Punk/Hardcore Archives - Page 3 sur 19 - Le Canal Auditif

HEAD WOUND CITY – A NEW WAVE OF VIOLENCE

Head Wound CityHead Wound City est une formation qui rassemble des membres d’autres groupes à succès. On y retrouve Jordan Blilie et Cody Volato des excellents Blood Brothers, Nick Zinner des Yeah Yeah Yeahs et Justin Pearson et Gabe Serbian de The Locust. HWC avait déjà fait paraître un EP, mais celui-ci date de 2005 et avait été produit au complet en une semaine. Cette fois-ci, les cinq musiciens ont bien pris le temps de composer et d’enregistrer A New Wave of Violence.

HWC fait dans le hardcore, dans le mathcore et dans le noise rock. Ce sublime mélange donne des chansons qui se rapprochent de ce que Blood Brothers faisaient bien que la personnalité des deux groupes soit largement différente. C’est moins nerveux et fracassant chez HWC. Mais tout de même, ça rentre au poste.

Parmi les chansons qui filent à cent milles à l’heure, on retrouve Born To Burn qui ne laisse pas de répit aux oreilles du mélomane. Il y a aussi la violente Head Wound City, USA avec son exécution chirurgicale. Chaque changement de rythmes semble être coupé au couteau avec une séparation aussi nette qu’une tarte au citron gélatineuse. On y trouve aussi la chanson d’amour I Wanna Be Your Original Sin… cependant, faut aimer se faire gueuler son désir plutôt que la traditionnelle date autour d’un verre avec des discussions charmantes.

Contrairement aux Blood Brothers, HWC garde parfois les brides bien en main. Old Age Takes Too Long qui ouvre A New Wave Of Violence est un bon exemple. La formation prend le temps de bien construire sa montée avant que Blilie y lance sa voix stridente et violente. On peut en dire tout autant des mélodieuses et nuancées Avalanche In Heaven et Scraper. I Cast A Shadow On You construit aussi tranquillement un univers semi-glauque qui verse par moment dans la violence musicale sans non plus complètement y sombrer.

Ceux qui s’ennuient des Blood Brothers (comme moi) trouveront un réconfort dans les cris de Blilie et dans ce hardcore qui rappelle la formation de Seattle. Head Wound City lance un premier album qui est totalement réussi. Ça rentre au poste, c’est varié, musicalement bien construit et suffisamment nuancé. On n’a jamais l’impression d’avoir affaire à une recette ou à deux chansons qui se ressemblent. Leur force de composition est assez magnifique merci.

Ma note: 7,5/10

Head Wound City
A New Wave of Violence
Three One G
25 minutes

http://www.headwoundcity.com/

Descendents – Hypercaffium Spazzinate

DescendentsLa semaine dernière, la formation punk californienne Descendents faisait paraître un nouvel album titré Hypercaffium Spazzinate; le premier depuis Cool To Be You paru en 2004. Les quatre membres du groupe ne sont plus aussi soudés puisqu’ils ont conçu l’album à distance (famille et vie personnelle obligent), se réunissant quelques fois afin de peaufiner les nouvelles pièces. Le meneur, Milo Aukerman, demeure au Delaware et les autres vivent au Colorado et en Oklahoma. Formé en 1977, Descendents est probablement la formation qui a inventé le «skate punk» et qui a posé les balises de la pop punk à la Blink 182, NOFX, Green Day, Pennywise, et autres consorts du même acabit.

D’entrée de jeu, je ne suis pas celui qui est le plus grand fan de ce punk mélodique, mais je sais reconnaître le mérite de bons vétérans comme Descendents. Alors, ça donne quoi ce nouvel album?

À ma grande surprise, ce retour est tout à fait réussi, avec toutes les limites musicales, mais aussi les grandes forces mélodiques qui habitent encore Descendents. Encore une fois, le groupe oscille entre des brûlots punk hardcore concis et d’autres chansons plus fédératrices. Évidemment, ma préférence va aux morceaux plus «rentre dedans» comme No Fat Burger, We Got Defeat, Human Being, Limiter et Testosterone. Descendents a encore de l’énergie à revendre et un message intègre et authentique à passer… et dans un monde souvent superficiel et narcissique, ce rappel à l’ordre est pertinent, pas de doute là-dessus.

La principale qualité de ce disque, c’est que le quatuor joue la pédale au plancher et évite les refrains enfantins qui affligent la pop punk. On retrouve donc un parfait équilibre entre une hargne contrôlée et l’aspect mélodique si cher à ce genre musical.

Parmi les hymnes proposés par Descendents, le «vieux punk» que je suis (surnom affectueux que me donne cette chère Brute du Rock) a apprécié les Feel This, Victim Of Me (jeu de basse tout à fait à point), Without Love (très Hüsker Dü/Bob Mould), Smile, Spinless And Scarlett Red, Full Circle ainsi que Comeback Kid.

La jeunesse punk en aura assurément plus pour son argent avec des salopards comme Trash Talk ou encore Pissed Jeans, mais le pépère qui veut se remémorer le bon vieux temps retrouvera ses pantoufles à l’écoute d’Hypercaffium Spazzinate. Sans blague, Descendents a encore du jus dans le réservoir et n’a pas à rougir de sa performance. Un disque qui est tout à fait à la hauteur.

Ma note: 7/10

Descendents
Hypercaffium Spazzinate
Epitaph Records
32 minutes

http://descendents.tumblr.com/

Blink-182 – California

Blink-182Petite remise en contexte avant d’attaquer le vif du sujet.

Quand j’étais ado, au Lac-Saint-Jean, des shows punks, y’en avait pas souvent. Heureusement, que quelques vétérans locaux de genre 19-20 ans à l’époque se sont mis à développer leur sens des affaires en ouvrant un magasin de disques doublé d’un arcade, en plus d’une agence de booking qui communiquait avec des bands comme Propagandhi, Good Riddance, Satanic Surfers, NOFX et Cie. Moi, j’étais du type à lever le nez sur pas mal tout ce qui était populaire et à dépenser tout mon argent de poche sur des disques d’Exit-13, Dropdead et Crucifix. Quand ces gars-là ont réussi à faire jouer Blink à Alma, je n’y suis même pas allé. 14 ans, déjà snob. Ça allait bien mes affaires.

N’empêche que quand l’album avec le chat est sorti, Blink est devenu un incontournable de la culture pop-punk. Ils marchaient dans les souliers de Green Day avec un humour encore plus puéril et je ne voulais absolument rien savoir de m’attarder là-dessus. Par contre, et à mon grand désarroi, j’ai fini par rire de quelques-unes de leurs chansons les plus niaiseuses. Après, ils ont viré le taouin qui jouait du drum tout croche au profit de Travis Barker des Aquabats et ils sont devenus l’un des plus gros bands mainstream de punk californien. Pis je suis pas mal sûr que All The Small Things a joué à mon bal de secondaire 5.

On aime Blink comme on aime les films de Jack-Ass. On trouve que c’est vraiment cave mais à petite dose, ça peut être le fun selon le contexte. Mark Hoppus et Tom DeLonge sont les Lennon-McCartney de la culture «bro» et on s’attend toujours à les entendre partager les textes au sein d’une même chanson.

Sauf que là, DeLonge est parti et il a été remplacé par Matt Skiba du Alkaline Trio.

Fait que, finalement, Blink n’est plus vraiment Blink. Où plutôt Blink-182. Me suis jamais habitué au chiffre en annexe. Le projet ressemble de plus en plus à +44, le groupe que Barker et Hoppus ont fait sans Tom au début des années 2000.

Reste que Mark est encore capable d’écrire des riffs accrocheurs sur mesure pour les magasins de skate et que la présence de Skiba ravive un peu le désir de jouer vite chez les deux autres quarantenaires qui portent la calotte à l’envers. Ils s’étaient empâtés dans un album assez emo avec Neighbourhoods et cette époque est maintenant révolue. Même si les textes demeurent en majorité faussement profonds, on assiste réellement au retour du pop punk, de la ballade sauce Simple Plan et de la connerie assumée. Les meilleurs moments? L’absurdité vaguement homo-érotique Built This Pool et Brohemian Rhapsody, qui est mentionnée ici juste parce que c’est le meilleur titre de chanson de l’année. Ces deux pièces-là ensemble durent environ 50 secondes.

Fait que oui, malgré quelques bonnes idées et certains vers d’oreille, le temps peut parfois être long. Même à petite dose, même si c’est juste pour rire.

Ma note: 5,5/10

Blink-182
California
BMG
43 Minutes

http://www.blink182.com

Nails – You Will Never Be The One Of Us

NailsVous connaissez le concept de la téquila australienne? Tout d’abord, cela implique de se préparer un shooter de téquila comme d’habitude avec le sel et le quartier de citron. C’est au moment de le consommer que ça se gâte. Il faut d’abord sniffer le sel, ensuite boire le shooter et se presser le jus de citron dans les yeux. Par expérience, je peux confirmer que c’est assez douloureux. Nails, c’est littéralement une téquila australienne pour les oreilles. Aucun répit. Aucun moment tendre. Aucune pitié.

Plusieurs journalistes musicaux définissent la musique de Nails comme étant du hardcore. J’ai appris avec le temps que le terme a le dos large et couvre pas mal toutes les sphères de la musique heavy où un chanteur s’époumone en évacuant toute trace de mélodie. Cependant, avec le trio formé de Todd Jones, John Gianelli et Taylor Young, on est loin du hardcore de Minor Threat et Black Flag. C’est pourquoi j’ai tendance à les classer dans le grindcore ou la powerviolence. La durée de leurs albums plaide également pour ma cause. Leur premier album, Unsilent Death, durait un gros 13 minutes. Abandon All Life en durait 17 et celui-ci les fait tout juste franchir la barre du 20 minutes, en partie grâce à They Come Crawling Back qui en dure plus de 8 à elle seule.

Si j’apprécie énormément le chaos contrôlé créé par les trois types et l’uniformité de leurs assauts répétés, c’est au moment d’analyser les paroles que ça se gâte un brin. Dans la chanson titre, le groupe règle ses comptes avec ce qui semble être un ou des membres d’un autre band de la scène non identifié. Sa position semble d’ailleurs fermement appuyée par des membres clés de la scène métal américaine puisqu’on y entend à tour de rôle les Scott Kelly, Jake Bannon et John Baizley répéter le titre de l’album un après l’autre. Jusqu’ici, tout va bien. C’est sur Parasite que les propos sont les plus douteux. Todd y invite pratiquement l’auditeur à tuer des drogués (Desecrate them all/No one will weep/When the drug culture wasteland sheep/Are all put to sleep) et ça fait un peu «drettiste extrême» à mon goût. Mais bon, dans le monde de Nails, tout se règle dans la violence et honnêtement, il faut avoir les deux yeux collés sur la feuille de paroles pour capter l’information contenue dans les hurlements barbares du monsieur épeurant.

En fin de compte, Nails est un groupe pour les initiés de longue date à la musique heavy. Ce n’est pas la porte d’entrée la plus facile du très vaste monde du punk et du métal. Ce serait un peu comme commencer à prendre de la drogue en fumant du crack (probablement que Todd Jones détesterait cette comparaison). Ceux qui carburent depuis longtemps à la vitesse et à la brutalité adoreront ce disque et les autres changeront de trottoir lorsqu’ils le croiseront dans la rue.

Ma note: 7,5/10

Nails
You Will Never Be One of Us
Nuclear Blast
21 minutes

https://nailssl.bandcamp.com/music

PUP – The Dream Is Over

PUPLe groupe canadien PUP avait fait tourner les têtes avec son album homonyme paru en 2014. Leur punk à la fois mélodieux, agressif et facile d’approche contient des éléments qui font autant plaisir aux fans du genre qu’à ceux férus de rock alternatif. La formation torontoise est formée de quatre amis d’enfance et leur nom tient pour Pathetic Use Of Potential. Disons que l’autodérision et l’humour cynique font partie des atouts que maîtrise le quatuor comme le démontre le premier simple issu de l’album. En effet, la totalement satisfaisante If This Tour Doesn’t Kill You, I Will traduit ce sentiment qui peut émerger lorsqu’on partage son intimité avec trois autres personnes constamment. N’allez pas penser que la discorde s’est installée entre les quatre garçons. Au contraire, The Dream Is Over montre à quel point, ils sont tous en unisson.

Sur ce nouvel opus, la bande reprend sa recette qui fonctionnait bien et la pousse plus loin. L’album coule avec aisance, les chansons s’enchâssent merveilleusement les unes aux autres et les mélodies sympathiques pour les oreilles conservent notre attention des premières aux dernières notes. Des pièces comme Doubts sont fédératrices sans tomber dans le conventionnel.

PUP excelle lorsqu’il est temps de concevoir des riffs à la distorsion proéminente. DVP, qui raconte l’écoeurantite aiguë d’une blonde envers son chum musicien qui fait trop la fête, est un excellent exemple. On peut en dire tout autant de My Life Is Over And I Couldn’t Be Happier qui montre encore une fois toute l’autodérision dont est capable la formation.

Le groupe montre aussi qu’il manie bien la chanson au rythme moins effréné. The Coast est une pièce qui dépeint la solitude et le sentiment d’abandon que peut susciter l’hiver dans certaines villes isolées du Canada. Mais c’est certainement Pine Point qui chante la désolation d’une ancienne ville minière maintenant déchue. C’est non seulement un peu touchant, très dénonciateur de l’abandon et de la misère, mais aussi parfaitement exécuté. Le refrain est poignant et si bien réfléchi. Ça aurait pu être quétaine, mais les jeunes hommes sont trop intelligents pour tomber dans le piège.

The Dream Is Over est un excellent album de punk mélodieux qui, sans nécessairement révolutionner le genre, est tellement bien composé et exécuté. Le quatuor évite les pièges et les banalités. De la musique aux paroles en passant par les arrangements, tout est bien calibré et ficelé. Une des belles sorties canadiennes de 2016.

Ma note: 8/10

PUP
The Dream Is Over
SideOneDummy
31 minutes

http://www.puptheband.com/