Punk/Hardcore Archives - Page 3 sur 20 - Le Canal Auditif

Lesbo Vrouven – Grifff Pifff

La bande de Sam Murdock est de retour avec un nouvel album. Le trio est complété par Hugo Lebel (Les Goules) et Jean-Christophe Bédard-Rubin (Mauves). Si tu ne connais pas Lesbo Vrouven, c’est du dance-punk qui arrache sur un temps rare et qui est reconnu pour ses prestations mémorables. D’ailleurs, pour avoir assisté à leur lancement à Montréal lors du dernier Janime Jeanine, c’était à la hauteur de la réputation du groupe. Quand tu réussis à faire du crowd-surfing dans le Quai des Brumes, tu sais que t’as réussi à créer un événement.

Revenons à la galette dont il est question ici. Grifff Pifff est paru le 19 novembre dernier et nous offre douze chansons qui déménagent tout en te donnant le goût de faire aller ton popotin. Lesbo Vrouven sait mettre le party dans tes oreilles et ton corps avec des rythmes entraînants, des mélodies qui accrochent l’oreille et une énergie contagieuse.

Coloris qui ouvre Grifff Pifff est un très bon exemple de ce qui nous attend sur l’album. Avec son riff de guitare qui reste en tête et qui agit à titre de refrain, ses percussions variées et entraînantes ainsi que ses changements de rythmes parfaitement organiques, ça donne le goût de danser, mais aussi de headbanger un peu. Ri Vo Lu Ti fait de même avec ses rythmes dance-punk alors que LL apporte un peu plus de lourdeur avec guitares qui se font bruyantes et appuyées.

Lesbo Vrouven n’est pas pour autant un groupe avec une couleur unique. Il démontre leur palette avec la plus calme New Seäland ou encore la bizarre et expérimentale Fourth World. Et que dire de la finale bizarre et bruyante de l’album avec la non-conventionnelle Dorro Zengu. En fait, plus l’album progresse et plus on s’enfonce vers les profondeurs dans lesquelles Lesbo Vrouven veut nous amener. Un peu comme le cliché du vieux pervers avec ses bonbons, la formation de Québec nous attire avec ses rythmes dance-punk avant de nous faire sombrer dans le chaos auditif. Et c’est tout à fait parfait.

Grifff Pifff est un album qui vaut le détour et que tu peux trouver sur la Liste de Noël de Poulet-Neige. N’est-ce pas magnifique? Tu peux aussi le trouver sur Bandcamp. Et peut-être même chez ton disquaire, s’il est très cool.

Ma note: 7,5/10

Lesbo Vrouven
Grifff Pifff
P572
43 minutes

https://lesbovrouven.bandcamp.com/

Male Bonding – Headache

Male BondingLe dernier album de Male Bonding remontait à 2011. La formation anglaise, en plus de se faire désirer, a décidé de lancer Headache sans préavis comme on jette un pavé dans la mare. Avec fracas, comme à leur habitude, le groupe indie noise s’est immiscé dans le paysage musical automnal. Contrairement aux dernières sorties qui étaient sous l’étiquette Sub Pop, Headache paraît de manière entièrement indépendante.

On a droit à un rock où la distorsion est reine et où les mélodies sont efficaces et bien ficelées. Male Bonding nous envoie certains riffs plus punk qui frôle avec une certaine agressivité sans jamais vraiment y plonger entièrement. Un peu comme Solids. Ceci étant dit, Headache rentre tout de même au poste et décrasse comme il faut les oreilles.

Parmi les chansons plus dynamiques, on retrouve l’entraînante et délicieuse Visible Girls. Appuyées par une batterie carrée et puissante, un riff de guitare juste assez grinçant, les voix sont passées à travers des filtres de réverbération. Le résultat est très convaincant et lorsque le refrain décolle, on est aspiré par la musique du trio. Dans les moments plus rock, Male Bonding est totalement à son aise et ça s’entend. La cadencée What’s Wrong est un bel exemple de ce qu’ils sont capables de faire.

Le groupe n’est pas pour autant limité dans un seul style. La plus shoegazée et ambiante Magazines nous portent comme l’hélium alors qu’on monte momentanément dans la stratosphère. Not As Planned, de son côté, fait appel à des sonorités différentes avant de se transformer en hymne quasi-punk rock. I Would Say met de l’avant le côté plus mélodieux de la formation. On a soudainement envie de taper du pied pendant que Robin Silas Christian y va de plusieurs belles passes de batterie.

Male Bonding réussit haut la main son retour sur disque. Après cinq ans, les fans seront heureux de retrouver ce son qui fait la part des choses entre la distorsion et la mélodie. Headache évite les répétitions et garde comme réelle constante les guitares abrasives et les voix filtrées. Assez efficace merci! Ah oui, tu peux aussi l’écouter gratis sur Soundcloud. N’est-ce pas merveilleux?!

Ma note: 7,5/10

Male Bonding
Headache
Indépendant
36 minutes

https://www.facebook.com/MALE-BONDING-329657221053/

Fuck Toute – Fuck Toute

Fuck TouteL’idée de départ était déjà brillante. Nommer son groupe en récupérant un slogan de graffiti médiatisé lors d’une énième manifestation inutile typiquement québécoise. Ensuite, faire imprimer des t-shirts en modifiant légèrement le logo de Black Flag pour le transformer en doigt d’honneur. Puis, «backer» le tout avec la musique la plus agressive qu’il soit en son pouvoir de produire. Fuck Toute est débarqué au début de 2015 avec son premier démo et c’est depuis ce temps-là qu’on attendait impatiemment la suite.

Si par hasard vous faites la connaissance de François Gagnon, vous allez probablement trouver que ce grand brun au sens de l’humour aigu est un type fort sympathique et top d’adon. Vous ne vous douterez certainement pas que derrière son allure relaxe se cache un monstre colérique qui exprime ses frustrations en hurlements puissants au sein d’un groupe de punk ascendant grindcore. C’est ça qui est le fun avec l’art. Il permet de canaliser les pulsions destructrices afin d’en faire quelque chose de constructif. Je ne pense pas que ce même François irait tirer du gun dans une école s’il n’avait pas la musique, mais je suis pas mal sûr qu’il sort d’une pratique avec ses comparses en se sentant exactement comme quelqu’un qui vient de terminer sa séance hebdomadaire de yoga chaud.

Pour la partie historique de la chose, il faut dire que Gagnon et Jonathan Bigras (aka le drummer de 90% des bands rock qui headlinent la majorité des festivals d’ici) entretiennent une longue histoire d’amour avec le punk qui décape. Les deux sont des membres fondateurs de feu Les Guenilles, band culte et essentiel de la scène punk montréalaise. Bigras est capable de jouer dans n’importe quel band de n’importe quel style, mais il finit toujours par revenir à ses premiers amours, semble-t-il.

Parce que Fuck Toute, c’est réellement le prolongement des Guenilles. Énergie très semblable et textes toujours aussi belliqueux en prime. Il n’y a que la constance de l’agression qui augmente avec le temps à défaut de diminuer, mettant ainsi les gars (David Horan et Maxime Gouin s’occupent des cordes au sein du groupe) dans le même panier que Phil Anselmo et Converge. Plus ils vieillissent, plus ils en ont à découdre avec le monde entier.

C’est donc un premier opus livré sous le signe du nihilisme et de la désillusion que le quatuor nous offre avec son album éponyme. Normal pour un band ainsi baptisé, me direz-vous. Effectivement. Ça décape, ça décoiffe, c’est cru, ça dérange, c’est suffocant et c’est pas pour les oreilles vierges ou facilement offensées. Difficile de déchiffrer les paroles de François à la première écoute. Quand on y arrive, le constat n’est pas rose et des textes comme celui de Overdose-Suicide ou Normal dans le néant seraient profondément déprimants s’ils étaient accompagnés d’une guitare acoustique. C’est le côté défoulatoire de l’opération qui lui donne son charme irrésistible. Ça et le fait qu’il existe encore trop peu de groupes francos dans le créneau du turbo-abrasif.

Mais bon, pas besoin d’essayer de vous convaincre davantage. Si vous aimez pas ça, allez donc écouter la toune J’ai d’quoi à te dire.

*Psst! Le lancement de l’album a lieu ce vendredi 21 octobre à l’Escogriffe avec Benzoid et Teen Seizure!

https://www.facebook.com/events/1205902856097498/

MA NOTE: 8/10

Fuck Toute
Fuck Toute
GBS Records
REC REC Records
26 minutes

https://play.spotify.com/artist/2m1BD3CySkF2gBV9wVKNik?play=true&utm_source=open.spotify.com&utm_medium=open

Norma Jean – Polar Similar

Norma JeanAYOYE! Le nouvel album de Norma Jean kick tellement des culs! Ok, pour vrai, chaque fois que je l’écoute j’ai comme un dialogue avec moi-même. Reconstitution.

• Bin voyons, c’est don ben bon cet album-là ?
• Ouin, mais tu dis toujours ça chaque fois que Norma Jean sort un disque…
• Ouin, mais là c’est plus puissant, moins facile, plus sombre, plus lourd surtout.
• Il me semble que c’est les adjectifs que tu utilisais pour The Anti-Mother ?
• Oui, mais non. Les gros refrains chantés sur cet album-là lui donnaient un côté pop que je trouve imbuvable aujourd’hui, mais un côté pop qui permettait aussi au groupe de se faire booker sur le Warp Tour.
• Bon, OK d’abord.

Il y a de bonnes raisons qui expliquent l’excellence de ce Polar Similar.

1. Norma Jean n’a jamais sonné autant assumé. Le groupe oscillait à ses débuts entre pesanteur «nutritive» et refrains pops «givrés». Il a ensuite intégré avec Meridional des influences progressives, noise et électro à son assemblage de hardcore avec plus ou moins de succès. Sur Polar Similar, la mutation est complétée: tous ces éléments font dorénavant partie du son de Norma Jean et on ne les sent plus dissociés les uns des autres dans les chansons. Ils sont tous au service du tout: le bordel sonore et l’agression.

2. La scène à laquelle Norma Jean appartenait s’est dissoute et c’est pour le mieux. Pour faire simple, disons que dans les premières années des années 2000, les styles déjà bien ancrés ont commencé à se mélanger. Quand le punk et le hardcore ont été fusionnés, on a eu droit à plusieurs tentatives de refaire du Refused ou du At The Drive-In. Et les résultats ont varié en intensité et en qualité. Norma Jean naît dans ce contexte, avec les Underoath de ce monde. Maintenant libéré d’une scène qui n’a su faire autre chose que de se reproduire jusqu’à l’extinction, Norma Jean peut préparer le terrain pour la prochaine mutation du hardcore.

3. Il n’y a rien de mieux qu’un album qui explore, mais qui est somme toute bien tassé. Polar Similar nous donne des frissons, nous fait headbanger et nous tient en haleine même dans ses interludes. La réalisation y est pour quelque chose, mais on sent aussi que la troupe de Cory Brandan s’est émancipée des comparaisons et des influences.

4. De nombreux et récents changements de personnel.

Reaction et Death Is A Living Partner sont des morceaux puissants. Les interludes numérotés sont excellents, surtout le troisième pour son côté southern rock dépouillé. 1,000,000 Watts ne devrait étonner aucun fan du groupe, plusieurs morceaux surprennent comme Synthetic Sun qui a même l’aplomb de Thrice durant ses belles années.

Dans ma revue de presse en vue de l’écriture de cette critique, j’ai vu plusieurs références à Botch, comme quoi la démarche de Norma Jean les rapproche de plus en plus de ces géants du métalcore.

MA NOTE: 8/10

Norma Jean
Polar Similar
Solid State Records,
53 minutes

http://normajeannoise.com/

Trap Them – Crown Feral

Trap ThemTrap Them revient avec Crown Feral un nouvel album signé Kurt Ballou, le réalisateur de prédilection du groupe (et de pas mal tous les groupes qui font dans le fuck toute nihiliste). 

Un nouvel album sur lequel le groupe poursuit son évolution avec des textes et des structures mieux définis avant et plus travaillées, deux ans seulement après le vaillant Blissfucker qui relevait déjà pas mal la barre dans la discographie du groupe.

Pas qu’on remarque une variation sur les thèmes ou dans la construction des chansons. Non. On est encore ici dans un horizon visqueux de décadence et de corruption par dessus lequel Ryan McKenney vomit son fiel et son nihilisme de concert avec une marrée de riffs gras.

Mais les gars réussissent de mieux en mieux à produire des chansons qui se distinguent les unes des autres sans pour autant changé d’un iota la facture sonore ou leur éthique de travail et de composition. Et dans le cas de Trap Them, dont l’objectif est de faire dans l’agression enregistrée sur disque, c’est quand même bienvenu.

Comment je pourrais bien vous donner un exemple de ce que je veux dire…

Dans le fond, si on compare l’écoute d’un album de Trap Them à une situation dans laquelle on se ferait pitcher dessus, du haut d’une tour, des blocs de ciment sur la gueule pendant 40 minutes, eh bien, sur Crown Feral, vous vous rappelleriez des blocs qui ont fait le plus mal après l’exercice.

Parmi ces morceaux, le dernier, Phantom Air est particulièrement réussi.

Mais un album de Trap Them n’est malheureusement rien de plus qu’une garantie de se faire cracher au visage par la «prose» de McKenney et rentrer dans la mur par les arrangements de Ballou.

Car justement, on dirait que le groupe ne veut pas changer de réalisateur. Ballou est un chaman de la console et de l’enregistrement, je l’ai dit à plusieurs reprises sur ce site. Mais on commence à sentir qu’il n’est pas un grand leader en studio, bref, qu’il vend au groupe un son, le sien.

Quand il travaille avec des groupes bouillants d’originalité et de créativité ou assez loin de son style – je pense entre autre à Torche, Russian Circles, Genghis Tron, ISIS, Bats entre autres – il rehausse grandement la qualité du produit.

Mais ce qu’il fait depuis 2008 déjà avec Trap Them, ce qu’il fait avec Baptists, Nails, This Routine is Hell ou même All Pigs Must Die – qui font tous dans le sludge plus ou moins hardcore – finit par toujours sonner pareil. Les guitares et le drum surtout. Bref, Mi Amore, le défunt groupe de Québec, a enregistré The Lamb en 2005, à Salem, avec Ballou et leur album avait déjà cette signature.

Trap Them n’y échappe pas. Et c’est le talon d’Achille de ce Crown Feral. Prochaine fois les gars, allez-y avec Matt Bayles.

MA NOTE: 7/10

Trap Them
Crown Feral
Prosthetic Records
32 minutes

https://trapthem.bandcamp.com/album/crown-feral