R & B Archives - Page 2 sur 4 - Le Canal Auditif

The Weeknd – Starboy

the-weeknd-starboyC’était une surprise de taille lorsque The Weeknd a annoncé la sortie de Starboy en septembre dernier. Beauty Behind The Madness avait à peine un an et profitait toujours d’une grande visibilité. Bien qu’il ait toujours maintenu une cadence de création régulière, cela semblait tout de même rapide. On se demande aussi où Abel Makkonen Tesfaye trouve le temps pour composer à cette vitesse en tenant compte de son horaire complètement fou qui le transporte en tournée un peu partout autour du globe.

Eh bien, à l’écoute de Starboy, on se demande s’il ne s’est pas empressé un peu trop. On se retrouve devant un album qui comporte beaucoup moins de chansons marquantes. Malgré quelques hymnes pop phares disséminés à travers son troisième album, l’ensemble ne réussit pas à faire le poids avec sa galette précédente et encore moins faire le poids face aux trois excellents EP qui avaient lancé sa carrière : House of Balloons, Thursday et Echoes of Silence.

La pièce-titre, une collaboration avec le duo français Daft Punk, est de loin l’une des meilleures pièces de l’album. C’est dommage de savoir qu’après la première chanson tout aura une saveur plus fade. Il récidive avec les deux casqués : I Feel It Coming ferme la marche. Cette dernière est plus près des trames à la Random Acces Memories en style sonore. Ce n’est pas tout à fait réussi. Il se farcit quelques collaborations sur Starboy. On a Lana Del Rey qui vient faire des sons de jouissances maladroits sur Stargirl Interlude. Une pièce qui est décevante par son manque de construction alors qu’il y a autant de talents réunis. La suivante, Sidewalks, compte sur l’apport de Kendrick Lamar. Faire appel à ce dernier est un peu l’équivalent de « passer go et réclamer 200$ ». Lamar est encore une fois solide et bien que The Weeknd se débrouille, ce n’est pas lui qu’on retient.

Parmi les quelques chansons qui valent le détour, Party Monster et sa montée bien orchestrée est plaisante bien que le texte laisse un peu à désirer. Secrets et Rockin sont entraînantes, mais on a rapidement fait le tour de leurs mélodies usuelles et déjà entendues. Six Feet Under se débrouille malgré le message qui manque de subtilité. On se souvient que The Weeknd met de l’avant une vision de la femme qui est assez réductrice. Encore une fois, il parle d’une effeuilleuse sans aucune subtilité. Bien loin de la Pyramids de Frank Ocean.

The Weeknd a toujours été un pourvoyeur régulier de succès radio commerciale. Cependant, pour la première fois, il ne s’élève pas au-dessus de la mêlée. Starboy est un album qui laisse sur sa faim et qui, malgré les quelques chansons intéressantes, est dans on ensemble trop long et convenu.

Ma note: 5,5/10

The Weeknd
Starboy
Republic Records
69 minutes

https://www.theweeknd.com/

Solange – A Seat At The Table

SolangeSolange est la jeune sœur de Beyoncé. Alors que sa frangine se spécialise dans une pop léchée et grand public, la cadette a tendance à créer des chansons beaucoup plus marginales et avant-gardistes. Sans révolutionner le R&B, l’Américaine fait tout de même dans un genre de néo-soul teinté de funk. Son précédent album, Sol-Angel And The Hadely St. Dreams date de 2008. Voici donc un bon huit ans que la jeune femme n’a pas fait paraître un long jeu en bonne et due forme. Les attentes étaient très élevées.

Solange ne déçoit pas avec A Seat At The Table et prouve qu’elle mérite une place parmi le groupe sélect d’artistes qui font un R&B audacieux tel que D’Angelo, James Blake et Frank Ocean. L’album est non seulement excellent et laisse une marque, mais il porte aussi un message qu’on a vu dernièrement dans les créations issues de la communauté noire états-unienne. Un message de revendication, qui sans avoir le poing en l’air, reste ferme et puissant. Un peu comme Kendrick Lamar, D’Angelo et sa sœur Beyoncé, elle s’inscrit dans une lignée d’artistes qui prêchent pour une émancipation des communautés vivant dans les ghettos et une égalité pour tous.

La création de cet album n’a pas été facile pour Knowles et elle a connu des épisodes de dépression. Cependant, le résultat est totalement réussi. Elle en ressort forte et en puissance. Une chanson comme Don’t Touch My Hair montre une belle confiance malgré la fragilité touchante qui est latente dans sa voix. F.U.B.U. est une chanson qui prône la force des individus de la communauté noire américaine; une ode à ceux qui s’élèvent au-dessus de la mêlée malgré les situations peu enviables dans lesquelles ils sont nés. On s’entend que ce n’est pas le cas des sœurs Knowles, mais elles se font porte-parole et prennent la défense de ceux qui n’ont pas une voix au chapitre.

Les difficultés émotionnelles qu’elle a rencontrées lors de la création d’A Seat At The Table se font aussi sentir dans des chansons telles que la mélodieuse Borderline (An Ode To Self Care) ou encore la magnifique Rise sur laquelle Majical Cloudz et Questlove ont prêté main-forte. Il n’y a pas de mauvaises pièces sur A Seat At The Table, mais certaines ressortent encore plus que d’autres. Dad Was Mad raconte les tensions entre certains noirs et les racistes du KKK qui créent de la colère puis, elle est suivit par la tripative et intoxicante Mad. En plus de Solange qui nous offre une superbe partition vocale, Lil Wayne y appose un rap franchement réussi et efficace. Scales, de son côté, fait appel à Kelela et c’est à la fois sensuel et émouvant.

A Seat At The Table est un excellent album sur lequel Knowles livre ses tripes de manière non convenue et intelligente. Elle prouve que musicalement, elle est prête à aller beaucoup plus loin que sa sœur. Elle démontre aussi sa capacité à laisser l’émotion infuser son interprétation. Un incontournable de l’automne.

Ma note: 8,5/10

Solange
A Seat At The Table
Columbia Records
52 minutes

http://www.solangemusic.com/

Frank Ocean – Blond

Frank Ocean BlondOn a attendu très longtemps la suite de l’excellent Channel Orange de Frank Ocean. Ce dernier s’est positionné comme l’héritier de D’Angelo avec un R&B et une musique soul émouvante, intelligente et novatrice. Ocean a rejoint le groupe des artistes qui ne donne plus d’avertissements avant de lancer un nouvel opus. Deux coups de semonce ont annoncé la venue de Blond: un changement total sur le site Web additionné d’un vidéo où l’on voit l’Américain faire de la peinture en aérosol bonifié par la bande sonore qui accompagne Endless. On vous parlera de ce dernier dans une autre critique, mais sachez qu’il a permis à Ocean de se libérer de ses obligations envers Universal et Def Jam. Blond est donc une sortie entièrement indépendante. Comme on dit, quand la grosse machine n’est pas capable de te respecter, bien DIY.

La barre était haute suite à l’excellent Channel Orange. Comment se positionne Blond par rapport à ce géant? Eh bien, Frank Ocean est tout sauf un idiot et il le prouve avec une verve bien sentie et surtout avec un album qui approche la musique différemment. Oubliez les chansons à grand déploiement. On est ici dans un album intime qui donne souvent l’impression qu’il enregistre le tout chez lui avec quelques amis. Certaines chansons font simplement appel à un piano (ou une guitare) et la voix d’Ocean. Une voix qui a pris du galon depuis Channel Orange. Du haut de ses 28 ans, l’Américain semble beaucoup plus confiant. Cela donne de très beaux moments vocaux comme sur la sobre et magnifique Solo qui compte sur un orgue et la seule voix d’Ocean. La mélodie est convaincante, la poésie bien tricotée et l’ensemble délicieux pour les oreilles.

Certains journalistes avaient mis en lumière qu’Ocean ne s’était pas beaucoup exprimé dans la vague du mouvement «Black Lives Matter». Déjà, plusieurs musiciens ont composé des œuvres intimement rattachés à cette problématique sociale. Le To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar et Black Messiah de D’Angelo en sont de bons exemples. Ocean ouvre Blond avec l’excellent Nikes qui aborde le sujet. Son angle est inventif insérant l’histoire de Trayvon Martin à l’intérieur d’un discours sur le matérialisme de la société.

Si on trouve que ç’a pris un bon bout de temps avant que Blond se révèle, Ocean ressentait aussi la pression comme il l’a écrit dans ses notes: «I HAD THE TIME OF MY LIFE MAKING ALL OF THIS. THANK YOU ALL. ESPECIALLY THOSE OF YOU WHO NEVER LET ME FORGET I HAD TO FINISH. WHICH IS BASICALLY EVERY ONE OF YA’LL. HAHA. LOVE YOU.»

Parlons plus de musique, car après tout, c’est ce qui nous intéresse ici. Ivy est une pièce qui mérite votre attention. La voix d’Ocean se couche sur une guitare qui sonne vaguement comme un effet de pédale de Mac DeMarco. On peut remercier Jamie XX d’avoir apporté cette couleur à Ocean. Son bon ami Tyler The Creator vient aussi faire son tour pour prêter main-forte au songwriter. On le retrouve sur l’entraînante Skyline To et sur la mélodieuse Pink+White. On retrouve aussi le musicien français Sebastian qui raconte une histoire de fille qui l’a laissé parce qu’il n’a pas voulu l’accepter sur Facebook. André 3000 (Outkast) vient aussi faire son tour sur la suite Solo. Son rap est rapide, mélodieux et démontre une agilité articulatoire qui n’a tout simplement pas de bon sens.

Frank Ocean cite même Elliot Smith sur la mélancolique Siegfried. Il lui emprunte ces magnifiques vers: «This is not my life /It’s just a fond farewell to a friend». Parmi les productions les plus charnues de l’album, la mélodieuse Nights fait très belle figure. En fait, il n’y a tout simplement pas de faiblesses sur l’album tout comme Channel Orange. Blond est vraiment un digne successeur. On parlera encore longtemps d’Ocean qui apporte une nouvelle voix au R&B et à la soul.

Ma note: 9/10

Frank Ocean
Blond
Boys Don’t Cry
60 minutes

http://boysdontcry.co/

Frank Ocean – Endless

Frank Ocean EndlessAvant de nous présenter l’excellent Blond, c’est d’abord Endless que Frank Ocean a fait paraître le vendredi 19 août dernier. Non seulement Endless est un disque qui inclut du visuel, mais en plus de ça, il lui a permis de se délivrer de son contrat d’album avec Def Jam/Universal. La relation tumultueuse entre l’artiste et sa maison de disque a mené Ocean à prendre le même chemin que Radiohead, celui de l’indépendance.

Endless n’est pas une œuvre complète et sculptée comme Blond. Endless peut faire penser au Untitled Unmastered de Kendrick Lamar. On y retrouve une collection de chansons qui sont pour la plupart des essais qui n’ont jamais mené à une chanson. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’y trouve pas d’intéressants petits bijoux. Notamment parce qu’on y retrouve des collaborateurs réputés tels que James Blake, Alex G, Arca, Jonny Greenwood (Radiohead) et Sebastian.

On se retrouve devant des pièces plus courtes qui comptent sur des productions moins léchées. Les atmosphères éthérées sont très présentes. Wither, In Here Somewhere et plusieurs autres chansons en sont de bonnes représentations. Sur la deuxième, les voix s’entassent et se superposent sans jamais devenir déplaisantes. James Blake prête sa voix sur l’onirique Florida et sur l’intime et ravissante Deathwish (ASR).

Il ne faut pas aborder Endless comme un album qu’on écoute comme ça, légèrement. C’est un album intimement lié au visuel créé pour l’occasion. Cela ne veut pas dire que certaines pièces ne se démarquent pas individuellement, mais on est devant une œuvre beaucoup plus conceptuelle et moins polie. Dans les pièces plus achevées, on retrouve la simple et mélodieuse Slide On Me ainsi que sur l’intime et touchante reprise de At Your Best (You Are Love) des Isley Brothers.

Pour le fan de Frank Ocean, Endless devient une belle porte d’entrée sur le processus créatif de l’Américain. C’est aussi une œuvre conceptuelle intéressante dans son ensemble. Ce n’est pas le genre d’album qui fera partie de la discographie émérite de par sa nature, mais ça reste un détour qui vaut la peine.

Ma note: 7,5/10

Frank Ocean
Endless
Dej Jam / Universal Music
44 minutes

http://boysdontcry.co/

Loveland – Aloe Hotel

LovelandLoveland est tout un ovni. La formation d’Halifax se nommait autrefois Robert Loveless And The Loveland Band. D’ailleurs, Robert Loveless est carrément à l’avant-scène avec ses maniérismes vocaux. On y reviendra. Le groupe se prépare à sa première tournée loin de la maison pour faire suite au succès d’Aloe Hotel depuis le début de l’été. Ils sont aussi déjà au travail pour un maxi qui sera produit par Tynan Dunfield, membre de Vogue Dots.

Sur Aloe Hotel, en plus de Robert Loveless, on retrouve Erin McDonald (claviers et voix), Eliza Niemi (claviers, basse et voix), John Lake (batterie) et Adam Gravelle (claviers et basse). Pour vous donner une idée de ce à quoi ressemble Loveland, imaginez un Curtis Mayfield plus maniéré qui aurait trop bu ou consommé des substances qui altèrent les perceptions et qui monte sur scène à votre karaoké préféré interprétant du R&B chanson sur chanson.

La pièce-titre qui ouvre l’album déjà nous fait poser quelques questions. Est-ce que c’est sérieux? Entre les «reservations» étirées à n’en plus finir, les sons de carillons, les claviers sirupeux et la basse Motown, on n’est pas sûr si Loveless nous niaise ou non. Est-ce que c’est fait en dérision? Rien n’est certain à l’écoute de l’album. Cependant, c’est efficace. Dance Party est dans la même veine que la précédente.

La formation possède un bon sens mélodique à travers tout ça. Too Blessed en fait la preuve tout comme l’efficace Apoligizing To The Wind. Parfois, c’est moins bien réussi. Strongest Force passe un peu dans le beurre. On y retrouve un air convenu et peu d’éléments musicaux intéressants.

Dans l’ensemble, c’est un album réussi, mais on sait peu à quoi s’en tenir. Loveless avec son approche vocale est toujours à la limite entre la parodie et le pertinent. C’est difficile de savoir sur quel pied danser. Ça reste plutôt plaisant pour les oreilles, encore faut-il apprécier un R&B très intense.

Ma note: 6,5/10

Aloe Hotel
Loveland
Indépendant
31 minutes

http://lovelandband.ca/