l’album émanant d’un projet solo mené par le guitariste et multi-instrumentiste de la formation américaine Deerhunter, nommé Lotus Plaza. En effet, Lockett Pundt, l’acolyte et meilleur ami de Bradford Cox, a mis sur le marché Spooky Action At A Distance. En 2009, Lotus Plaza avait fait paraître son premier album titré The Floodlight Collective. Ici, à l’instar de Deerhunter, nous sommes dans un univers sonore mariant le noise rock, l’ambiant, la pop et le shoegaze. Les ascendants musicaux revendiqués par Lotus Plaza ont pour nom Stereolab, My Bloody Valentine et Roxy Music. En ce qui me concerne, j’y ajouterais une bonne dose de Jesus And Mary Chain combinée aux inclinaisons dissonantes des Pixies.

Là où Atlas Sound (le projet solo de Cox), particulièrement sur Parallax, faisait preuve d’ingéniosité, autant au niveau des arrangements que des bricolages musicaux, autant Lotus Plaza manifeste un goût marqué pour une écriture à l’efficience pop formidable. Sur cet opus, les guitares vaporeuses et limpides viennent judicieusement accompagner cette voix qui fait drôlement penser aux frères Reid. Pundt assume son penchant plus accessible avec panache faisant foi d’une intégrité créative qui l’honore. Ce Spooky Action At A Distance est purement une réussite!

Cette production déborde de morceaux pop d’une stature remarquable. Que ce soit l’extrait Strangers, la folk pop Dusty Rhodes, la guitare noisy à la Joey Santiago dans White Galactic One, le captivant refrain de Monoliths, ou encore la magnifique Black Buzz qui achève superbement ce disque, ces chansons constituent tout bonnement les fruits d’un compositeur et d’un musicien possédant un savoir-faire qui ne fait aucun doute! De plus, la réalisation discrète et sans ornements permet à ces pièces de faire insidieusement leur chemin dans les oreilles des mélomanes avides de chansons rock d’envergure. Les adeptes de guitares arpégées à la Real Estate ou encore de climats sonores aériens aux pouvoirs anesthésiants à la The War On Drugs seront exaucés. Après avoir fait la découverte de Bradford Cox, grâce à Atlas Sound, je remarque Lockett Pundt avec Lotus Plaza, et décidément, les deux musiciens comblent au plus haut point mes expectatives, avec ou sans Deerhunter!

Ma note : 8/10

Lotus Plaza
Spooky Action At A Distance
Kranky
46 minutes

deerhuntertheband.blogspot.ca/